Vivre la spiritualité africaine au quotidien

 

Il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à la spiritualité africaine, mais qui ne savent comment elle se vit, ou comment elle fonctionne. C’est pour cette raison que nous avons décidé de faire cet article.

Tout d’abord il faut savoir que la spiritualité africaine ne se vit absolument pas comme dans le cadre des religions dites révélées (Judaïsme, Christianisme ou Islam). Par conséquent dans la spiritualité africaine il ne s’agit pas d’aller tous les vendredis, ou tous les samedis ou tous les dimanches au culte dans un temple (Mosquée, Synagogue, Église) pour entendre quelqu’un (Prêtre Rabbin Imam) prêcher quelque chose.

Dans la spiritualité africaine le, temple est la maison de Dieu, mais lorsqu’on parle de maison de Dieu ici, c’est dans le premier sens du terme. Par conséquent les temples c’est l’ensemble des demeures terrestres de Dieu. Le temple  ce n’est donc pas un endroit où tout le monde se rassemble, rentre ou vient pour prier, ou chanter etc.… comme dans les religions révélées.

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Un temple d’Isis dans la vallée du Nil

Les gens qui sont autorisés à entrer dans les temples sont en fait les initiés, les prêtres, qui doivent remplir certaines conditions de pureté intérieure et extérieure, afin de rendre le culte et s’occuper du service divin. Le prêtre dans la spiritualité africaine est donc  au service de Dieu. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas conseiller les gens, ou répondre au besoin des uns et des autres, ça signifie qu’il n’est pas comme le prêtre des religions révélées ou le rabbin, ou l’imam qui va faire venir tout le monde dans une salle pour leur prêcher ou parler de Dieu.

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Un prêtre de l’époque pharaonique en prière

Dans la spiritualité africaine, avec l’initiation, chacun connait sa place son rôle et les lois divines à respecter, les principes et lois de Maat (vérité, justice,  ordre divin, rectitude, harmonie) qui sont les choses à suivre et à respecter. Puisque à  travers l’initiation, chacun sait ce qu’il doit faire, le prêtre dans la spiritualité africaine n’est pas là pour dire ou prêcher à chaque fois  aux gens de respecter les lois divines, comme cela se fait dans les religions dites révélées.

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Maat, figuration de tous les préceptes et principes sacrés et divins (Vérité, Justice, Ordre, Harmonie, Équité, Rectitude, etc..), les seuls principes à  suivre et a respecter

Le temple étant considéré comme la maison de Dieu pour nos ancêtres, et n’étant pas la maison pour l’homme, le peuple n’étant pas autorisé à rentrer dans le temple.

Alors comment le peuple rend son culte alors puisqu’il n’est pas autorisé à pénétrer le temple (dédié exclusivement à Dieu) ?

 Eh bien les prières, les  rites et les cultes se font chaque jour et c’est chacun qui prie et qui rend son culte chez lui à la maison, ou en famille dans un espace réservé au culte qu’il aménage chez lui dans sa maison, avec tout un matériel de culte, etc.… des objets de culte, etc… Donc toute la vie est ritualisée.

Dans la spiritualité africaine on ne suit pas des hommes (prêtres, prophètes, gourous, etc…) mais des principes incarnés par Maat. C’est pourquoi on ne court pas tous les dimanches ou tous les vendredis, ou tel ou tel jour,  etc… pour aller écouter un prêcheur (prêtre, imam, etc…).

Toutefois lorsqu’il y a des évènements importants  ou des fêtes, etc…  ou des manifestations publiques, les gens dans nos villages et régions peuvent  se rassembler autour des prêtres pour rendre le  culte ensemble.

Et comment l’africain fait pour accéder au divin ?

Dans la spiritualité africaine depuis la vallée du Nil jusqu’à aujourd’hui, le créateur est et constitue celui est au-dessus de tout, ce que rien ne peut dépasser. Il est caché, invisible (car personne ne la jamais vu), impénétrable, insondable (car personne n’a jamais pu le sonder), insaisissable, mystérieux pour nous car nous sommes bloqués par nos sens (ouïe, odorat, vue, etc.…) qui nous empêchent physiquement de le percevoir dans toute sa grandeur et sa totalité.  Mais il  est comme un diamant. C’est  à dire qu’il est unique comme le diamant mais comme le diamant, il a plusieurs facettes par lesquelles se manifeste a ses créatures et dans la création (la nature, les êtres, les choses, etc. ;). Dans la vallée du Nil ces diverses facettes du créateur unique, c’est ça qu’on appelle Osiris, Isis, Thot, etc.. Et que les européens appellent des dieux ou des divinités.

Qu’est-ce que ça signifie ?  Eh bien ça signifie que lorsque on parle d’Isis dans la vallée du Nil on parle de Dieu sous l’une de ses formes, lorsqu’on parle de Thot dans la vallée du Nil , on parle toujours du même Dieu sous une autre  de ses formes, lorsqu’on parle Ra dans la vallée du Nil , on parle encore du  Dieu sous une autre de ses formes, donc ce n’est pas divers dieux (polythéisme), mais c’est en fait le même Dieu (monothéisme) qui a toutes ces formes qui correspondent à tous ses attributs et à tous les rôles qu’il joue pour la bonne marche de la création et de l’univers . C’est donc le même créateur unique qui se manifeste sous toutes ces formes  à la création.

Qu’est-ce que cette vision du créateur entraine dans la manière de rendre le culte ?

Rappelons que dans la spiritualité africaine le mode d’accès au divin n’est pas la croyance, car la croyance suppose qu’on ne sait pas vraiment les choses, c’est pourquoi a défaut de savoir  on y croit. La spiritualité africaine explique tout, est basée sur une logique implacable et est ouverte à la discussion. L’Africain de ce point de vue est un scientifique, un savant, ce n’est pas un croyant. Il n’a pas à croire en quelque chose qu’il ne comprend pas, qu’on ne lui explique pas, dont il n’a pas fait l’expérience.

Dans la spiritualité africaine, le mode d’accès au divin est la connaissance et une logique quasi scientifique. Donc l’africain avant de rendre un culte, a besoin de connaitre et de savoir à qui il rend le culte. L’africain a besoin d’avoir la conscience de ses actes, autrement dit de savoir parfaitement  ce qu’il fait.

Dans la spiritualité africaine le créateur est et constitue celui est au-dessus de tout, ce que rien ne peut dépasser. Il est caché, invisible (car personne ne la jamais vu), impénétrable, insondable (car personne n’a jamais pu le sonder), insaisissable, mystérieux pour nous car nous sommes bloqués par nos sens (ouïe, odorat, vue, etc.…) qui nous empêchent physiquement de le percevoir dans toute sa grandeur et sa totalité.

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Mbombog exécutant un rite

Or pour l’africain il faut connaitre parfaitement ce qu’on fait avant de le faire. Donc pour l’africain, avant de rendre un culte au  créateur directement, il faut connaitre entièrement et parfaitement ce qu’il est véritablement. Comment donc rendre un culte directement  au créateur c’est-à-dire  l’inconnaissable, l’invisible, l’insaisissable, le mystérieux puisque nous sommes bloqués et limités par notre corps et nos sens qui nous empêchent de le percevoir dans toute sa grandeur et sa totalité, donc de le connaitre entièrement?

Cela est impossible pour l’africain.

Mais dans la vision africaine, étant donné que le créateur caché,  se manifeste de plusieurs manières qui sont connues et perceptibles, connaissables,  l’africain rend ses cultes au créateur à travers ses diverses manifestations (Osiris, Isis, Thot, Sakpata, Shango, etc) puisqu’il les connait, ou encore il s’adresse à Dieu  par l’intermédiaire des ancêtres justifiés (étant donné que ceux-ci  sont retournés dans le sein du créateur)  puisqu’il connait aussi les ancêtres. C’est ça le sens des divers temples et des divers cultes (cultes aux ancêtres, culte  d’Osiris, culte d’Isis dans la vallée du Nil, culte de Shango, etc.. ) c’est ça le sens des multiples cultes qu’on observe  un peu partout dans les traditions africaines et que beaucoup ne comprennent pas. Chaque manifestation du créateur a donc son culte et ses prêtres (prêtres, d’Isis, prêtres d’Osiris, prêtres de Shango, etc…) et aussi son temple ( temple d’Horus, temple d’Isis, etc.) Étant donné que c’est aussi par ses manifestations que le créateur  agit dans l’univers et le fait fonctionner, en fonction de tel ou tel problème ou tel ou tel besoin, l’africain invoque tel ou tel aspect (manifestation)  du créateur qui pourrait l’aider à résoudre le problème ou répondre à son besoin.

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Prêtresse vaudou accompagnée par d’autres pratiquantes du vaudou

Voilà pourquoi l’africain si il veut s’adresser directement à Dieu,  lui fait juste des louanges pour tout ce qu’il a fait,  pour tout ce qu’il a créé, pour tous ces bienfaits,  mais l’africain ne rend pas un culte directement  à Dieu,  puisqu’il faut connaitre les choses avant de leur rendre un culte direct et que Dieu est inconnaissable entièrement et parfaitement dans son essence profonde. L’africain rend donc culte à Dieu à travers ce qu’il connait de Dieu, c’est-à-dire ses manifestations,  ou par l’intermédiaire des ancêtres.

 La spiritualité africaine est donc une spiritualité pour des gens qui sont murs spirituellement, et conscients, qui savent ce dont ils ont besoin, ce qu’ils font et où ils vont. C’est pourquoi dans la spiritualité africaine, il n’y a pas de messie, ni de prophète, qu’il faut suivre, etc… car tout cela n’est pas nécessaire !!

Hotep !

 

Par : Lisapo ya Kama ©