Hannibal, le Général africain qui fit trembler l’empire romain

Il y a 2200 ans, cet homme noir de Carthage écrivait une des plus grandes épopées militaires de l’histoire de l’humanité…

Chenu Bechola Barca dit Hannibal Illustration très réaliste et réussie de Charles Lilly
Chenu Bechola Barca dit Hannibal
Illustration réaliste et réussie de Charles Lilly

« Sur les braises étincelantes, une tête puissante était baissée. La lueur rouge du feu éclairait un visage noir de peau dont les traits mêlaient quelque chose de la sauvagerie et de la grandeur d’une tête de lion » Swords against Carthage, Friedrich Donavuer, page 134 ; 1932.

Afin de saisir l’entièreté de cet article, le lecteur pourra au préalable se documenter sur le caractère noire des Phéniciens, le caractère noir de leurs descendants carthaginois, ainsi que d’Hannibal lui-même. 

En 3422 de l’ère africaine (-814), c’est conduits par la reine Dido-Elissar que les Noirs primordiaux du Proche-Orient (Phéniciens) fondent la brillante civilisation de Carthage en Tunisie actuelle. Par leur forte activité commerciale, les carthaginois se rendent maîtres du Maghreb et de la Libye, du sud de l’Espagne, ainsi que de la Sicile, la Sardaigne, la Corse et les Baléares. Les relations entre la république de Carthage et l’empire romain sont globalement pacifiques avant l’escalade vers un conflit qui allait commencer en -264.

Aux origines du conflit carthagino-romain

En -281, des mercenaires italiens prennent le port de Messana en Sicile près de l’Italie continentale. Ils affirment leur autorité grâce au soutien militaire des carthaginois qui occupent la grande partie de la Sicile. Refusant alors l’autorité africaine, les mercenaires appelent Rome à l’aide pour déloger Carthage de Messana. Rome ne voulant pas voir l’influence carthaginoise si proche de son territoire, décide de répondre à l’appel, avec l’objectif de reprendre toute la Sicile.

Les possessions de Carthage et de Rome à la veille de la première guerre punique
Source : Dickinson College

C’est le début de la première guerre punique qui allait durer 23 ans, se dérouler sur 2 continents, faire des centaines de milliers de morts, décimer militairement et économiquement Carthage, et voir la république africaine vaincue perdre la Sicile, la Sardaigne, la Corse, et verser des réparations à Rome.

C’est dans ce contexte de défaites que le Général Hamilcar Barca restaure un peu l’honneur en conquérant le nord-est de l’Espagne. C’est Barca qui est à l’origine du nom de la ville de Barcelone. La famille Barca – descendante de la reine Dido-Elissar – impose grâce à ses prouesses militaires, son influence sur Carthage. Hamilcar meurtri par cette guerre perdue fait jurer à son fils Hannibal, au cours d’un rituel sacrifiant un animal, de considérer Rome comme ennemi éternel et d’anéantir un jour l’empire européen.

L’émergence d’Hannibal

Né en -247, Chenu Bechola Barca accompagne déjà son père Hamilcar sur les champs de bataille étant enfant. Son nom Hannibaal signifie « qui a la faveur de Baal (Dieu) ». A 25 ans, il prend le flambeau patriotique familial à la mort de son beau-frère Hadrusbal le beau.

Contre l’avis des autorités carthaginoises, Hannibal attaque Saguntum, un allié de Rome. L’empire réagit vivement en envoyant une délégation intimider Carthage redevenue stable économiquement. Les sénateurs carthaginois dans leur magnifique palais refusent de rejeter publiquement l’acte d’Hannibal. C’est le début de la deuxième guerre punique.

L’éclair africain qui traverse l’Europe

Parti avec une armée de 15 000 hommes dont près de 13 000 Noirs, Hannibal défait les tribus hostiles une par une et arrive à la frontière franco-espagnol. Devant lui se dresse le massif des Pyrénées. 7000 hommes éreintés par la tâche désertent les rangs, le général africain traverse les montagnes et atteint le Rhône. Il franchit la rivière avec ses petits éléphants d’Afrique et d’Inde sans en perdre un. La nouvelle de la traversée de ces terrains difficiles glace d’incrédulité les autorités romaines. Hannibal poursuit son avancée irrésistible grâce aux milliers de nouveaux hommes ayant rejoint son armée.

Il arrive au pied des Alpes et escalade la chaîne de montagne. Ses hommes meurent par milliers, tombés dans des ravins, tués par des tribus hostiles, par le froid en cette saison d’hiver. Avec un courage inouï, 22 000 d’entre eux dont 12 000 Africains parviennent tout de même en Italie après 15 jours d’enfer alpin. Le massif franco-italien a couté au Général africain la moitié de ses troupes.

Les batailles contre les Romains

Le général italien Scipio sait les dégâts gigantesques faits par les Alpes sur les troupes d’Hannibal. C’est donc confiant qu’il l’attend avec sa superbe armée pour la première bataille. Scipio est vaincu et doit être exfiltré par son fils pour échapper à la mort. Hannibal poursuit son avancée inexorable. Le général Simpronius l’attend.

Les carthaginois attaquent par surprise les troupes romaines puis font semblant d’être défaits et de fuir. Simpronius et son tempérament bouillant connu d’Hannibal poursuit les carthaginois et tombe dans un guet-apens. Les romains mal préparés sont encerclés. L’enfer africain dans le froid européen se déchaîne sur eux. Les éléphants d’Hannibal se comportent comme des lions, les massacres sont horribles, ceux qui réussissent à fuir sont victimes du froid. La victoire du Lac Trebia résonne comme un coup de tonnerre à Rome.

Pièce de monnaie carthaginoise commémorative de la victoire au Lac Trasimène
Il s’agit bien d’Hannibal sur cette pièce. C’est la seule image qu’on peut affirmer authentique de lui
Source : Great Black leaders, Ivan Van Sertima, page 317

60 000 gaulois, ennemis de la puissance romaine rejoignent l’armée d’Hannibal, subjugués par son génie militaire. Il traverse les marais en contractant une infection de l’œil qui lui fait perdre partiellement la vue. Il attend le nouveau général élu Flaminius dans un piège. Il fait cacher une partie de ses troupes sur les côtés et fait face aux romains qui chargent. Les troupes carthaginoises apparaissent et les encerclent. 50 000 romains sont massacrés en quelques heures, Flaminius est tué. C’est un carnage. La route vers Rome est désormais ouverte. La panique devient totale.

Les romains prient sans cesse, détruisent leur ponts, brûlent leurs champs, se mettent à l’abri dans des fortifications en bois. Face à des autorités romaines hésitantes à attaquer, Hannibal conquiert ville après ville. Les romains l’encerclent alors à Capua. Il fait attacher des bois sur les cornes de 2000 vaches et en pleine nuit, fait mettre le feu à ces bois. Les vaches affolées s’enfuient dans une direction, faisant croire aux romains – voyant des feux en mouvement – que les carthaginois prenaient la fuite. Ils les poursuivirent, abandonnant un poste de control de la ville par lequel Hannibal et ses hommes s’échappent. Rome enrage devant ce nouveau revers.  

Les romains décident finalement d’affronter les Africains à Cannae. 80 000 romains font face aux 40 000 hommes de l’armée d’Hannibal. La bataille commence et les carthaginois réussissent à faire s’enfoncer les romains au milieu. C’est l’encerclement et la boucherie. 70 000 romains sont tués contre 6 000 carthaginois et alliés. Comme toujours, Hannibal offre des inhumations dignes aux corps des hauts gradés ennemis. L’humanité relative et très africaine qui le caracterise en toute circonstance, étonne.

Dans la ville de Rome, c’est le sentiment de fin monde imminent à tel point que le gouvernement interdit les pleurs incessants. Un certain statu-quo s’installe pendant 15 ans avec des batailles mineures. Hannibal prend le control de nombreux ports et envoie son frère Mago informer Carthage de ses victoires. Carthage refuse d’envoyer une aide suffisante pour attaquer la ville de Rome malgré Hannibal qui supplie.

Illustration de l’armée romaine lors de la bataille de Cannae
Les 8 légions ont été décimées par les armées d’Hannibal

La reconquête des romains

Scipio, fils du général Scipio qui avait exfiltrer son père, attaque les possessions arrières des carthaginois en Espagne et commence à faire plier la république. Mago et Hanno Barca, frères d’Hannibal, meurent pendant les combats contre les romains. Carthage souffre de défaites et Hannibal laisse une Italie économiquement dévastée pour rentrer protéger son pays. Après l’échec des négociations avec Scipio, la bataille décisive s’engage à Zama. Les carthaginois perdent. C’est la fin de la deuxième guerre punique. Carthage capitule et subit des sanctions.

Scipio Africanus
Contrairement à ce qui est souvent dit, ce n’est pas lui qui est à l’origine du mot Afrique. Il a reçu le nom Africanus par rapport à ses conquêtes en Afrique. C’est lui qui a offert la victoire à Rome.

Hannibal devient régent de la république et remet remarquablement à flot l’économie carthaginoise au point d’inquiéter de nouveau les romains. Sa présence rend anxieux les sénateurs qui ont peur des représailles. Hannibal est contraint de fuir.

La fin d’Hannibal et de Carthage

Le Régent part alors pour l’exil à Tyr au Liban, pays d’origine des phéniciens. Il complote pour renverser Rome de nouveau sans succès. Traqué, il part en Arménie où il fonde une ville, puis en Crète où las de sa vie de fugitif, il se suicide par empoisonnement. Il a 64 ans.

La puissance économique retrouvée de Carthage et le souvenir omniprésent des victoires d’Hannibal irritent Rome qui provoque Carthage dans une guerre. Après 3 ans de résistance, la capitale assiégée se rend, victime de la faim. Les 50 000 survivants carthaginois sont faits esclaves et vendus. Les magnifiques bâtiments sont détruits. Les romains mettent le feu à la ville qui la consume pendant 70 jours. La république africaine meurt en -147, après près de 7 siècles d’existence.

La destruction de Carthage auteur de l'illustration inconnu
La destruction de Carthage
auteur de l’illustration inconnu

Hannibal, par ses exploits militaires innombrables dont Cannae et le Lac Trebia, son endurance à toutes les conditions, son incroyable génie militaire, est vu aujourd’hui comme un des plus grands généraux de l’histoire humaine. Sa science de la guerre est enseignée jusqu’à nos jours dans les écoles militaires en Occident. N’eut été le refus de Carthage de lui envoyer des renforts, il aurait probablement gagné. L’ancêtre Chenu Bechola Barca par ses prouesses est comparable dans l’histoire noire à Djehouty-Messou (Thoutmosis III) et Ramessou Maryimana (Ramsès II).

Nous ajoutons l’extrait d’un documentaire de la chaîne History qui date de 2016 et qui a fait beaucoup de bruit. La raison? Un document vidéo qui montre pour la première fois Hannibal comme un Noir. Il est regrettable que son armée soit ici presqu’entièrement blanche ou qu’on le montre se couvrant de sang – nous demandons des preuves de celà. Néanmoins ce documentaire va dans le bon sens. 

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • Great Black leaders, édité par Ivan Van Sertima (chapitre de Wayne Chandler)
  • Dickinson College
  • hannibalofcarthage.org
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