Tiyi, la puissante mère du pharaon Akhenaton

Épouse de pharaon, mère de pharaon, sœur de pharaon, grand-mère de pharaon, la Reine Tiyi a été la matriarche de l’époque amarnienne de l’Egypte et une régente accomplie. Ces attributs ont fait d’elle, une des femmes les plus influentes de l’histoire.

Tiyi, portant sur sa tête le Soleil messager de Dieu, entouré par les cornes de vache d’Hathor, et surmonté de la double plûme de Maât (vérité et justice)
Ägyptisches Museum de Berlin

Les titres de Tiyi

Ouret hezout Grande de louanges

Benret merout Douce d’amour

Hem es m Maât shemes ra (Celle) qui emplit le palais de Maât (bonté)

Hemet Nsout Epouse du Roi

Hemet Nsout ouret Grande épouse royale

Hemet Nsout maryt ef Epouse du Roi, aimée de lui

Nabint Tawy Maîtresse des deux Terres (Haute et Basse Egypte)

Henout Shemaou Mehou Souveraine de la Haute et la Basse Egypte

Henout Tawy Souveraine des deux Terres

Mout Nsout Reine-Mère (Mère du Roi)

Mout ntjer Mère de la divinité (le Roi)

La fille de Touya et Youya

Tiyi voit le jour vers l’an 2837 de l’ère africaine, soit 1400 avant JC. Elle naît non loin d’Abdjout (Abydos), au sud de l’Egypte. Elle est la fille de Touya, une prêtresse de haut-rang, qui dirige les musiciens rendant le culte à Imana (Dieu) et à Hathor, forme du Créateur symbolisant la mère nourricière. Son père Youya est un riche prêtre, qui dirige le culte de Min, forme de Dieu symbolisant la fertilité masculine. Son frère Anen occupera la position de 2e prêtre d’Imana dans le saint des saints : le temple de Dieu à Karnak. On pense qu’Ay, qui deviendra pharaon, était également fils de Touya et Youya.

Tiyi, probablement dans son adolescence

Une partie de l’égyptologie occidentale a longtemps avancé que Tiyi était soudanaise. En réalité rien ne le prouve. Elle fut une égyptienne.

Les circonstances par lesquelles Youya et Touya sont devenus si proches du Pharaon, au point de voir leur fille couronnée reine, restent un mystère. Ce qui est sûr c’est qu’ils avaient des rapports privilégiés avec Menkheperouré Djehouty-Messou (Thoutmosis IV) et la Reine Mout m Ouya. On avance qu’ils auraient été parentés à la reine. Si tel est le cas, ça explique pourquoi Tiyi a été considérée comme une princesse héréditaire.

Conformément à la tradition matriarcale africaine, le futur Pharaon devait épouser une princesse de sang royal, elle-même parentée à la Reine-Mère, pour légitimer son pouvoir. Si on accepte que Mout m Ouya était parentée à Youya ou Touya, on peut penser que Tiyi était sa nièce. Or en Egypte, comme dans le reste de l’Afrique authentique, on ne faisait pas de différence entre la fille et la nièce. Tiyi aurait donc été considérée comme fille de la Reine Mout m Ouya. D’où son titre de princesse héréditaire, qui lui permis de devenir Reine.

L’épouse et l’égale d’Hekaouset

Imanahotep Hekaouset

A la mort de Menkheperouré, son fils Imanahotep Hekaouset (Amenhotep III) est couronné pharaon. 2 ans plus tard, à l’âge de 15 ans, il épouse en grandes pompes Tiyi qui en a 13. Pendant le mariage, Aton, forme de Dieu représentant le disque solaire, est mis en avant. L’orientation d’Hekaouset préfigure la réforme religieuse de son fils Akhenaton. Animé par son amour, son admiration pour Tiyi, et par la tradition matriarcale renforcée depuis le début de la 18e dynastie, le pharaon va donner à son épouse, un statut inédit dans l’histoire de l’Egypte.

Le règne d’Hekaouset représente l’apogée politique absolu de l’empire égyptien, qui s’étendait des Grands Lacs à l’Europe et l’Asie. Le Roi a consolidé les acquis de Menkheperrè Djehouty-Messou (Thoutmosis III), véritable fondateur de l’impérialisme égyptien. Son époque est une période faste sur le plan culturel et économique, qui va aussi se distinguer par la place de la Reine. Pour la première fois dans l’histoire, la grande épouse du Pharaon est représentée sur les sculptures monumentales à la même taille que lui. Elle est aussi représentée sous la forme totémique du sphinx, pourtant réservée au Roi.

Statues colossales du pharaon Imanahotep Hekaouaset et de la reine Tiyi; A leurs pieds se trouve une de leurs filles.
Musée Égyptien du Caire
Photo de Ferdinando Scianna

En hommage à Tiyi, Hekaouaset fait construire un temple à Hathor, forme de Dieu chérie par sa femme. La reine joue un rôle politique officiel, jusqu’à faire enregistrer son nom sur les correspondances. Les émissions royales commencent par ces mots « Sous la majesté du Roi de Haute et de Basse Egypte, Imanahotep, et de la Grande épouse royale Tiyi ». Conseillère de premier ordre du Pharaon, elle pèse dans les décisions politiques et est mise au secret des faits les plus importants.

Quand la santé de son mari décline, la reine prend seule les commandes d’un empire gigantesque sur 3 continents. Elle prépare son fils Imanahotep Ntjer-Heka-Iounou à la succession. A la mort d’Hekaouset, le prince est couronné pharaon sous le nom de Neferkheperouré Wa n Ré. Il devient après sa réforme religieuse, le célèbre Akhenaton.

Akhenaton prend pour grande épouse royale Nefertiti. Encore une fois, si on accepte que Nefertiti était la fille d’Ay et Ay le frère de Tiyi, on comprend comment – en tant que nièce/fille de la Reine-Mère – Nefertiti est arrivée sur le trône. Cela semble corroboré par son titre de princesse héréditaire. Akhenaton déplace la capitale à Amarna et inaugure de ce fait la période amarnienne de l’histoire de l’Egypte.

Nefertiti et Akhenaton
Musée du Louvre

Tiyi, administratrice de l’empire

Suivant les pas de son père qui avait commencé à prioriser le disque solaire Aton, Akhenaton mène une réforme religieuse retentissante que nous avons expliquée ici. Il conserve aussi dans le culte quelques formes de Dieu qui lui apparaissent importantes (Maât, Isis, Osiris) et fait interdire les cultes aux autres formes du Créateur. L’objectif étant de retirer le pouvoir aux prêtres qu’il suspecte de corruption.

Inspiré par ses parents, il fait de la Reine Nefertiti son égal officiel. Pendant cette période tendue, l’influente Reine-Mère Tiyi soutient entièrement son fils. Le Pharaon, occupé par la religion, laisse sa mère gérer l’empire à sa place. Tiyi administre donc de fait l’Egypte et prend le statut de ministre des Affaires étrangères. C’est à elle que les rois vassaux rendent compte et son pouvoir ne se dément pas. Tushrata, un roi d’Irak ancien, demandant à Tiyi d’intervenir en sa faveur auprès d’Akhenaton, lui écrit « Tu es celle qui sait que moi-même, j’ai toujours eu de l’amitié pour ton mari et que ton mari eut toujours de l’amitié pour moi… Tu es celle qui connaît bien mieux que toutes les choses que nous nous sommes dites l’un à l’autre. Personne d’autre ne les connait ».  

Tiyi meurt en l’an 12 du règne de son fils. Les provinces étrangères, délaissées par l’attitude d’Akhenaton et les querelles religieuses qu’il va occasionner, vont se séparer. Ni le pharaon Toutankhamon, petit-fils de Tiyi, ni Ay, son frère, ne parviendront à ramener l’ordre durable qu’elle avait su efficacement préserver. Il faudra attendre Ramessou Maryimana (Ramsès II), pour que l’empire renaisse véritablement.

Tiyi
Musée égyptien du Caire

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama ©

Notes :

  • Antik Forever
  • Saint Louis University
  • Great Black Leaders, édité par Ivan Van Sertima 
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