L’économie africaine : une tradition socialiste

Sur quoi repose l’économie africaine? Comment Kama (l’Afrique) a-t-elle fait pour avoir l’Etat le plus riche au monde à deux reprises au moins? Doit-on parler de capitalisme, de socialisme? Sur quelles bases devra donc se bâtir l’économie des Etats africains de demain et d’un Etat fédéral d’Afrique? Nous répondons à ces questions.

L'Afrique de l'époque impériale : riche et encrée dans sa culture
L’Afrique de l’époque impériale : riche et encrée dans sa culture (Illustration de Leo et Diane Dillon)

L’Etat central

Dans l’Afrique ancienne, l’Etat centralise les pouvoirs économiques qui régissent la vie des citoyens. L’Etat est l’émanation de la communauté nationale. Il repose sur une démocratie indirecte où sont représentées toutes les castes socioprofessionnelles du pays. Il est donc un organe parfaitement légitime pour diriger l’économie.

L’Etat est chargé de définir la monnaie et sa valeur, il défini le taux d’impôts sur les citoyens qui est généralement faible (inexistant au Monomotapa). Il gère seul les richesses naturelles (nationalisaton). Les richesses de l’Etat servent essentiellement à la réalisation d’infrastructures et au fonctionnement de l’administration. Le surplus est redistribué au peuple.

L’Etat s’occupe seul de la réalisation des infrastructures sans avoir recours à des entrepreneurs privés. L’Etat organise le peuple en castes de travailleurs, chaque caste détient le monopole d’un secteur de l’économie. On avait ainsi la caste des ouvriers, des cotonniers, des commerçants etc… Ce modèle africain de l’Etat central se retrouve dans les pays dits socialistes aujourd’hui. Par contre dans le système capitaliste, l’Etat confie la réalisation d’infrastructures, la gestion des richesses naturelles etc… à des entrepreneurs privés.

La séparation entre l’Etat et le privé

Dans la structure économique africaine en tout point centralisée autour du pouvoir royal, il existe néanmoins une place pour l’entrepreneuriat privé. L’individu au sein de sa caste est libre de produire en excès et de s’enrichir. C’est pourquoi il n’y avait généralement pas de frustration liée à l’appartenance à un corps de métier qualifié d’inférieur, car chacun pouvait prospérer dans ce corps de métier. La caste des porchers était ainsi vue comme inférieure en Egypte – vu l’association du porc au désordre – mais les porchers avaient le monopole sur l’exploitation de leurs produits. La caste de commerçants quant à elle – appelée Dioula chez les Mandingues – avait le plus de propension à l’enrichissement.

Le royaume de Benin (actuel Sud du Nigeria) Illustration d'Angus McBride
Le royaume de Benin (actuel Sud du Nigeria)
Illustration d’Angus McBride

Mais l’entrepreneuriat privé ne doit jamais faire entrave à la puissance de l’Etat. On ne trouve généralement aucun géant économique de la taille de l’Etat, qui pourrait lui faire concurrence, voir l’infiltrer pour servir ses intérêts, comme cela se fait en Occident aujourd’hui, où la séparation est faible entre l’Etat et le privé. La richesse privée est donc une richesse somme toute mesurée et qui n’empiète pas sur les secteurs économiques réservés à la gestion de l’Etat.  

La solidarité

L’élément de base de la société étant la communauté et non l’individu, il existe un sentiment de sécurité, de protection sociale, qui ne pousse pas l’individu à s’enrichir de manière excessive. L’accumulation de richesse par l’individu n’est pas une réelle nécessité dans un environnement où la communauté et l’Etat pourvoient à l’essentiel. Le travail acharné, l’ardeur qu’on y met, l’effort physique ou intellectuel, est orienté vers le bien être de toute la communauté. Le partage est une notion central. On admet difficilement des inégalités économiques criardes entre individus. C’est pourquoi les plus riches ont obligation de donner aux moins riches pour maintenir leur rang social.

Lorsqu’un membre de la communauté s’enrichit excessivement et en vient à oublier ses obligations communautaires ou à faire concurrence au pouvoir politique, il fait face à des sociétés d’initiés locales liées à l’Etat, qui lui rappellent les fondements de la société. Les grands prêtres locaux sont donc charger de veiller au bon fonctionnement de l’Etat en limitant l’influence des individus fortunés. C’est pourquoi jusqu’à nos jours, la richesse excessive est mal vue en l’Afrique, où on accuse de sorcellerie toute personne égoïste qui vit dans l‘aisance matérielle. Il ne s’agit pas à la base de jalousie comme on a tendance à le croire maintenant.

La solidarité, la communauté
La solidarité, la communauté

La terre ne se vend pas

La terre est une divinité, elle est le quatrième élément issu de la création par l’Ancêtre primordial (Dieu). Elle ne saurait donc s’acheter. Il existe des terres qui appartiennent au domaine du pouvoir central. Le roi ou l’empereur nomme des gouverneurs locaux. Et ce sont ces gouverneurs locaux qui sont chargés de distribuer les terres n’appartenant pas au pouvoir central, aux habitants. Ceci sans jamais les vendre. Chacun se retrouve donc avec un lopin sur lequel il peut construire sa demeure ou qu’il peut cultiver.

Tout étranger qui vient s’installer en un endroit se voit donner un lopin de terre. Même celui qui est mis en servitude pour châtier une faute, et qui est donc au plus bas de l’échelle sociale, a son lopin de terre. Cette appréciation de la terre est la principale explication à la quasi-absence de la famine dans l’Afrique ancienne. Ceci tranche énormément avec l’Europe et ses seigneurs féodaux qui seuls possédaient la terre, et qui mettaient en esclavage des citoyens pour y travailler. La famine se rencontrait ainsi souvent au Moyen-Âge en Europe alors que les somaliens étaient obèses.

Mode de production esclavagiste ?

La production de biens dans le système occidental dépend d’une main d’œuvre sous-payée. C’est le féodalisme européen du Moyen-Âge qui a accouché de l’esclavage transatlantique qui a anéantit l’Afrique. Les Européens ayant toujours été dans la logique de la production de biens et services par une main d’œuvre servile. Et c’est l’esclavage qui a enfanté le capitalisme où il est nécessaire de délocaliser la production pour aller faire travailler des Asiatiques sous-payés, corvéables à souhait. L’Occident est donc une continuité du point de vue économique.

L’Afrique quant à elle n’a jamais eu recours à une main d’œuvre esclavagiste. La société était organisée en caste de travailleurs bien rémunérés et respectés que ce soit aux époques pharaonique ou impériale. Les secteurs d’activité économiques étant qui plus est répartis par la division en caste, la concurrence est limitée et il n’y a pas de raison de toujours chercher à produire à des coûts bas en employant une main d’œuvre servile. Le mode de production africain – hormis chez les Noirs berbères influencés par les Arabes – n’a donc jamais été esclavagiste.

Conclusion

En résumé, l’économie africaine repose sur un Etat central fort, sur un système de solidarité communautaire, sur un partage de la terre et des inégalités réduites. La prise en charge de l’économie par des entités plus fortes que l’individu a empêché l’Afrique de connaître les dérives atroces du capitalisme occidental. Les inégalités sommes toutes faibles entre les individus ont assuré le bien être à tous. Il s’agit donc d’un système socialiste et communautaire.

C’est avec ce système économique que l’Afrique a eu, deux fois au moins, très probablement les Etats les plus riches au monde, à savoir l’Egypte pharaonique et l’empire du Mali. C’est donc en s’inspirant de ce système qui a fait ses preuves, qu’il faudra poser les fondements économiques des Etats africains de demain et d’un Etat fédéral d’Afrique.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

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