La vie de cour dans l’empire de Mali

L’empire de Mali fut fondé par Soundjata Keita en 5476 de l’ère africaine (1240 ap. JC), par conquête de l’agonisant empire de Wagadou (ou Ghana). Mali sera à son tour conquis par Sonni Ali Ber en 5712, qui fondera l’empire Songhay. Le célèbre voyageur arabe Ibn Battuta nous a laissés une description de la vie de cour à Mali en 5587, pendant le règne du Mansa Soleiman.

Mansa Kankan Musa, legendary Emperor of Mali and the richest man of all times; Illustration by Khephra Burns, edited by Leo and Diane Dillon
Mansa Kankou Moussa, légendaire empereur du Mali et homme le plus riche de tous les temps; Illustration de Khephra Burns, édité par Leo et Diane Dillon

« Les jours d’audience, l’empereur était assis dans une alcôve communiquant par une porte avec le palais ; elle a trois fenêtres en bois revêtues de lames d’argent et, au dessous, trois autres garnies de plaques d’or et de vermeil (on peut en déduire que le palais avait au moins un étage). Ces fenêtres étaient garnies de rideaux ; un mouchoir aux dessins égyptiens, attaché à un cordon de soie, était glissé à travers les grillages qui les protégeaient les jours d’audience.

Le peuple était appelé au son des cors et des tambours. Trois cents soldats armés d’arcs et de javelots se mettent en rang sur deux colonnes de chaque côté de la fenêtre où doit se tenir l’empereur. Ceux qui portent les javelots forment les rangs extérieurs et se tiennent debout, ceux qui ont les arcs sont assis devant ; les quatre colonnes sont face à face. On amène deux chevaux sellés et bridés et deux béliers : cette pratique nous rappelle le Ghana.

Mansa Kankan Musa; illustration by Kephra Burns, edited by Leo and Diane Dillon
Mansa Kankou Moussa; illustration de Kephra Burns, édité par Leo and Diane Dillon

Près de trois cents sujets courent chercher Candja Mouça. Les ferraris, les émirs, le prédicateur (khatib) et le jurisconsulte arrivent et s’assoient devant les soldats, à gauche et à droite, dans l’espace qui sépare les colonnes. Dougha, le héraut, se tient à la porte, revêtu d’habits de zerdkhanan ; il est coiffé d’un turban à franges façonné d’après le style du pays ; il est le seul à avoir le privilège de porter des bottes  ce jour. Il a une épée à fourreau d’or à son côté. Il porte des éperons, deux javelots en or et en argent, avec pointe de fer.

Les soldats, les fonctionnaires civils, les pages, les messoufites, et les autres, restent au dehors, dans une large rue plantée d’arbres (…) Lorsque l’empereur arrive derrière la fenêtre, Dougha sert d’intermédiaire, transmet les ordres, reçoit les doléances, les soumet au souverain qui prend une décision. 

Il arrive que l’audience soit donnée à l’intérieur du palais. On place alors un siège recouvert de soie et élevé sur 3 gradins ; ce trône est appelé ben-bi ; on y place un coussin et le tout est recouvert d’un parasol en soie, en forme de dôme, surmonté d’un oiseau d’or, grand comme un épervier. Le Mansa (empereur) sort du palais avec un arc à la main, un carquois au dos. Il a un turban en étoffe d’or attaché par des rubans d’or qui se terminent en pointe de métal de plus d’une palme de longueur et semblables à des poignards. 

Mansa Kankan Musa, Illustration by Angus McBride
Mansa Kankou Moussa, Illustration d’Angus McBride

Il porte un manteau rouge, en tissu européen : le montenfès. Des chanteurs marchent devant lui, tenant en main des combes d’or et d’argent ; il avance à pas lents, suivis de près de 300 soldats armés, et s’arrête de temps en temps. Avant de s’asseoir sur son siège, il fait lentement un tour d’horizon ; puis les cors, les trompettes et les tambours retentissent dès qu’il est assis ; on amène de nouveau les 2 chevaux et le bélier qui chasse le mauvais sort. Dougha est à sa place habituelle, près du Mansa ; le reste du peuple se tient dehors ; on appelle les ferraris et la séance commence dans les conditions habituelles et comme au Ghana ». 

Par : Lisapo ya Kama

Source : L’Afrique noire précoloniale, Cheikh Anta Diop, pages 84 et 85. 

Spread the love