Qu’est ce que la Francafrique?

La Francafrique, C’est l’ensemble des relations personnelles, des mécanismes politiques, économiques, militaires et culturels qui permettent à la France de piller en toute tranquillité ses anciennes colonies africaines, ainsi qu’un certain nombre d’autres pays africains.

D’où vient ce terme Francafrique ?

Le terme Francafrique a été créé par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny, en réponse au terme Eurafrique de Léopold Sédar Senghor.

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Leopold Sedar Senghor et Felix Houphouet Boigny,  deux parmi les « bons élèves » de la France

Comment –a-t’elle été créé ?

Avant tout chose il faut d’abord savoir comment est née la colonisation. La colonisation avait pour but de continuer l’exploitation des ressources minières et humaines du continent africain, au profit de l’Europe et de l’occident. L’abolition de l’esclavage ayant été la conséquence de nombreuses révoltes et pressions faites par les esclaves pour se libérer (voir notre article sur les conditions de l’abolition de l’esclavage), les occidentaux ne voulaient plus revivre les périodes douloureuses des révoltes d’esclaves ou ils ont eu beaucoup de dommages, de dégâts, de pertes en vies humaines et en bien matériels. Avec aussi la naissance des machines, ils ne voulaient donc plus dépenser de l’argent pour faire de longs voyages en mer, capturer des gens libres en Afrique pour venir les réduire en esclavage. Ils ont donc préféré venir en Afrique s’installer (les colons) pour exploiter les ressources du continent sur place pour leur profit personnels et celui des pays qui les envoyaient. Pour ce faire il fallait installer les conditions de l’esclavage qu’ils appliquaient aux Antilles et au Caraïbes, sur place, en Afrique. Ce nouvel esclavage, c’est cela qui a été transformé par le terme « travail forcé », etc.

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Photo prise durant la colonisation en Afrique. On y voit des gens toujours avec des chaines au cou comme au temps de l’esclavage. Comme quoi le nom change (« esclavage », puis après,  « travail forcé », etc,) mais le système demeure

Dans le cadre français, durant la décolonisation (qui s’est faite sous les pressions constantes des mouvements indépendantistes et anticolonialistes, et non à cause de l’humanisme ou de la gentillesse du colon)  le Général de Gaulle conscient des profits colossaux en terme de richesse, de puissance, etc…  que l’exploitation de l’Afrique rapportait à la France depuis les époques de l’esclavage, était face à cette équation : comment accorder l’indépendance, donc la liberté et l’autonomie à tous les niveaux aux africains, tout en gardant et en maintenant tous nos profits colossaux tirés des colonies ? Comment donner l’indépendance tout en maintenant le business colonial qui a tant enrichi la France et qui constitue une partie du rayonnement français dans le monde ?

C’est en vue de résoudre cette équation que le système de la Francafrique est né.

La France l’a mis en place pour les besoins de ses multinationales et pour continuer à se garantir à elle-même l’accès aux matières premières stratégiques du continent, tout ceci pour garantir la richesse économique de la France.

L’exploitation de l’Afrique ayant au fil du temps, permis à la France (comme a plein d’autres pays occidentaux) de s’enrichir, et aussi de financer ses partis politiques (en détournant les matières premières) et d’avoir le statut de puissance mondiale, la Francafrique a été mise en place pour continuer à garantir à la France tout cela, ainsi son statut de puissance mondiale.

 

Un organisme fut créé au niveau du pouvoir français, afin de gérer ce business entre la France et ses colonies)  de manière sécrète (c’est-à-dire hors de la politique officielle de la France). C’est la Cellule africaine de l’Elysée (L’Elysée est le nom du palais présidentiel français). Cette institution fut mise en place et dirigée par Jacques Foccart (bras droit du Général De Gaulle) sous les consignes du Général De Gaulle, au départ et pendant longtemps.  

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Jacques Foccart et Charles de Gaulle, les premiers artisans du concept de pillage de l’Afrique auquel Felix Houphouët Boigny donnera le nom de « Francafrique »

Le deal fait par de Gaulle avec les africains était schématiquement celui-ci : vous serez indépendants, mais en échange de l’indépendance vous devez :

-Fournir à votre « ancien colon » les matières premières stratégiques et les ressources minières, végétales (ex : le bois), etc. dont il a besoin et faire la plupart de vos business commerce et échanges commerciaux avec lui (le colon comme partenaire privilégié dans les échanges commerciaux). C’est le volet commercial de ces accords.

-Garder comme monnaie le Franc CFA qui signifie Franc des Colonies Françaises d’Afrique de même que la zone Franc, et les Banques centrales (BCEAO, BEAC, etc…)  C’est le volet économique de ces accords.

-Maintenir la langue française comme langue officielle de vos Etats, avec des systèmes comme la Francophonie, les centres culturels français, l’éducation nationale la formation et les programmes d’études en langue française, etc… C’est le volet culturel de ces accords.

En échange votre ancien colon vous «protègera» et vous «défendra», en un mot, «veillera» a votre «sécurité» si vous êtes attaqués par d’autres pays. C’est le volet militaire de ces accords avec les accords de défense, les bases militaires en Afrique, etc.… ce sont ces accords qui entrainent parfois les interventions militaires françaises en Afrique.

En échange votre ancien colon vous «aidera» aussi  à vous développer (poursuite du mensonge de la mission civilisatrice),  vous «aidera» économiquement dans le cadre des prêts économiques (d’où le système de la dette), ou les «aides au développement» , etc…

C’est tout ceci, tout cet ensemble, qu’on appelle communément jusqu’à aujourd’hui les accords de la Francafrique ou les «accords de coopération» ou de «Co développement» entre les pays africains et leur ancien colon.

La Francafrique possède donc un volet économique, un volet militaire, un volet culturel, etc…

La plupart de ceux qu’on nous a présentés comme les «pères fondateurs des indépendances» (exemple Les Léon, Mba, Houphouët Boigny, etc..), étaient des gens qui ont cru a ce deal proposé par De Gaulle à l’époque, et qui étaient aussi des aliénés acquis à la cause du colon et l’idée de la «mission civilisatrice» de l’occident. Ils étaient donc d’accord pour signer ces accords, car ils pensaient que les occidentaux (ici les français) allaient vraiment aider l’Afrique. Ce sont donc eux qui par ignorance ou aliénation, ont autorisé et entériné le pillage officiel de l’Afrique que tous les africains dénoncent en parlant de Francafrique. Ce sont eux qui ont torpillé les personnages comme Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop, Nkrumah etc…

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photo ou on voit quelques-uns des soit disant « pères fondateurs » des indépendances en Afrique francophone (Houphouët Boigny, Hubert Maga, etc..), en bons élèves tous rassemblés autour du « maitre d’école » (Ici De Gaulle) à L’Élysée (palais présidentiel)  en France, pour une « photo de classe. » Voilà un exemple de ceux qui volontairement ou involontairement, on trahi l’Afrique  en pactisant secrètement avec les occidentaux (ici les français) dans le dos des africains sans que ceux-ci ne sachent.

Certains parmi ces «pères des indépendances», ne voulaient même pas véritablement l’indépendance, mais préféraient que leurs pays restent sous tutelle française. C’est le cas par exemple du premier président ivoirien, Félix Houphouët Boigny, qui au troisième congrès interterritorial du RDA qui s’est tenu en septembre 1957 à Bamako s’exprimait au nom de la future Cote d’Ivoire en ces termes :

«Pour la première fois dans l’histoire, des peuples anciennement colonisés ont choisi de renoncer volontairement à l’indépendance totale et d’opter pour la Communauté Franco-africaine. Édifier la Communauté Franco-africaine, ce sera gagner le pari du siècle.».

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Felix Houphouët Boigny en France en compagnie de Jacques Foccart l’homme chargé des « affaires africaines » à la cellule africaine de l’Élysée par De Gaulle. Houphouet Boigny fut un des plus grands serviteurs de la Francafrique

Donc Houphouët Boigny entrant (et faisant entrer avec lui son pays) dans le système de Francafrique, voulait d’après ses propres termes «renoncer volontairement à l’indépendance». Eh ben vous pouvez voir par vous-même quelles étaient donc les genres de mentalités des soit disant «pères fondateurs» des pays africains francophones et comprendre alors pourquoi les pays africains francophones sont dans cet état aujourd’hui.

Donc le système de la Francafrique a été entériné entre les pays africains et la France par le biais de nos prétendus «pères fondateurs» et du Général de Gaulle.

La suite on la connait :

-Les présidents africains sont devenus (volontairement ou involontairement) des pions de ce business anciennement mis en place entre la France et les pères fondateurs,  donc soit ils coopèrent (c’est-à-dire soit ils servent les intérêts français stipulés dans les accords) et du coup ils sont protégés par la France qui trafique les élections (lorsque celles-ci sont défavorables pour leur pion) par le biais des observateurs internationaux, ce qui permet aux présidents africains pions de l’occident de rester au pouvoir jusqu’à la mort (sans être traités de dictateurs) ,   soit ils refusent la coopération et subissent des guerres de rebellions ou des coups d’Etat (ex Sankara). Et leurs pays sont utilisés par la France pour déstabiliser d’autres pays (Ex le territoire du Burkina été utilisé pour déstabiliser la cote d’ivoire, etc…) Donc l’Afrique francophone n’a aucune souveraineté politique réelle.

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Les temps changent mais le système continue. Ici quelques-uns des bons élèves de la Francafrique toujours  rassemblés autour du « maitre d’école » (Ici Chirac) pour la traditionnelle « photo de classe » Francafricaine

-Les économies africaines des pays francophones sont crucifiées par le pillage des ressources faites par les entreprises françaises, et étranglées par le Franc CFA (Monnaie contrôlée encore jusqu’à aujourd’hui par le trésor français) occasionnant ainsi les problèmes de pauvreté que l’Afrique connait (alors qu’elle détient pourtant beaucoup de richesses). Un économiste africain, Nicolas Agbohou,  a bien  expliqués les mécanismes de la mise a mort des économies africaines par le biais du CFA à travers son ouvrage intitulé : Le Franc CFA et l’Euro Contre l’Afrique. Donc les pays sous le joug de la Francafrique (Cote d’ivoire, etc..) n’ont aucune souveraineté économique ou monétaire réelle.

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Le Franc CFA, monnaie fabriquée en France, que le trésor français utilise pour torturer les économies des pays africains francophones.

-Les bases militaires en Afrique loin de leur objectif de départ sont devenues des endroits qui permettent de contrôler  et de surveiller militairement les pays africains, leurs armées officielles, leurs  ressources stratégiques et leurs gouvernements, pour le compte de l’Etat français, au point même d’intervenir militairement (interventions militaires officiellement humanitaires) pour protéger ce qui est communément appelé les intérêts français en Afrique ( cela dit pourquoi il n’y a jamais d’intérêts africains en France par exemple ?) .  Donc les pays sous le joug de la Francafrique n’ont aucune souveraineté militaire réelle. Raison pour laquelle les états africains sont attaqués  tout le temps par des rebellions sans que ceux-ci ne puissent réagir, raison pour laquelle la France intervient militairement quand elle veut et comme elle veut en Afrique francophone.

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Soldats Français dans le port d’Abidjan en Côte d’Ivoire au plus fort de la crise politique qui a vu le président Gbagbo perdre le pouvoir et se retrouver à la CPI (Cour Pénale Internationale). Les soldats francais prétendaient être venus en Côte d’Ivoire simplement pour sécuriser les ressortissants français durant cette crise. Mais sur ces images on les voit avec leurs chars dans le port d’Abidjan, en train de « sécuriser » le port et surtout les marchandises et business contenues dans les conteneurs. Les conteneurs et leurs marchandises étaient-ils donc devenus des ressortissants français eux aussi pour les soldats français se retrouvent dans le port d’Abidjan durant la crise en Côte d’ivoire pour les sécuriser?

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Autre photo illustrant le rôle réel de l’armée française en Afrique. On y voit un militaire français saluer (d’un coup de poing) un membre des forces rebelles qui ont déstabilisé la Cote d’Ivoire sous le régime du président d’alors, Laurent Gbagbo. les visages, sont souriants ou détendus. Comme on peut le voir, l’armée française sous couvert de ses multiples interventions militaires « humanitaires » pactise (pour le compte de la France) avec des rebelles , soutient des rebellions  pour déstabiliser  les pays africains qui sont dans sa ligne de mire.

Donc les pays africains en raison de la Francafrique,  n’ont pas de souveraineté économique (ils ne peuvent rien faire véritablement en termes d’économie), pas de souveraineté politique (ils ne peuvent pas véritablement choisir leurs dirigeants), pas de souveraineté militaire (ils ne peuvent ni se protéger ni se défendre efficacement en cas d’attaques) et ils se prétendent indépendants ou ils prétendent vouloir s’enrichir ou se développer de cette manière!!!!!!!!!!

On comprend donc que les présidents africains sont pied et poings liés par ce système. Voilà pourquoi ils ne peuvent rien faire pour leurs pays. Voilà pourquoi les noirs francophones ne peuvent rien attendre d’eux et des gouvernements des pays francophones.

On comprend aussi qu’en mettant tous ces systèmes en place, les occidentaux font du mal à l’Afrique mais au fond dans leur esprit ils ne font que  travailler pour leurs profits et pour renforcer  leur impérialisme ainsi que la puissance et la prospérité de leur pays. Et si apporter la prospérité à leurs pays en occident passe pour eux par détruire l’Afrique ou la faire souffrir pour leurs intérêts, eh bien les occidentaux sont prêts à le faire.

Les africains doivent donc eux aussi se mettre en action et travailler pour leur continent. Puisque l’Afrique n’a rien attendre de ces présidents faibles et sans force en réalité, ce sont les africains eux-mêmes qui doivent prendre conscience de ces choses et se bouger et agir par eux-mêmes en s’organisant et faisant des actions, du militantisme, en  créant des structures privées, etc…  Pour faire en sorte que les choses avancent.

Pour finir nous vous laissons avec cette vidéo ou Jacques Chirac, libéré des contraintes liées aux secrets d’état s’exprime librement par des propos qui permettent de comprendre pourquoi le système de la Francafrique continue à exister encore et est vital pour la France.

 

 

Par : Lisapo ya Kama ©

 

Sources :

Comment la France à perdu l’Afrique, Antoine Glaser, Stephen Smith, éditions Calmann Levy, 2005

Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, Nicolas Agbohou

Documentaire Francafrique, la raison d’État

Documentaire Francafrique, l’Argent Roi