Les fondements du mariage en Afrique

Pour nos ancêtres, dans le couple idéal, l’épouse, c’est à dire la femme doit remplir 3 fonctions vis à vis de son mari. Elle doit être pour lui comme une mère (elle prend soin de lui à la manière dont la mère prend soin de son enfant), elle doit être pour lui comme une sœur (avoir des liens fraternels, des rapports sympathiques avec son mari comme le type de liens existant entre frères et sœurs) et enfin elle doit être une son amante, son amoureuse (partager sa vie intime).

C’est la même chose pour l’homme. Dans le couple idéal pour nos ancêtres, l’homme doit remplir vis à vis de sa femme 3 fonctions : la fonction de père, de frère, et d’époux (c’est-à-dire, d’amoureux, d’amant) exactement comme la femme. Donc pour nos ancêtres la femme d’un homme est en même temps sa mère, sa sœur et son épouse amoureuse, et le mari d’une femme doit être en même temps son père, son frère et son époux. C’est pourquoi dans un couple africain, la femme par exemple, peut appeler son mari « papa », ou l’homme peut appeler sa femme « maman ».

Qu’est-ce que le mariage traditionnel africain?

Amon Mout
Le créateur sous sa forme féminine (Amenata) et masculine (Imana/Amen) en Egypte antique. On a là l’image du couple et du mariage idéal pour nos ancêtres (mariage monogame).

Tout d’abord pour pouvoir comprendre le mariage traditionnel africain, il faut savoir que pour nos ancêtres le Créateur tout en étant unique, possède dans sa nature divine la double nature mâle et femelle qui fusionnent, ce qui lui permet de créer tous les êtres (humains végétaux, animaux, etc..) selon le modèle mâle et le modèle femelle.

Le mariage traditionnel africain c’est la fusion du principe mâle et du principe femelle pour ne former qu’un seul corps, afin de reproduire la nature du Créateur. En se mariant alors les humains reproduisent physiquement et aussi spirituellement cette unité mâle et femelle du créateur pour ne former qu’un seul corps.

En réalisant cette unité du principe mâle et femelle, les humains peuvent comme le Créateur « créer » (c’est-à-dire enfanter) des êtres mâle (garçon) et femelle (fille) exactement comme le Créateur. Tout ceci explique pourquoi le mariage africain est important, divin et est sacré. Le couple ne formant qu’un à l’image du Créateur qui est unique, il devient indivisible comme le créateur qui est un et indivisible. C’est pourquoi le divorce n’est pas du tout une bonne option dans la vision africaine du couple. Et en cas de problèmes les gens font le nécessaire pour ne pas que les couples divorcent (tentatives de médiations, de réconciliation, etc..).

Toutefois, en cas de force majeure, et s’il n’y a pas d’autre solution que de divorcer, le couple peut divorcer.

La société traditionnelle africaine, étant communautaire et non individualiste, le groupe prime sur l’individu. Et l’individu ne peut exister sans son groupe, sa famille. Ainsi, ceux qui se marient ne font pas que s’unir tous les deux, car étant donné qu’ils font partie d’un groupe (la famille), en se mariant (c’est-à-dire en s’unissant,) ils unissent aussi leurs familles. Une fois mariés, l’homme entre symboliquement dans la famille de la femme et la femme entre symboliquement dans la famille de l’homme.

couple 4

Qu’est-ce que la dot ?

Le mariage est scellé par un certain nombre de cérémonies, dont la plus importante est la dot.

Qu’est-ce que la dot? La dot ce n’est pas l’achat d’une femme par un homme comme l’ont imaginé ou caricaturé les Occidentaux, qui ont longtemps véhiculé ce stéréotype. La dot c’est tout simplement le pacte ou le gage qui scelle l’alliance entre l’homme et la femme (mariage) et l’union entre les familles dont les enfants se marient.

Le fait que la dot soit remise a la famille de la femme jusqu’à aujourd’hui encore, est un vestige de la tradition matriarcale de l’Afrique. La dot est remise à la famille de la femme aussi en raison de la place et du rôle important que joue la femme dans le couple et dans la famille africaine.

Dans le contexte actuel, pour les africains le mariage traditionnel est et reste le plus important. il est fondamental et il n’a pas la même valeur que le mariage à la mairie ou à l’Église ou à la Mosquée (ce qui est tout a fait normal).

C’est pourquoi même si vous êtes marié a la mairie, a l’Église ou a la mosquée, les africains en général insisteront pour que le mariage traditionnel soit fait en bonne et due forme car si ce mariage du point de vue de la tradition n’est pas fait, votre mariage (qu’il soit fait àl ’église ou à la mosquée) n’est pas valable.

Tout ce ceci permet de comprendre que la tradition africaine n’est pas une tradition de polygamie, mais une tradition de monogamie stricte, puisque dans le principe du mariage africain, il faut un homme et une femme afin de former une seule chair et ainsi reproduire la nature divine (femelle et mâle).

Ceci nous permet d’arriver à cette question qui touche au mythe et au stéréotype  de l’africain polygame :

Couple égypte 2
Couple, Egypte antique

Si la tradition africaine est monogamique, alors comment est née la polygamie en Afrique?

Étant donné que la tradition africaine est monogamique, la polygamie n’est donc pas un mode de fonctionnement des Aricains en réalité.

Mais la polygamie en Afrique est attestée depuis l’antiquité dans la vallée du Nil. Elle a été décidée par les élites dirigeantes au départ pour résoudre les problèmes de société posés par le système monogamique originel africain.

Les cas de figures posant problèmes que les élites (nobles, notables, gouverneurs, etc..) ont tenté de résoudre par la polygamie étaient les suivants :

  • Si dans une société où tout le monde est monogame, on constate qu’il y a des femmes qui ne sont pas mariées ou qui ont du mal à trouver un mari, les élites (notables, dignitaires, etc…) leur proposaient le mariage afin qu’elles ne soient pas les seules à être sans maris, sans enfants, sans descendance, etc. et qu’elles ne soient pas objets de moqueries, de honte, ou de déshonneur à cause de leur situation dans la société.
  • Les élites proposaient le mariage à ces femmes aussi pour éviter que ces femmes seules en cas de besoin d’affection, n’aillent semer la zizanie (détourner les maris) dans les couples et les foyers de femmes mariées.
  • Il y avait des cas de femmes qui avaient perdu leurs maris pour plusieurs raisons (ex : guerrier mort au combat, ou ayant eu un accident, etc..). Afin que ces femmes ne soient pas toutes seules à supporter toutes les responsabilités après la perte de leur mari ou si ces femmes étaient encore à un âge où elles pouvaient refaire leur vie, les élites leur  proposaient le mariage.
  • Dans  les cas où il y avait  des problèmes de stérilité venant de la femme, et si les traitements pour combattre la stérilité n’ont pas marchéla femme  pouvait  autoriser son mari à prendre une autre épouse (sans toutefois la quitter), afin de régler ce problème.
Behanzin, dernier roi du Danhomé indépendant (Bénin) et ses épouses.
  • Au niveau du pouvoir royal aussi il existait une forme de polygamie politique ou le roi, en plus de sa grande épouse officielle, prenait pour des raisons stratégiques et politiques  symboliquement des épouses dans chaque région de son empire ou son royaume ou dans certaines régions clés afin de renforcer les liens ou les alliances et sa suzeraineté.
  • Cette polygamie des élites et des leaders était donc pratique et destinée à résoudre des problèmes de fonctionnement de la société. A cet effet, les élites, nobles, dignitaires, en tant que dirigeants, étaient en général ceux qui décidaient entre eux qui pouvait ou non, en fonction de ses moyens et de ses possibilités, prendre épouse. Mais les élites étant déjà mariés en général, le fait de prendre ces épouses supplémentaires créait la situation de polygamie.

Mais même si  cela était dans le but de résoudre des problèmes de société, cela pouvait créer d’autres problèmes, c’est pourquoi :

  • Ceux  parmi les élites, qui  acceptaient de pratiquer la polygamie devaient avoir les moyens matériels de le faire (ex : maisons assez grandes pour accueillir une femme supplémentaire).
  • Pour pratiquer ce système, ceux qui avaient les moyens de le faire devaient nécessairement consulter leurs épouses  et avoir leur accord.
  • Pour pratiquer ce système il fallait aussi l’accord de celle qui allait être la nouvelle épouse.

Voilà comment la polygamie est née en Afrique. Mais cette polygamie ne s’étendait jamais à toute la société. La société africaine étant monogamique, la polygamie dans la société africaine, a toujours été réservée depuis l’origine, aux élites qui la pratiquaient parfois comme réponse à des problèmes  de société.

Ces coutumes instituées il y a longtemps sont parfois restées encore dans les milieux d’élites coutumières aujourd’hui. C’est ainsi qu’on peut parfois proposer dans certaines régions du continent, à quelqu’un dont les ancêtres étaient des élites dans les anciens royaumes africains, d’avoir plusieurs femmes, de façon à perpétuer cet héritage ancestral. 

Mais c’est  avec l’entrée  de l’Islam en Afrique au sud du Sahara vers le 11e siècle, que les peuples africains islamisés ont commencé à prendre des femmes parfois même sans avoir le statut ou les moyens requis, causant ainsi des désordres sociaux et familiaux qui ont  abouti à l’invention du fameux mythe de l’africain polygame; Mythe et stéréotype inventé par l’Occident, dans lequel les Africains sont présentés comme polygames par nature depuis toujours!!!

PS : S’il est bien attesté qu’il y a eu une propagation de la polygamie avec l’entrée de l’Islam, c’est certainement une interprétation abusive des textes islamiques par les Africains, vu que l’Islam en réalité essaie aussi de limiter la polygamie.

Hotep !!

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

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