Qu’est ce que le totémisme?

Des animaux à tête d’humain, des humains à tête d’animal… une pratique associée pour le profane à de la sorcellerie, de la zoolâtrie. D’autant que l’animal est un être inférieur qui ne saurait être une divinité, d’après la pensée africaine actuelle, influencée par le monde européen et sémitique. Le totémisme éveille les fantasmes les plus désolants. Mais comme tout à Kama (l’Afrique), avant que cela ne soit sali par les colons étrangers, le totémisme a un sens très concret. Nous essaierons de vous dire lequel…

The great Sphinx of Giza : Pharaoh's Khafra African head is at the top of a lion's body. Such an association is absolutely unthinkable for the Arabs who occupy Egypt today. That's why they call the Sphinx Abu al Hol - Father of terror. They obviously do not understand this African work, simply because they are not the ones who built it.
Le grand sphinx de Gizeh est une représentation totémique. Le visage du pharaon Khafra (Khephren) est à la tête d’un corps de félin. Une telle association est absolument impensable chez les arabo-musulmans qui nomment le Sphinx – qu’ils ne comprennent pas – Abou al hol (le père de la terreur).
Wooden sculpture of an ancient Egyptian young lady with a totemic hairstyle called Djub and Pah in Senegal; Source: Nations Négres et Culture (Negro nations and culture), Cheikh Anta Diop, page 89
Sculpture de bois d’une jeune fille égyptienne ancienne avec la coiffure totémique, appelé Djub et Pah au Sénégal; Source : Nations Nègres et Culture, Cheikh Anta Diop, page 89

Pour comprendre le totémisme, il faut rentrer aux fondamentaux même de la création du monde dans la pensée kamite (noire). D’après les cosmogonies kamites, l’Ancêtre primordial (Dieu) est l’Énergie à l’origine de la création du monde. Au commencement, il créa l’air et l’eau, qu’il unit pour enfanter et séparer le ciel et la terre. Il féconda alors la terre par le ciel (lumière solaire et pluie), ce qui engendra la végétation.

Cette conception se retrouve dans la cosmogonie d’Iounou en Égypte antique où Nouté (le ciel) et Goba (la terre) sont les parents d’Ousiré (Osiris). Ousiré symbolise entre autres, la végétation. D’où le fait qu’Ousiré soit souvent représenté en vert. Puis la présence de la végétation a permis l’émergence du règne animal. Et c’est à la suite du règne animal que l’homme est apparu.

La plante, comme l’animal, comme l’humain est doté d’une partie de l’Énergie initiale, qui seule lui permet de vivre. L’humain n’a pu être que parce qu’il y avait la végétation et les animaux avant lui. Partant de là, l’humanité a donc une essence végétale et une essence animale. L’humanité est fille en quelque sorte, du règne végétal et du règne animal.

Le totémisme relève de l’idée que l’homme et l’animal sont des créatures de Dieu, et partagent la même condition et la même essence divine à travers l’Energie qui les imprègne toutes. L’homme peut donc s’appuyer sur le lien profond qu’il a avec l’animal pour s’identifier à lui. Les animaux, de par la force divine qu’ils portent, ont des liens avec le Créateur même et ses principes (divinités). Exemple : représentation d’Amon (Dieu) sous la forme animale du bélier dans la civilisation pharaonique. Le totémisme est donc l’association de la force de la plante ou de l’animal à celle de l’homme, afin de gagner en Energie vitale, en caractère divin. Le totémisme est surtout la recherche de la parenté animale – un peu moins végétale – de l’humain ou d’une divinité. Mais comment détermine-t-on quel animal correspond à telle divinité ou groupe humain ?

Comment détermine-t-on son totem?

Le totémisme par l’observation

Sculpture of a Yoruba king (present Nigeria) with a snake on the forehead, similar to the uraeus on the pharaoh’s military helmet
Sculpture d’un roi Yoruba (Nigéria actuel) avec le serpent sur le front, semblable à l’uraeus sur le casque militaire du pharaon

Prenons l’exemple de la divinité égyptienne Horo (Horus) qui est représenté avec une tête de faucon. Les anciens égyptiens ont remarqué que le faucon a une vision très précise et d’ensemble de tout ce qui se passe. D’où le fait que jusqu’à nos jours on parle « d’œil de faucon » pour insister sur le caractère précis de cette vision.

Le roi doit également avoir cette vision méticuleuse pour scruter l’application de la Maât (l’ordre). Le faucon est donc l’animal totémique du pouvoir. Et c’est également un grand oiseau qui représentait le pouvoir chez les Somali, les Yoruba et au Mali.

C’est cette conception kamite qui se retrouve de toute évidence aux USA où l’emblème du pouvoir est un autre rapace, le pygargue. Ceci probablement par l’intermédiaire des Amérindiens.

Chaque animal ou presque, a une fonction représentative, un sens défini par Dieu, qui fait de lui le totem d’un principe. Le serpent par exemple, du fait de la terreur qu’il inspire, est un totem du désordre (Apopi). Mais la terreur qu’il inspire est nécessaire quant il faut venir à bout de l’ennemi. C’est pourquoi les rois Yoruba comme leurs ancêtres égyptiens, portaient un serpent sur leurs casques. C’est cette compréhension du monde animal qui a permis aux africains de maîtriser la nature et de vivre globalement en harmonie avec elle. Alors que pour les européens et les sémites, les animaux sont une menace perpétuelle, qu’on ne comprend pas, et qu’il faut dominer ou éliminer. La coexistence étant impossible.

On the left, the falcon, totem of pharaoh’s power. On the right, the sea eagle, sign of the USA president’s power. Handing over through Native Americans?
A gauche le faucon, totem du pouvoir du pharaon. A droite le pygargue, sceau du pouvoir du président des USA. Transmission par l’intermédiaire des Amérindiens?

Le totémisme par l’histoire

Prenons l’exemple du peuple Bassa du Cameroun qui a l’araignée pour animal totémique. D’après la mémoire des Bassa, ils vivaient il y a des siècles au nord de l’actuel Cameroun, avant d’être pourchassés par des armées venus selon toute vraisemblance les islamiser de force. En fuyant vers le sud sous la direction de leur chef Nanga, ils ont trouvé une grotte à l’intérieur de laquelle ils se sont réfugiés. Cette grotte porte le nom de Ngog Lituba (le rocher percé). Une fois dans Ngog Lituba, une araignée serait venue tisser une énorme toile à l’entrée. Les poursuivants arrivant devant la grotte et voyant la toile, se sont dit que la grotte était inhabitée et ont continué leur chemin.

L’araignée a donc d’après ce récit sauvé les Bassa et depuis lors elle est leur animal totémique. On détermine donc l’animal totémique également par les événements historiques. 

Ngog Lituba, mythical stone which revealed the animal relation of the Bassas in Cameroon
Ngog Lituba, rocher mythique qui révéla la parenté animale des Bassa du Cameroun

Qui est représenté par le totem ?

The shark, totem of king Behanzin of Danhomé; Quai Branly Museum, France
Le requin, totem du roi Behanzin de Danhomé; Musée du Quai Branly, France

Le totem peut représenter une divinité, un individu ou un groupe d’individus. Le légendaire roi Béhanzin du Danhomé (actuel Bénin), avait le requin pour animal totémique, probablement pour associer la force destructrice de cet animal à sa personne, et montrer sa détermination à défendre son royaume.

Beaucoup de peuples africains étaient constitués en clans totémiques. Un clan peut avoir pour totem le chat, l’autre le crocodile etc… Et souvent, tous les membres du clan portaient le même nom. Cela se voyait énormément encore au début du siècle dernier en Afrique.

D’après le chercheur Cheikh M’backé Diop, fils aîné de Cheikh Anta Diop, l’animal totémique du clan wolof des Diop est un oiseau, la grue pour être précis. Cette grue porte une crête sur la tête. Ce même oiseau est un signe hiéroglyphique égyptien qui se lit « Djb ». Et c’est Djoub qui a évolué vers Diop au Sénégal. Diop est donc un nom totémique d’origine égyptienne, désignant la grue. Et les Diop par conséquent portent une coiffure imitant la crête de cet animal. D’où toutes les coiffures totémiques, magnifiques et originales, qui ont existé en Afrique ancienne. Les gens se coiffaient très souvent pour ressembler au totem de leur clan ou pour montrer leur appartenance à un clan.

Le peuple égyptien ancien lui-même était composé de 42 clans totémiques. Et chaque clan s’interdisait de manger son animal totémique. Le peuple Banyarwanda du Rwanda est pour sa part à l’origine divisé en 15 clans totémiques. Le clan des Abashambo a pour totem Intare (le lion). Les Ababanda ont pour totem Impyisi (la hyène) etc… Le totémisme développé par les amérindiens est également d’origine africaine, introduit probablement par les premiers habitants noirs de l’Amérique [1], et enrichi il y a 2700 ans par les égypto-soudanais et il y a 700 ans par les Mandingues [2].

Totem on the great Zimbabwe site: a bird upon a crocodile
Totem sur le site de grand Zimbabwe : un oiseau surmonte un crocodile

Conclusion

En résumé, notre recherche nous montre que le totémisme est une pratique parfaitement sensée, qui résulte de l’analyse scientifique de la création du monde. Le totémisme est la recherche de la parenté animale ou végétale, afin de gagner en caractère divin. Le totem est défini d’après l’observation du comportement de l’animal et le rapport de ce comportement à la vie quotidienne. Le totem est également défini par les événements historiques. Il peut être représentatif d’une divinité, d’un homme ou d’un groupe d’hommes. Le totémisme a eu l’avantage d’assurer la coexistence harmonieuse entre la nature et l’Homme dans l’Afrique ancienne.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

    • Antériorité des civilisations nègres, Cheikh Anta Diop, pages 88 à 91.
    • Cheikh Anta Diop : l’homme et l’œuvre ; Cheikh M’Backé Diop, page 249
    • Les organisations socioprofessionnelles de l’ancien Rwanda, Alexis Kagame, pages 37 à 61.
    • [1] The first Americans were Africans (les premiers américains étaient africains), David Imhotep
  • [2] They Came before colombus : African presence in ancient America (Ils sont venus avant Colomb : la présence africaine en Amérique ancienne), Ivan van Sertima, chapitres 6 et 9
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