L’origine africaine des châteaux-forts

Le mot château-fort fait instinctivement penser à l’Europe et ses chevaliers du Moyen-Âge. Pourtant c’est en Afrique que ces constructions sont nées et c’est du continent noir qu’elles se sont répandues…

Les châteaux-forts dans les contes de Walt Disney en Occident

Classiquement, on définit un fort, une forteresse ou une fortification comme une haute et épaisse enceinte de pierres, armée de piliers, et chargé de défendre une communauté ou un lieu de pouvoir. Ces constructions, surtout lorsqu’elles délimitent un château, ont fini par être associées à l’identité européenne même, à ses récits traditionnels et autre contes de princesses etc… Comme on le verra dans cet article, c’est l’Afrique qui est à l’origine de ces édifices élaborés.

Les forts de l’époque pharaonique

Les spécialistes s’accordent sur le fait que c’est l’Egypte antique qui a bâti pour la première fois des fortifications. La plus ancienne daterait de l’époque pré-dynastique, c’est-à-dire il y a 6000 ans environ. Les vestiges de Nekhen, ancienne capitale du sud du pays, en seraient la plus vieille attestation. C’est à Nekhen qu’est né le pharaon soudano-égyptien Naré Mari (Narmer), fondateur de l’Egypte unifiée il y a 5300 ans. Quand Naré Mari conquiert le nord de l’Egypte et le rattache au sud, il fonde la capitale du nord Men Nafooré (Memphis), qu’il militarise, en la dotant de fortifications pour faire face aux ennemis.   

Vestiges d’une fortification à Nekhen

Tout au long de son histoire, l’Egypte comptera des enclos fortifiés mais c’est celui de Buhen au Soudan qui est regardé comme le plus emblématique de tous. L’aménagement du site aurait commencé il y a 5000 ans. Il y a 3900 ans, le pharaon guerrier Khakaouré Sen-Ouseret (Sesostris III) conquiert l’Asie de l’ouest – y compris l’Arabie – l’Europe aux confins de la Mer noire, et pousse ses armées au Soudan.

Bien que les Egyptiens se savaient d’origine soudanaise, les rapports entre les deux peuples frères étaient souvent tendus et belliqueux. Sen-Ouseret va donc faire construire de nombreuses forteresses, dont celle de Buhen, la plus impressionnante, pour tenir ses frontières et protéger le pays des autres peuples noirs guerriers. Buhen sera utilisé pendant près de 1300 ans.

Reconstitution de la gigantesque forteresse de Buhen au Soudan, avec plusieurs remparts et même des canaux remplis d’eaux dérivées du Nil, pour servir de protection. Le site couvrait une surface de 13 000 m2 et était long de 150 mètres.
C’est absolument prodigieux.
Source image : Wikipedia
Buhen, vue arrière reconstituée
La forteresse bâtie par Sen-Ouseret était adossée au Nil.
Une des dernières photographies des vestiges de Buhen avant son inondation par les eaux du barrage sur le Nil en 1964
Murs de Buhen conservés au Musée National du Soudan à Khartoum.
A l’image, probablement la pharaon Hatchepsout, faisant face à Horo (Horus), son équivalent totémique.
Khakaouré Sen-Ouseret (Sesostris III)
Reconstitution du temple d’Imana (Dieu) à Karnak en Egypte. Ce temple est le plus important édifice religieux de l’histoire africaine. Il était également fortifié.
Un temple en général était appelé Hout Ntjer dans l’antiquité africaine. Hout Ntjer signifie aussi Château du Seigneur. Les Romains, en fondant officiellement le Christianisme au 4e siècle, par copie et transformation du Vitalisme (animisme) égyptien, reprendront cette terminologie de maison du Seigneur ou Château du Seigneur pour nommer leurs lieux de culte.   

Les Phéniciens, premier peuple noir du Proche-Orient et premiers civilisateurs de l’Europe, ont également abondamment recouru aux fortifications pour défendre leurs Etats-Cités. Même leur prestigieuse ville de Carthage en Tunisie actuelle comptait des remparts de pierres.

Reconstitution de la ville fortifée de Tyr au Liban actuel, qui était une des principales villes phéniciennes.

En Ethiopie actuelle – ancienne province du Soudan pharaonique – existait le royaume d’Axoum. Avant l’avènement du christianisme dans le pays au 4e siècle, Axoum était bien une civilisation vitaliste (animiste) et de type pharaonique. Mis à part ses gigantesques obélisques caractéristiques, Axoum aurait compté des châteaux-forts, bâtis vraisemblablement il y a 2000 ans. Malgré ses célèbres fortifications, la Chine quant à elle, n’aura commencé à construire ces défenses qu’à la même époque que l’Ethiopie, ou un peu avant.

Reconstitution du palais axoumite de Dungur en Ethiopie

En Europe, les enclos de l’empire romain, dont l’histoire commence il y a près de 2300 ans, étaient le plus souvent faits de bois, de mûrs de terre ou quelque fois de pierres. Ces défenses de pierre étaient somme toute modestes en comparaison de ce qui se faisait en Afrique. C’est vers le 12e siècle, sous l’influence africaine encore, que l’Europe va vraiment faire des châteaux-forts, une tradition.

Les Maures, aux origines de la tradition européenne des Châteaux-forts

A la fin de la civilisation pharaonique vers l’an 300, des forts sont construits au Zimbabwe. Celui de Mhanwa, bâti sur une colline, est ainsi la plus ancienne structure de la civilisation Shona. Mais le plus impressionnant est la cité fortifiée de Djado au Niger. Laissée à l’abandon et totalement inconnu des Africains en général, ses vestiges évoquent une ville ancienne élaborée. Si on suit les données de l’Unesco, on déduit qu’elle aurait été bâtie il y a 1500 à 2500 ans.   

Le fort sur Mhanwa au Zimbabwe, bâtie au 5e siècle
La cité fortifiée de Djado au nord du Niger. Elle se situe près d’un oasis, aux frontières de l’Afrique du nord. La localité a certainement été bâtie par les peuples noirs Toubou, et peut-être Kanouri. 
Djado

En 640, l’empire romain d’Occident a déjà disparu quand les Arabes entrent en Afrique par l’Egypte. Ils soumettent quelques décennies plus tard le Maghreb noir, par la force. Dans la poussée de cet impérialisme musulman, les Noirs berbères du Maghreb – dits Maures ou Sarrasins – envahissent l’Espagne en 711, ainsi que le Portugal, la Sicile et le sud de la France. L’Europe étant retombée dans un état semi-barbare, ce sont les Noirs et les Arabes qui vont la reciviliser.

C’est toute cette expérience africaine dans la construction des forts qui va déferler sur l’Europe au Moyen-Âge. Le premier est bâti par les Africains à Gibraltar dès 711. Les Maures vont recouvrir leurs nouveaux territoires de ces défenses sophistiquées. C’est deux siècles plus tard que la France, en réponse à ces invasions et aux attaques scandinaves, entreprend d’en construire également. Au 12e siècle, les Européens multiplient ces édifices et leur donnent la valeur qu’elles auront dans leur histoire médiévale.

Le fort maure d’Agen en France, défendu par les Africains contre les armées de Charlemagne au 8e siècle (Illustration du 14e siècle).
Source: The Golden Age of the Moor, edité par Ivan van Sertima, page 63
Un château-fort maure avec la reine au sommet et le roi sur le drapeau (Illustration du 15e siècle). Remarquez les toitures en pointe qu’on retrouve beaucoup dans les châteaux européens aujourd’hui, et qui sont omniprésents dans les dessins animés des Occidentaux. 
Source : Getty Museum de Los Angeles
Des châteaux-forts maures en Espagne et au Portugal
Ce que vous voyez a bien été bâti par des Noirs, des ancêtres extrêmement noirs même.
Des châteaux-forts bâtis par les Européens en France, en Suisse, au Royaume Uni et en Italie.
Remarquez le plan d’eau en haut à gauche, qui était déjà présent à Buhen à l’époque pharaonique. On ajoute que suivant la tradition chrétienne, les propriétaires des châteaux-forts étaient appelées Seigneurs, Lord en anglais. Si ces constructions européennes sont donc inspirées de la technologie des Noirs islamisés, les mots qui s’y rattachent – comme on l’a vu plus haut – prennent leurs racines chez les Noirs vitalistes d’Egypte. 

Comme dans leurs territoires en Europe, les rois noirs marocains continuaient à construire des fortifications en Afrique. Et même quand les Européens arrivent en Afrique au 15e siècle, pour commencer le terrorisme de l’esclavage, des châteaux-forts sont toujours en activité. L’historien français du 17e siècle Nicolas Sanson d’Abbeville, se basant sur des témoignages, dit de Khami au Zimbabwe « le palais est grand, magnifique, flanqué de tours au dehors avec quatre principales portes » [1]. Le Hollandais Olfert Dapper renchérit en disant «On y entre par quatre grands portaux où les gardes de l’empereur font tour à tour la sentinelle. Les dehors sont fortifiés de tours » [2].

Au 18e siècle, les Ethiopiens construisent encore des châteaux-forts, comme celui de Gondar au nord du pays. Le Tata (fort) de Sikasso au Mali, fut le dernier fort en activité d’Afrique. Il disparaîtra sous les coups des colons français, mettant ainsi fin à une tradition architecturale noire qui aura duré près de 6000 ans.

Les fortifications entourant la ville de Marrakech au Maroc. La ville fut fondée par le roi noir almoravide Youssouf Ibn Tachfin, empereur du Maghreb et de l’Europe maure.
Ruines de Khami, empire du Mwene Mutapa, Zimbabwe
Vue aérienne du château-fort de Gondar en Ethiopie
Illustration du Tata de Sikasso au Mali, dit Tarakoko
Il comptait 3 enceintes concentriques. La première avait un périmètre de 9 Km!!! Cette enceinte extérieure avait des murs de 4 à 6 m de haut, 6 mètres d’épaisseur à la base et 2 au sommet. La 2e enceinte, à l’intérieur, protégeait les marchands et les soldats. Et à l’intérieur de la 3e se trouvaient les demeures du roi et de sa famille.

Conclusion

En Afrique, quand on pense aux forts, en particulier aux châteaux-forts, on pense que c’est proprement occidental. Non, c’est africain et c’est d’Afrique que c’est arrivé en Europe. Quand vous regarderez donc ces constructions désormais, vous saurez que c’est vous qui en êtes à l’origine. 

Hotep !  

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • Military Architecture of ancient Egypt, article de Jimmy Dunn
  • Wikipedia
  • Unesco
  • [1] La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean-Philippe Omotundé, page 75.
  • [2] Idem, page 76
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