La bonté des rois de l’Afrique ancienne

Menkawre (Mykerinos) Source image : Fondation Berger
Menkaouré (Mykerinos)

Source image : Fondation Berger

Vu la nécessité de mettre sur le dos des Africains la traite négrière européenne, l’image des monarques noirs a été grossièrement falsifiée. Quand on pense à eux, on voit des hommes sauvages assoiffés de sang, sans respect pour leurs peuples, à la tête d’état dictatoriaux. Il n’en est rien. Et comme on le verra, les chefs d’état dans l’Afrique ancienne, sans avoir pour autant été parfaits, se sont distingués par leur générosité et leur souci aigu pour leurs sujets.

Les souverains africains, animés par la Maât, étaient généralement des gens très humains, comme font foi les textes et témoignages qui suivront. Il faut d’abord dire qu’en Egypte il n’y a jamais eu de système esclavagiste ni sur autochtones (noirs) ni sur les étrangers .

Du pharaon Menkaouré (Mykérinos) – pour qui a été bâti une des trois grandes pyramides du plateau de Gizeh – est écrit sur sa tombe « sa Majesté veut qu’aucun homme ne soit pris au travail forcé mais que chacun travaille à sa satisfaction » [1]

Le légendaire Ramessou Maryimana (Ramsès II) dira « Oh travailleurs choisis et vaillants. Oh ! Vous êtes les bons combattants qui ignorez la fatigue, qui exécutez les travaux avec fermeté et efficacité. Je ne vous ménagerais pas mes bienfaits, les aliments vous inonderont. Je pourvoirai à vos besoins de toutes les façons, ainsi vous travaillerez pour moi d’un cœur aimant.

Je suis le défenseur de votre métier (…) votre nourriture sera très copieuse, car je connais votre travail véritablement pénible, pour lequel le travailleur ne peut exulter que lorsque son ventre est plein (…) j’ai aussi mis en place un nombreux personnel pour subvenir à vos besoins : des pêcheurs vous apporteront les poissons, d’autres, des jardiniers feront pousser les légumes, des potiers travailleront au tour afin de faire fabriquer de nombreuses cruches, ainsi pour vous, l’eau sera fraîche à la saison d’été » [1].

Sous Ramessou Hekayounou (Ramsès III), une grève des ouvriers éclate et le roi prend ouvertement leur défense. Le juge prêtre Kai dit « Je les ai payés (les ouvriers) en bière et pain et leur ait fait jurer qu’ils étaient satisfaits » [2]. Comme dit Cheikh Anta Diop, le règlement de la grève rend ici compte de la tiédeur des revendications, montrant que les ouvriers étaient déjà relativement à l’aise.  

the legendary Behanzin, last king of independant Danhome (present-day Benin)
Le légendaire Béhanzin, dernier roi du Danhomé indépendant (actuel Bénin)

A l’époque impériale, la terre n’était la propriété de personne. La terre étant une divinité, une forme de l’Ancêtre primordial (Dieu), il est inacceptable de la posséder. Chacun avait donc un lopin de terre qu’il pouvait cultiver. Ceci assurait la présence de nourriture en abondance et explique en partie pourquoi la famine été quasi inexistante en Afrique avant la traite négrière. Le système d’impôts montre aussi que les souverains faisaient très attention à ce qu’ils prélevaient au peuple.

L’impôt était carrément inexistant dans l’empire du Mwene Mutapa comme le prouve ce passage de l’explorateur Olivier Dapper « Au Monomotapa, on n’exige tribut (impôt) de personne, mais on ne se présente jamais devant le roi ni les grands sans avoir quelque chose à offrir » [3].

Au Dahomey, l’impôt constituait 1/18e de la richesse d’un citoyen, ce qui est extraordinairement faible. Le Tounkara (roi du Ghana) offrait 10 000 repas par jour au peuple. En outre, comme le dit Cheikh Anta Diop, pour rehausser leur prestige, les élites avaient l’obligation de donner des biens aux couches sociales moins favorisées à chaque fois qu’on leur en faisait la requête, pour tenir leur rang.

Dans l’empire du Mali, la caste inférieure des dépendants se voyait donner des lopins de terre et était tenue de fournir l’herbe nécessaire à la nourriture des chevaux.  Si au temps de l’empire du Mali les prélèvements sur les productions étaient fixes et les dépendants se voyaient taxer de manière supplémentaire si le quota n’avait pas été rempli, au temps du Songhaï elles deviendront plus humaines.

Après avoir évalué la richesse économique de chaque famille, le percepteur envoyé par le roi prenait dix mesures de farine à celui qui ne pouvait fournir que cela, vingt à celui qui ne pouvait pas fournir d’avantage et trente aux autres, mêmes s’ils étaient capables d’en fournir 1000. Par l’impôt bas et par la générosité des élites, les dépendants appelés abusivement esclaves – mis  dans cette condition pour châtier une faute ou en tant que prisonnier de guerre – pouvaient  donc s’enrichir.

Ainsi le navigateur italien Ca Da Mosto dit au 15e siècle, pour illustrer l’état de bien être économique en Afrique que « Le populaire mange étant dix ou douze de compagnie, ayant au milieu d’eux une chaudière pleine de viande… ils y retournent… jusqu’à cinq ou six fois par jour » [4].

Selon une anecdote, l’Askia Ishaq II, dernier empereur du Songhaï, voulu que dans toute la foule rassemblé à Gao pour la rupture du jeûne, il n’y ait pas une seule personne qui n’ait reçu de lui un présent, une aumône, un cadeau. 

Askia Muhammad Ture, Emperor of Songhai
Sonni Ali Ber, fondateur de l’empire Songhai

Cet état d’esprit général de bien-être matériel et de générosité assurait une sécurité exemplaire dans les anciens royaumes et empires d’Afrique. Le célèbre voyageur marocain Ibn Battuta, qui visita l’Afrique, l’Asie et l’Europe au 14e siècle dit Parmi les belles qualités de cette population (les Noirs d’Afrique de l’Ouest), nous citerons les suivantes : le tout petit nombre d’actes d’injustice que l’on y observe ; car les nègres sont tous de tous les peuples celui qui l’abhorre le plus. Leur sultan ne pardonne point à quiconque se rend coupable d’injustice. La sûreté complète et générale dont on jouit dans tout le pays.

Le voyageur, pas plus que l’homme sédentaire n’a à craindre les brigands, ni les ravisseurs, ni les ravisseurs. Les Noirs ne confisquent pas les biens des hommes blancs qui viennent mourir dans leur contrée, quand même il s’agirait de trésors immenses. Ils les déposent au contraire, chez un homme de confiance d’entre les Blancs, jusqu’à ce que les ayants droit se présentent et en prennent possession ». [5]

A bronze statue of a king of Benin (present-day Nigeria)
Statue en bronze d’un roi de Benin (actuel Nigeria)

De la même facon, dans le royaume de Benin (Nigeria), le civisme le plus rigoureux était observé. L’exlorateur hollandaise Olivier Dapper dit « Le roi paye les gens pour fournir les voyageurs d’eau; et ces officiers ont soin de tenir d’espace en espace de grands pots plein d’eau fraîche et claire comme du cristal, avec une conque pour boire. Mais personne n’oserait en prendre une goutte sans payer, et, si le commis n’y est pas, on laisse là l’argent et on poursuit son chemin » [6].

Cet état d’esprit des anciens chefs d’état africains, est dû à la Maât, c’est-à-dire la perception philosophique africaine. Elle commande que personne ne souffre. Le pouvoir des souverains était par ailleurs sacré parce qu’il prêtait serment au nom des ancêtres. Les Africains ne juraient que par leur roi, qui comme on le voit, étaient généralement dotés d’un sens moral fort. Le contraste avec les chefs d’état africains d’aujourd’hui est terrible. 

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :  

    • [1] La traite négrière européenne, Jean Philippe Omotunde, page 41.
    • [2] Idem, page 45
    • [3] Afrique noire, démographie, sol et histoire, Louise Marie Diop-Maes, page 188
    • [4] Idem, page 191
    • [5] Idem, page 196
  • [6] Idem, page 197
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