Mansa Abubakari II, l’empereur du Mali qui voyagea pour l’Amérique

Nous allons vous parler d’une des plus grandes épopées de l’histoire africaine, nous allons vous parler d’un roi obsédé par ce qu’il y avait à l’autre bout de l’Océan. Nous vous dirons aussi si les Noirs d’Afrique – qui furent les premiers habitants de l’Amérique avant les Asiatiques, qui furent les inspirateurs des civilisations de l’Amérique précolombienne à travers les egypto-soudanais, qui y sont allés sous hégémonie arabe il y a 1100 ans – y sont effectivement ou pas retournés sous Ababukari, 180 ans avant Christophe Colomb.

Mansa Abubakari II at the head of his flotilla, crossing the Atlantic Ocean Illustration by Khephra Burns, edited by Leao and Diane Dillaon
Illustration du Mansa Abubakari Keita II traversant l’Océan Atlantique à la tête de sa flotte; Illustration de Khephra Burns

Ce texte est un condensé de la narration en anglais du brillant historien africain-guyanais Ivan Van Sertima, père de l’historiographie sur la présence africaine en Amérique ancienne à travers son livre « They came before Columbus ». Elle se base sur le témoignage de l’empereur Kankou Moussa recueilli par l’arabe Ibn Amir Hajib et transcrit par Al Omari au 14e siècle en Egypte, lors du célèbre pèlerinage de Moussa ; sur la description de l’empire de Mali par Ibn Battuta au 14e siècle ; sur les études de Time Magazine et Celebrity Networth concernant la richesse de l’empire du Mali ; sur les témoignages de Christophe Colomb ; et sur les preuves archéologiques retrouvées en Amérique. L’article que vous lirez ne remplace en rien le récit sublime et bien plus détaillé d’Ivan Van Sertima sur le voyage de l’empereur du Mali.

Nous sommes en 1310 et Abubakari tourne en rond dans son palais, il s’ennuie. Ses généraux l’interpellent sur le conflit avec la ville de Djenné qui résiste à son autorité. « Laissez Djenné tranquille » leur dit-il, las. Ses griots le lui affirment, son empire de 2 à 3 millions de Km² est aussi puissant que l’empire romain. L’empereur Mandingue règne sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, pourquoi aller combattre Djenné ? « Ô Maré Djata Konaté (Soundjata) que ton ka (énergie) admire ce que j’ai fait de l’empire que tu as fondé ! ». Soundjata Keita est dans toutes les mémoires, il a batî un Etat plus grand que Wadagou (Ghana). Mais Abubakari II restera-t-il aussi dans les mémoires ?

Il est temps d’aller écouter le peuple. Le roi le plus riche du monde, paré d’or de la tête aux pieds, descend les étages de son palais, traînant son manteau de soie européenne. Ce luxe inouï est devenu routine. Marchant au milieu de ses 300 gardes armés de javelots, le Mansa (empereur) accède à son trône. Le peuple n’a pas beaucoup à se plaindre, il vit déjà dans la suffisance matérielle. Le roi baille d’ennui. Abubakari s’échappe et rêve de terres inconnues, d’un voyage exceptionnel. Un pèlerinage à La Mecque ? Pas vraiment. Son petit frère Kankou Moussa les aime plus que lui. D’ailleurs La spiritualité de ses ancêtres l’imprègne toujours prioritairement. Abubakari pense à la terre de l’autre côté de la grande eau, qu’y a-t-il au bout de cette aventure ? Quelle est donc cette terre qui ferait de lui un roi plus puissant que Tenkamenin et Soundjata ? 

« Fari yo Fari yo Fari yo (pharaon ! pharaon ! pharaon!) » Déjà les griots s’apprêtent à narrer une autre histoire en Bambara qu’Abubakari se lève promptement de son Ben-bi (trône). Il a besoin de bateaux, de navigateurs, de provisions, pour mettre en mer sa flotte. Le Mansa fait venir de tous les coins de Kama (l’Afrique) des gens capables d’assouvir son désir. Il requiert même les ingénieurs du Lac Tchad qui savent encore construire des bateaux comme les ancêtres d’Egypte. Tous les navires sur les fleuves Djoliba (Niger) et Sénégal sont étudiés. Des ressources matérielles et humaines colossales sont affectées à ce projet.

Le palais est rempli de dizaines d’experts. Abubakari envoie au diable les formalités administratives. Il ne dort plus, obsédé par sa marque dans l’histoire, on le pense devenu fou ! Devant les divergences des experts, le Mansa décide que la flotte sera composée de bateaux de toutes tailles. Le jour est venu, il quitte sa capitale Niani et fait le voyage jusqu’au port sur l’Océan Atlantique. Son hétérogène flotte de 200 bateaux  est invraisemblable. Les navires sont chargés d’or, de présents, de viandes séchés et de fruits conditionnés pour supporter le voyage. Les marins embarquent. Abubakari leur ordonne de ne revenir que quand ils auront atteint la terre. Le Mansa regarde ce rêve en train de s’accomplir. La flotte quitte les côtes de Sénégambie, le roi retourne attendre dans son palais.

Cela fait des mois ! Aucune nouvelle, qu’est-il advenu de ses hommes ? Aucun n’est revenu pour le lui dire. La consigne est donnée de ne pas parler au roi de sa flotte, le sujet est sensible. Même la grande épouse royale ne l’intéresse plus autant. Abubakari est désespéré quand… « Mansa, un homme, un marin est de retour ! ». Le roi se précipite à l’annonce, l’homme qu’il trouve est chétif, c’est le capitaine du dernier bateau à la queue de l’expédition. Ce dernier lui dit qu’après des jours de mer, les bateaux ont été aspirés par une sorte de rivière au puissant courant sur l’océan et ont tous disparu à l’horizon. Ayant pris peur, l’homme a rebroussé chemin.

Abubakari conclue que ses marins ne savaient pas s’y prendre. Alors contre toute attente, il décide de reprendre lui-même les choses en main. « Cette catastrophe ne le pousse donc pas à renoncer ? » s’interrogent intérieurement tous ses ministres et ses marabouts, médusés. Personne n’ose contredire l’homme le plus puissant de Kama. Abubakari relance alors l’expédition, et équipe une nouvelle flotte de 2000 bateaux, sortis des gigantesques chantiers navals de Sénégambie. Habillé de blanc et coiffé d’un turban couvert de bijoux, il confie l’intérim du pouvoir à Kankou Moussa, qui a pour consigne d’être couronné s’il ne revient pas. Jetant un dernier regard sur son empire qu’il veut marquer à tout jamais, Mansa Abubakari Keita II prend place sur un trône à bord du plus grand des navires et va vers son destin.  

La présence Mandingue en Amérique ancienne

Ils venaient des « pays chauds ». Ils étaient « ceux qui retournaient ». Des hommes, souvent excessivement noirs, faisant du commerce de multiples objets. C’est ainsi que les Amérindiens décrivaient les Mandingues dont une caste de commerçants richement habillés et coiffés de plumes, avaient fini par fournir les marchés d’Amérique du sud et centrale d’objets luxueux quelques 80 ans avant l’arrivée de Christophe Colomb. Ces commerçants allaient construire des temples en Amérique, épouser des femmes natives, contribuer à la naissance de la civilisation aztèque, enrichir la spiritualité amérindienne qui prend ses racines en Afrique, introduite par les premiers habitants noirs de l’Amérique.

Mandingo head. Recognizable thanks to its large earrings West African women use, as described by the European explorers at that time. Source: They Came Before Columbus, Ivan Van Sertima, page 137.
Tête Mandingue au Mexique reconnaissable surtout par les importantes boucles d’oreilles des femmes d’Afrique de l’ouest, comme décrites par les explorateurs européens en Afrique à l’époque. Source : They Came Before Colombus, Ivan van Sertima, page 137

La divinité Quetzalcóatl est représentée au Mexique comme un noir barbu vêtu de blanc, venu 6 cycles après le dernier venu des terres étrangères. Cette image et la chronologie correspondent à l’arrivée d’Abubakari. Des éléments spécifiques au culte du serpent plumé des Bambara, appelé Dasiri, se retrouve dans celui de l’Amérique, les deux cultes appelant à la tombée de la pluie. Les mêmes cérémonies d’autoflagellation lors de la fête en début d’année se retrouvent de part et d’autre de l’Atlantique, et des deux cotés on était vêtu de noir pour ce faire. Un chapeau conique d’origine perse, était porté par les grands prêtres mandingues et amérindiens, appelé Ko-fil-a en Bambara, Co-pill-i au Mexique. Les sacrifices d’animaux noirs dans les deux aires culturelles pour les mêmes besoins étaient pratiqués.

Le culte de Nama-tigui ou Aman-tigui des Mandingues, qui porte une hyène comme animal totémique, correspond point par point à celui d’Amanteca chez les méxicains, qui a le coyotte comme totem.  Les mêmes pratiques de sorcellerie comme les aiguilles plantées dans des poupées – faussement attribuées au saint culte vaudou – se faisaient chez les Mandingues et en Amérique. La divinité Haure dans les caraïbes a des similitudes avec Hore chez les Mandingues.

Black head from ancient America. Recognizable by its forwarded jaw (prognathism). Maybe mixed with Asian (native American). One can notice the scarifications common to African people. One can also notice the conical hat the Mandingo and Native Americans use. This sculpture is therefore a Mandingo representation. Source: They came before Columbus, Ivan Van Sertima, page 138 Une tête noire en Amérique ancienne, reconnaissable à sa mâchoire poussée vers l’avant (prognathisme). Il est peut-être métissé d’Asiatique (Amérindien). Les scarifications sont des scarifications africaines. On note le chapeau conique qui était porté par les Mandingues et les Amérindiens. Cette sculpture est donc celle d’un Mandingue. 

Source: They came before Columbus, Ivan Van Sertima, page 138

Pochteca, nom par lequel les amérindiens désignaient le marchant mandingue typique venu régulièrement à partir de 1407, est composé de Poch et teca. Teca est dérivé de Tigui qui signifie « maîtres ». Poch serait dérivé du Maya Polom signifiant marchant. Polom-teca serait donc « maîtres des marchants », ce qui correspond à Folom-tigi chez les Mandingues. Enfin la divinité Ek-Chuah, maître des marchants, est toujours représentée en Amérique avec la peau noire, portant des marchandises sur la tête comme le font les africaines jusqu’à nos jours. De nombreux mots mandingues d’origine arabe, pris par contact avec les commerçants arabes en Afrique, se retrouvent en Amérique, emmenés par cette même caste de riches commerçants africains.

Ceci est une liste non exhaustive des similitudes entre Amérindiens et Mandingues relevées par Ivan van Sertima, et qui prouve que les Noirs sont retournés de gré une quatrième fois en Amérique 180 ans avant Christophe Colomb. Les contacts continueront jusqu’à l’époque de l’empire Songhaï qui se bâtira par conquête de Mali. Ils ne seront interrompus que par l’holocauste africain et amérindien perpétré par les européens.

Christophe Colomb lui-même déposera dans ce sens. Il rapporta que les marins portugais savaient qu’il y avait des départs de bateaux de l’Afrique de l’ouest en direction de l’Amérique. Les Amérindiens d’Haiti lui avaient dit que des Noirs venaient dans de grands bateaux vendre des lances. Christophe Colomb fit analyser une de ces lances en Espagne. Elle se révela être de composition identique à celles d’Afrique de l’ouest, c’est-à-dire « 18 parts d’or, 6 d’argent, 6 de cuivre ». Et enfin Christophe Colomb et d’autres conquistadors ont rapporté avoir vu des Noirs en Amérique centrale.

Il convient bien entendu de lire les livres d’Ivan van Sertima, merveilles absolues, pour plus de certitude et d’informations sur cette page ô combien majeure de l’histoire africaine.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

    • They Came Before Columbus : the African presence in ancient America ; Ivan van Sertima 
  • Early America Revisited, Ivan Van Sertima
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