La traite européenne: La destruction de l’Afrique par le Portugal

L’arrivée des Portugais en Afrique marque le début de la fin de 4800 ans d’histoire glorieuse des Kamits (Noirs). C’est avec la bénédiction du Vatican qu’ils entrèrent en Afrique pour mettre en esclavage les Africains et voler leurs richesses. Les portugais détruiront violemment et méthodiquement Kongo dia Ntotila (l’empire Kongo), la très riche côte Est africaine, ainsi que le far de l’Afrique australe : le gigantesque empire de Mwene Mutapa (Monomotapa) ; Les Noirs résisteront héroïquement.  

Vatican – Painting of Nicolas V in 1454
Peinture de Nicolas V

“Nous avons jadis, par de précédentes lettres, concédé au Roi Alphonse, entre autres choses, la faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les sarrasins (Noirs), païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient, avec leurs royaumes, duchés, principautés, domaines, propriétés, meubles et immeubles, tous les biens par eux détenus et possédés, de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle (…) de s’attribuer et faire servir à usage et utilité ces dits royaumes, duchés, contrés, principautés, propriétés, possessions et biens de ces infidèles sarrasins (Noirs) et païens » [1].

C’est par ces mots que le pape Nicolas V confirma, le 8 Janvier 1454, l’autorisation donnée au Portugal de débuter la traite négrière européenne et la destruction de l’Afrique. Son successeur le Pape Calixthe III, précisa en 1456 « Toute la Guinée et au-delà, jusqu’aux Indes » [1]. C’était donc dans le cadre d’une prétendue mission évangélisatrice que les Portugais entrèrent dans une Afrique richissime et civilisée, avec leurs missionnaires. Les explorateurs européens ont laissé des témoignages des civilisations qu’ils s’apprêtaient à détruire.

Illustration of the arrival of Europeans in Africa Unknown author
Illustration de l’arrivée des Européens en Afrique
Auteur inconnu

A propos de l’empire Kongo (Angola-Congos-Gabon) et de la Côte Est africaine qui au 11e siècle faisait du commerce avec l’Australie, l’historien allemand Leo Frobenius dit “Dans le royaume du Congo, une foule grouillante, habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés, et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu’à la moëlle des os ! Et toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique par exemple” [2]. Un dicton d’Afrique de l’est disait « On accédait à des lits en ivoire par des escaliers en argent ».

Voici ce que les Européens disaient du Mwene Mutapa (Zimbabwe-Mozambique-Botswana-Afrique du Sud-Zambie) qui faisait du commerce avec la Chine au 11e siècle “Le palais est grand, magnifique, flanqué de tours en dehors avec quatre grands principales portes ; le dedans enrichi de tapisseries de coton, rehaussé d’or et de meubles riches et superbes… On y entre par quatre grands portaux où les gardes de l’empereur font tour à tour la sentinelle. Les dehors sont fortifiés de tours et le dedans divisé en plusieurs chambres spacieuses garnies de tapisseries de coton où la vivacité des couleurs dispute le prix à l’éclat de l’or (…) des chaires dorées, peintes et émaillées et des chandeliers d’ivoire suspendus à des chaînes d’argent sont une des beautés de ces appartement somptueux. Sa vaisselle est de porcelaine entourée de rameaux d’or » [3]. 

Ils disaient aussi “Au Monomotapa, les rois (…) portent une longue robe d’un drap de soie tissu dans le pays; ils portent au côté une serpe emmanchée d’ivoire (…) les gens du commun s’habillent de toile de coton et les grands, d’indiennes brodées d’or » [4]

A propos du Mozambique, qui était une partie du Mwene Mutapa, ils disaient “Deux seniors vinrent nous voir. Forts hautains, ils n’apprécièrent rien de ce que nous leur donnâmes. L’un d’eux portait un manteau à frange de soie brodée, et celui de l’autre était tout entier en soie verte. Nous comprimes à leurs signes qu’un jeune homme qui était avec eux venait de loin et avait déjà vu de grands bateaux semblables aux nôtres ». [5].

Voilà donc ce que les Européens ont trouvé en arrivant en Afrique. En 1482, les portugais entrent dans l’empire Kongo qui était à ce moment sous le règne de Nzinga a Nkuwu, qui à travers la légendaire hospitalité africaine, ne se méfiera pas suffisamment d’eux. Les portugais montreront leurs vrais visages sous Nzinga Mbemba, fils et successeur de Nzinga a Nkuwu. Le nouveau roi se converti au christianisme et prit le nom d’Afonso I. Grâce aux armes à feu dont ne disposaient pas les Africains, les portugais changeront alors brutalement le cours de l’histoire africaine. 

La destruction de Kongo dia Ntotila

Nzinga Mbemba (Afonso I) emperor of Kongo. Illustration by Carl Owens for Anheuser Busch
Nzinga Mbemba (Afonso I) empereur du Kongo.
Illustration de Carl Owens 

Le Mwene Kongo (Empereur du Kongo), envoya des jeunes citoyens – boursiers du gouvernement kongo, dont ses enfants – étudier en Europe. Son fils Henrique sera ordonné évêque.  

Cherchant à développer technologiquement son pays, Afonso I demanda plus de missionnaires et de techniciens portugais. Mais les portugais étendaient progressivement leur control sur l’empire. Ils avaient apparemment pour stratégie de mettre Kongo dia Ntotila en infériorité technologique et dans une relation de vassalité vis à vis du Portugal. Ils refusèrent de vendre des navires au Mwene pour satisfaire son désir de développer le commerce international. Ils prirent également le control de ses relations internationales.

La forte présence des Européens permit le début des razzias négrières. Afonso refusa que soit organisé l’esclavage dans son pays. Il protesta du fait que certains de ses sujets cupides, collaboraient avec des négriers, parmi lesquels on comptait des missionnaires portugais. Certains kongo collaboraient en échange de symboles religieux. Afonso protesta auprès de celui qu’il considérait comme son frère, le roi Joao III du Portugal, pour que les biens de consommation portugais soient retirés, sans succès. Les portugais fomentèrent complots et attentats contre les membres du gouvernement et détruisirent l’appareil politique de l’empire. 

De hauts dignitaires et des membres de la famille impériale furent kidnappés et déportés. Afonso I lui-même échappa à une tentative d’assassinat, fomentée par 8 portugais, en pleine messe de Pâques 1540 ; une balle ayant traversé sa tunique royale. A la fin de son règne en 1543, Nzinga Mbemba Afonso I avait divorcé du Portugal. L’empereur mourut à 87 ans. Le Kongo, dévasté par la traite négrière, entra en guerre avec le Portugal. Son infériorité technologique le condamnait à demander des armes aux autres nations européennes, qui n’acceptaient de les vendre qu’en échange de sujets données en esclavage. La collaboration ou la mort.

Après plus d’un siècle de résistance, l’armée royale fut définitivement vaincue en 1665, avant l’effondrement complet de Kongo dia Ntotila au 18e siècle. La grande capitale Mbanza Kongo et ses grands marchés colorés d’alors, n’était plus qu’un repère pour animaux où on croisait des gens pauvres et nus.

La destruction de l’Afrique de l’Est

Après avoir pillé des navires aux abords de Zanzibar en 1503, les Portugais attaquent Kilwa en 1505 et commencent à construire un fort. La même année, ils menacent Mombasa qui résiste. Aidés par des alliés africains, les habitants se battent contre les portugais dans les ruelles de la ville, jusqu’au palais du roi. Ayant pris d’assaut le palais, les portugais forcent le roi à se rendre. La ville fut mise à sac et incendiée. Plus au nord, Barawa subit le même sort. En 1528, Mombasa était de nouveau attaquée. Après 4 mois d’occupation, les portugais rasèrent la ville. En 1569, Mombasa s’était repeuplée. 

Vestiges of the Swahili civilization on the coasts of Tanzania and Kenya
Vestiges de la civilisation Swahili sur les côtes de la Tanzanie et du Kenya

Quant à Kilwa, elle était « presque déserte mais faisait encore du commerce d’ivoire avec les Comores et l’intérieur »… A l’exception de Malindi, toutes les villes entre Mogadiscio (Somalie) et Kilwa (Tanzanie) avaient reçu favorablement un navire turc et le message du commandant turc Mir’Ali Bey, les portugais répondirent par une expédition punitive, particulièrement à Faza, près de Paté, et à Mombasa dont les habitants résistèrent et infligèrent de lourdes pertes aux portugais avant d’être écrasés. La ville fut à nouveau rasée et la tête du roi emmenée et exhibée à Goa (Inde). 

En 1588, les turcs reviennent avec 5 navires et les portugais répondent en 1589 par l’envoi d’une flotte plus forte qui détruisit les navires turcs. Dans le même temps, les Zimba, venus de l’intérieur, exercent leur ravage. Les portugais font voile vers le nord et se venge sur Lamu qui avait soutenu les turcs. L’île voisine de Manda fut attaquée et sa capitale Takwa, mise à sac. Malindi s’empara de Mombasa avec l’aide des Sejegu et les Portugais imposèrent à Mombasa le prince de Malindi ; le capitaine portugais et sa garnison furent également transférés de Malindi à Mombasa. Malindi déclina. Kilifi (entre Mombasa et Malindi) attaqua cette dernière. Malindi l’emporta sur Kilifi qui déclina à son tour… A l’exception de Paté, le déclin fut général. 

Vestiges de la civilisation Somali
Vestiges de la civilisation Somali

La destruction du Mwene Mutapa

En 1505, les Portugais construisent un fort à Solafa (Mozambique). Comme au Kongo, la stratégie fut d’entrer dans l’empire par la voie de la religion. Les premiers missionnaires parviennent sur les rives du Zambèze vers 1560. Après s’être brièvement converti au christianisme, l’empereur – qui avait manifestement compris ce qui se jouait – fit tuer le missionnaire Gonzalo da Silveira. Les Portugais attaquèrent l’arrière-pays. Entre 1569 et 1573, les Africains infligèrent aux Européens 800 morts sur 1000 soldats, puis 200 sur 400 en 1574. En 1629, l’empereur Mamvuru Mutapa fut défait mais l’empire résista. Les portugais prirent avantage des querelles de pouvoir pour favoriser Mavhura. Celui-ci accepta de mettre son territoire sous tutelle des Portugais en échange de l’aide de ces derniers pour la conquête du trône. Les Portugais mirent les Africains en esclavage sur les terres conquises. La guerre et les rébellions se généralisèrent, les migrations s’intensifièrent. L’empire se désagrégea et devint un sanglant champ de bataille.

Le Mutapa Mukombwe réussit à créer une coalition, l’emportant sur les Portugais en 1680 et en 1690. Mais les dégâts infligés à l’empire étaient irréparables. Le légendaire empire d’Afrique australe s’effondra.  

Vestiges de l'empire du Mwene Mutapa (Zimbabwe)
Vestiges de l’empire du Mwene Mutapa (Zimbabwe)

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • [1] La traite négrière européenne : vérité et mensonge; Jean Philippe Omotunde – page 57.
  • [2] Nations Nègres et Culture; Cheikh Anta Diop – page 343.
  • [3] La traite négrière européenne : vérité et mensonge; Jean Philippe Omotunde – pages 75 & 76.
  • [4] Idem, page 74
  • [5] L’Afrique doit s’unir, Kwame Nkrumah – pages 20 & 21.
  • Théorie de la révolution africaine, tome 1; Jean Pierre Kaya.
  • Afrique noire, sol, démographie et histoire; Louise Marie Diop-Maes – pages 206 & 207.
  • Government of Zimbabwe 
  • West Chester University 
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