La traite négrière arabe : la terrible révolte des Zanj

En 869 en Irak actuel, les Noirs ont débuté une rébellion contre le système esclavagiste. Ce soulèvement contre l’asservissement, le plus meurtrier, fut dans son ampleur et sa durée comparable à la plus grande de toutes : la révolution haïtienne.  

Les Arabes ont déporté 3 à 12 millions d'Africains qu'ils ont mis en esclavage. Les effets combinés de la traite arabe et de la traite européenne - qui fut plus grave - sont responsables de 400 à 600 millions de pertes humaines africaines.
Les Arabes ont déporté 3 à 12 millions d’Africains qu’ils ont mis en esclavage. Les effets combinés de la traite arabe et de la traite européenne – qui fut plus grave – sont responsables de 400 à 600 millions de pertes humaines africaines.

Les Noirs dans l’Univers concentrationnaire du sud de l’Irak

Le terme arabe Zanj désignant les Noirs mis en esclavage en Irak, se référait à leur origine en Afrique de l’Est. C’est par milliers que les Arabes les auraient razziés du Soudan, d’Ethiopie ou des îles de la Tanzanie actuelle. La population esclave se composait aussi de Blancs sémites ou européens, mais ce sont les Africains qui endurèrent les sévices les plus durs. Ils étaient affectés par dizaines de milliers au pénible assèchement des marais humides et salés, où il fallait ensuite enlever des tonnes de terre pour semer des cultures en profondeur. Ils subissaient des conditions dignes de l’univers concentrationnaire d’Amérique.

Les Zanj étaient battus, fouettés, ne recevant que quelques poignées de semoule et des dattes pour toute nourriture. L’humidité de leur lieu de travail était pourvoyeuse de paludisme, qui faisait des hécatombes parmi eux. Comme dans toute l’histoire des traites, des préjugés infériorisants étaient popularisés pour donner bonne conscience aux esclavagistes. En plus d’être méprisés parce que non-musulmans, on disait des Africains « Affamé, le Zendj vole (…), rassasié, il viole » [1]. Face à leur misère extrême, les Zanj se soulevèrent à trois reprises.

689 et 694 : Les deux premières révoltes

C’est armés de gourdins et de houes que les Africains menèrent des raids. D’autres plus organisés et ayant réussi à acquérir des armes, se barricadèrent dans des camps. Les Zanj prirent plusieurs villes du sud de l’Irak qu’ils pillèrent, avant d’être écrasés par les autorités arabes. Certains furent décapités. Déterminés, ils se soulevèrent de nouveau en 694, aidés par les Noirs soldats des armées arabes, les Noirs d’Inde, ainsi que des Africains venus du continent. La coalition infligea de lourdes pertes aux armées du Calife, avant d’être écrasée. La 3e révolte, la plus grande de toutes, était encore à venir.

869-883 : La Révolte des Zanj

C’est un Blanc anciennement esclave et cultivé, du nom d’Ali Ben Mohamed, qui organisa les Africains lors de leur plus grande rébellion. Se déclarant descendant du prophète Mohamed, il se disait animé par un idéal humain de justice sociale. Ali Ben Mohamed allait conduire les Africains dans l’expression de leur fureur. Les Zanj conquirent et pillèrent ville après ville, massacrèrent des populations entières, y compris femmes et enfants. Les Africains taillèrent en pièce l’armée du général Abu Mansur venue les affronter, puis celle du général turc Abu Hilal. Ils firent 1000 prisonniers, qu’ils massacrèrent.

Illustration Auteur inconnu
Illustration
Auteur inconnu

Ils créèrent un Etat avec une administration et des tribunaux, frappèrent leur monnaie. Impitoyables, ils y mirent en esclavage les soldats arabes et turcs vaincus, puis conquirent la ville de Bassora le Vendredi 7 Septembre 871 à l’heure de la prière. Leur insurrection plongea l’Irak dans l’apocalypse, on estime à entre 500 000 et 2 millions de morts le bilan de la grande révolte des Africains. Les Zanj finiront par s’approcher à 112 Km de la capitale Bagdag et par conquérir une partie de l’Iran. Ali Ben Mohamed, souverain de l’Etat Zanj, montra un visage raciste en ne plaçant que des Blancs au sommet de l’Etat.

Pendant 14 années, les Zanj allaient ainsi tenir face aux armées arabes et turcs, avant de commencer à subir des défaites, psychologiquement affaiblis par la trahison d’Ali Ben Mohamed. Malgré une résistance formidable, ils furent vaincus, Ali Ben Mohamed et ses lieutenants transférés à Bagdad où ils furent décapités. Les Africains subirent eux-mêmes d’atroces supplices, certains d’entre eux furent incorporés dans l’armée à Bagdad, en signe de reconnaissance de leur bravoure.

Quelle est la place de cette révolte dans l’histoire africaine ?

On vient de voir qu’il s’agit ici d’un événement majeur de notre histoire. 14 ou 15 années de révoltes avec 500 000 à 2 millions de morts, mais une issue défavorable. Ce soulèvement est comparable aux 13 années de la révolution haïtienne avec ses (environ) 500 000 morts et une issue cette fois favorable. Cette révolte doit devenir un point central des résistances pendant l’apocalypse noir. C’est un acte d’héroïsme monumental qui est appelé à être considéré comme tel dans l’histoire africaine.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama

Notes :

  • Le génocide voilé, Tidiane N’diaye
  • Cent mille ans de présence africaine en Asie, Runoko Rashidi
  • University of Alberta
  • [1] Le génocide voilé, Tidiane N’diaye, page 128
Please follow and like us:
0