Quel était le projet global du Savant pluridisciplinaire Cheikh Anta Diop ?

Les travaux de Cheikh Anta Diop sont de plus en plus connus à travers le monde. Cependant il existe une opinion tendant à penser ou à faire penser que les travaux de Cheikh Anta Diop n’avaient qu’un seul et unique but : celui de prouver que la civilisation pharaonique était noire. On peut lire même ceci dans une publication d’un journal célèbre : « Toute sa vie, Cheikh Anta Diop a œuvré pour une meilleure connaissance de la culture de l’Égypte antique, et notamment de son imprégnation africaine. » Beaucoup de gens pensent en effet que les travaux de Diop se résument à cela. Penser ainsi, c’est faire preuve d’une importante méconnaissance du travail de Cheikh Anta Diop.

Ouvrages de Cheikh Anta Diop traduits en Espagnol, en Portugais, en Anglais et en Français. A quand des traductions de ces ouvrages en langues africaines (Yoruba, Bambara, Zoulou, etc…)?

Le savant s’étant largement exprimé à travers ses multiples ouvrages, revues et conférences, il convient d’analyser ses propres paroles et citations, pour comprendre le sens de son œuvre et son véritable projet. Cet article est un écho à nos divers articles intitulés : Pourquoi centrons-nous l’histoire de l’Afrique autour de l’Egypte antique ? l’Afrique doit importer de la technique, pas de la culture, Il faut réformer la religion africaine, le retour aux valeurs ancestrales : Parlons-en ! les Africains doivent s’élever au niveau des scribes pharaoniques, les Africains doivent redevenir des hommes parfaits.

 

Le projet global de Cheikh Anta Diop était la renaissance africaine, ainsi que les voies et moyens d’y parvenir. C’est ce qui ressort de son premier article officiel paru en 1948 intitulé : Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? Dans cet article Cheikh Anta Diop âgé seulement d’une vingtaine d’années, répondait à cette question en posant les diverses conditions de cette renaissance. En voici un extrait : « Seulement tout ceci (la renaissance) ne sera possible que le jour où l’Afrique redeviendra elle-même, c’est-à-dire quand elle cessera d’être engrenée par toutes ces croyances sordides qu’on lui a infusées méthodiquement. Mais à ce point de vue nous savons faire une entière confiance au continent africain : nous restons absolument convaincus que, malgré les méthodes d’asservissement moral étudiées jusque dans leurs moindres détails, l’Afrique saura, avec une facilité désespérante, rejeter, comme dans un mouvement de nausée, toutes ces croyances malsaines qui ont atrophié son âme et l’empêchent d’atteindre à sa véritable plénitude.

Il y a une communication instinctive entre l’Africain et la nature qu’aucune croyance ne saurait abolir sans être néfaste pour lui. Et c’est grâce à cette communion que l’Africain pourra atteindre son niveau humain véritable, spécifique, la réalisation de toutes les possibilités qu’il porte en lui.» (Cheikh Anta Diop, extrait de « Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? », article paru dans la revue « Le Musée Vivant », n° spécial 36-37, novembre 1948, Paris, pp. 57-65).

Ainsi pour Cheikh Anta Diop, il est impossible pour l’africain d’évoluer véritablement, de faire une véritable renaissance en s’appuyant sur « toutes ces croyances malsaines » c’est-à-dire toutes ces idées fausses, cette histoire africaine falsifiée, et toutes ces aliénations et lavages de cerveaux « qui ont atrophié son âme et l’empêchent d’atteindre à sa véritable plénitude. »

Pour le savant, aucun peuple au monde ne s’est véritablement développé ou n’a évolué en copiant aveuglément la culture et les valeurs des autres, mais en sachant aussi puiser dans ses propres, ressources, ses propres valeurs.  L’africain fera donc sa renaissance et sortira de l’aliénation, qu’en retournant à sa vraie nature, sa propre culture, en redevenant lui-même, c’est-à-dire en cessant de copier les modèles culturels des autres qui ne sont rien d’autres que des « méthodes d’asservissement moral étudiées jusque dans leurs moindres détails » et en s’appuyant sur sa propre vision du monde, de la nature, et des choses. En d’autres termes la renaissance africaine doit donc nécessairement s’appuyer d’une manière ou d’une autre, sur les valeurs ancestrales africaines.

 

Le jeune Cheikh Anta Diop

Mais quelles étaient ces valeurs sur lesquelles il fallait s’appuyer pour renaitre ?

L’appui dans les valeurs ancestrales passe par plusieurs étapes que nous verrons dans les lignes qui suivent. Cet appui suppose nécessairement de s’intéresser à l’étude de la culture et du passé, donc de l’histoire. C’est à ce moment qu’il convient de rappeler que Cheikh Anta Diop est né en 1923. Il a donc vécu une partie de sa vie à l’époque coloniale. Il a donc pu observer les « méthodes d’asservissement moral étudiées jusque dans leurs moindres détails » que faisaient les colons. A son époque les colons enseignaient aux africains des tonnes de faussetés sur l’histoire et les trajectoires du continent. Voilà pourquoi il disait : « En effet, s’il faut en croire les ouvrages occidentaux, c’est en vain qu’on chercherait jusqu’au cœur de la forêt tropicale, une seule civilisation qui, en dernière analyse, serait l’œuvre des Nègres » (Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture, page 13). En d’autres termes, selon les ouvrages coloniaux des occidentaux, l’Afrique n’avait d’une manière générale pas d’histoire ni de civilisation qui puisse être reconstituée depuis les temps les plus lointains jusqu’à nos jours.

Pour Cheikh Anta Diop cela était impossible que tous ces peuples africains qui vivaient sur le continent africain n’avaient jamais eu d’histoire ou de réalisations civilisationnelles, vu les vestiges de civilisations qui avaient été retrouvés partout sur le continent africain. Pour lui ce n’est pas dans une telle vision fausse de l’histoire africaine que les africains allaient pouvoir prendre appui dans leurs valeurs ancestrales afin d’amorcer leur renaissance.

Il fallait donc avant tout, se détourner de la propagande coloniale mensongère pour faire une recherche en histoire afin de retrouver la véritable histoire de l’Afrique« Il faut, ici, rappeler ce qui vient d’être écrit sur la nécessité pour un peuple de connaitre son histoire et de sauvegarder sa culture nationale. Si celles-ci n’ont pas encore été étudiées, c’est un devoir de le faire. Il ne s’agit pas de se créer, de toutes pièces, une histoire plus belle que celle des autres, de manière à doper moralement le peuple pendant la période de lutte pour l’indépendance nationale, mais de partir de cette idée évidente que chaque peuple à une histoire. Ce qui est indispensable à un peuple pour mieux orienter son évolution, c’est de connaitre ses origines, quelles qu’elles soient. » (Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture, page 19).

En effet comme le dit le proverbe : « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. ». Connaitre son histoire permet à un peuple de mieux s’orienter dans ses choix et ses décisions futures. Cheikh Anta Diop l’avait compris et pensait la même chose. C’est pourquoi l’étude du passé africain était une nécessité, et une obligation.

 

La restitution de la conscience historique des africains

 

Les travaux en histoire de Cheikh Anta Diop consistaient-ils donc à prouver que l’Égypte ancienne était noire comme il est coutume d’entendre parfois?

« Ce qui m’intéressait c’était de retrouver ce chemin humble qui me conduirait à nos ancêtres les plus lointains. Et quand je suis tombé sur l’Égypte, mes camarades le savent de ma génération, j’étais gêné, ça ne m’intéressait absolument pas de tomber sur l’Egypte pour ce que je cherchais. C’est le fil conducteur, c’est la continuité, c’est la restauration de la conscience historique qui m’intéressait. C’est cette conscience historique qui est le ciment qui réunit les individus d’un peuple, qui fait qu’un peuple n’est pas une population, un agrégat de tribus sans liens. C’est ce sentiment historique seulement que je voulais restituer, restaurer. » (Cheikh Anta Diop, conférence à Niamey en 1984).

 

Cheikh Anta Diop nous explique donc que l’étude de l’Égypte ancienne et de la civilisation pharaonique ne l’intéressait pas à la base, n’était pas sa priorité. Sa priorité n’était donc pas de prouver que les égyptiens étaient des africains, ou de prouver que l’Afrique avait une histoire. Il savait déjà (malgré toutes les propagandes coloniales de son époque) que l’Afrique avait forcément une histoire. Son but était de chercher à reconstituer cette histoire, de chercher à restaurer la conscience historique de l’Afrique et des africains et de créer une conscience nationale dans l’optique de la création d’un état africain. Pour restaurer la conscience d’une histoire commune chez les africains, Cheikh Anta Diop cherchait à travers l’histoire les liens historiques, les parentés multiformes, et les valeurs communes qui unissaient tous africains entre eux depuis des millénaires. Le mot est lâché : l’unité. Voilà pourquoi il a dit : « C’est cette conscience historique qui est le ciment qui réunit les individus d’un peuple, qui fait qu’un peuple n’est pas une population, un agrégat de tribus sans liens ». Pour Cheikh Anta Diop, c’est la conscience historique, c’est-à-dire la conscience d’avoir une histoire commune qui allait permettre d’unir et de rassembler les africains. Il cherchait donc à s’appuyer sur l’histoire pour créer ou recréer l’unité africaine, une unité solide et sure, car fondée sur des bases historiques, afin que les africains de tous horizons cessent de se penser différents les uns des autres (sénégalais, guinéens, camerounais, antillais, anglophones, francophones ,etc.) et de s’affronter (tribalisme, guerres inter-ethniques, etc…), mais se pensent comme frères et sœurs africains, ce qui aurait effet de les unir en tant que peuple tout simplement dans l’optique de l’état fédéral africain. Ce sont les recherches pour reconstituer le passé africain qui l’ont fait passer par le passage obligé de l’étude de la civilisation pharaonique. En continuant de remonter plus loin que l’Égypte ancienne pour chercher nos ancêtres les plus lointains, Cheikh Anta Diop a étudié les civilisations de la vallée du Nil et s’est retrouvé en Nubie, puis dans la région des grands lacs africains, berceau de l’humanité africaine et de l’humanité toute entière.

 

Si Cheikh Anta Diop n’était pas intéressé par la civilisation pharaonique et la vallée du Nil (Égypte, Nubie, Soudan, etc…) au départ, pourquoi en est-il venu à beaucoup en parler plus tard ?

 

« Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-romaines. » (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, page 12).

Si Diop a beaucoup parlé du retour à l’Égypte c’est parce qu’en étudiant la vallée du Nil il a vu les tonnes de liens et de parentés que les civilisations de la vallée du Nil (Égypte, Nubie, Soudan, etc…) avaient avec toutes les civilisations qui se sont succédées en Afrique. Il a aussi vu que les traditions et origines de nombreux groupes africains actuels étaient possibles d’être retracées à partir de la vallée du Nil et de son point départ, la région des grands lacs. Sur la base des recherches historiques, il a donc compris que c’est à partir de la région des grands lacs et de la vallée du Nil (Pount, Nubie, Égypte) qu’il est possible de retrouver ce « fil conducteur » qu’il cherchait et qui permettait de remonter vers nos plus lointains ancêtres, relier les civilisations africaines entre elles et par la même occasion les peuples africains entre eux. Il a découvert dans la région des grands lacs africains et la vallée du Nil les points de référence les plus lointains pour fixer et retracer l’histoire du continent et de nombreux groupes africains actuels. Il y a aussi trouvé en ces points du continent, des berceaux permettant d’établir clairement l’unité culturelle et civilisationnelle de l’Afrique sur des bases historiques. C’est ainsi que pour Cheikh Anta Diop les grands lacs africains et les civilisations de la vallée du Nil étaient pour l’Afrique les repères que la Grèce et Rome représentent pour l’Occident, et à ce titre devaient servir de points de référence et de repères pour cette unité nationale des peuples africains, dans l’optique de l’état fédéral africain qu’il imaginait. C’est dans cette optique qu’il a abondamment travaillé et parlé sur ces points dans ses ouvrages.

Le Nil (qu’on voit ici en bleu foncé) est le plus long fleuve d’Afrique. A travers cette carte il est possible de voir l’étendue du Nil et ses ramifications depuis la région des grands lacs jusqu’aux rives de la méditerranée, ainsi que toutes les régions qu’il parcourt. C’est sur tous ces axes que ses sont développées les civilisations de la vallée du Nil (Égypte , Nubie, etc..) . Lorsque Cheikh Anta Diop parlait de la vallée du Nil, il ne parlait pas uniquement de l’Égypte ancienne, mais de tout cet ensemble allant de la region des grands lacs jusqu’aux rives de la méditerranée.

 

Carte des migrations et des mouvements de plusieurs populations africaines a partir du Haut Nil et de la région des Grands Lacs africains réalisée par Cheikh Anta Diop à partir de ses travaux dans l’ouvrage Nations Nègres et Culture, page 363.

Cheikh Anta Diop avait aussi compris que la civilisation pharaonique a été la plus grande civilisation de tous les temps vu toutes ses réalisations, sa grandeur et l’influence qu’elle a eu sur le monde entier (Europe, Asie, Amérique) durant l’antiquité et tout au long de l’histoire. Pour Cheikh Anta Diop, retourner à l’Égypte signifiait aussi retourner à ce que les africains avaient réalisé de plus grand, de plus important et de plus excellent en termes de civilisation. Retourner vers l’Égypte, c’est aussi afin de s’en inspirer pour retourner vers l’excellence.

 

 

La restitution et la réactualisation des savoirs ancestraux africains et de la culture africaine.

 

Après voir restitué la conscience historique africaine, que comptait faire Cheikh Anta Diop ?

« Pour nous, le retour à l’Égypte dans tous les domaines est la condition nécessaire (…) pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. » (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, page 12).

Après avoir trouvé la continuité historique, Cheikh Anta Diop était conscient que pour bâtir un état, il fallait des connaissances dans tous les domaines. Pour Cheikh Anta Diop, si les africains avaient développé toutes les civilisations brillantes qu’il a vu à travers ses recherches, ça signifiait que ces africains possédaient des connaissances dans tous les domaines qui leur ont permis de développer d’importantes civilisations.

La déesse Seshat, « Celle qui écrit », la patronne de tous les savoirs et des connaissances. C’est d’elle que le dieu Djehouty (Thot) tient ses connaissances. C’est elle qui a donné son nom aux scribes (Sesh en langue pharaonique).

Si donc l’état africain devait naitre sur des bases et des valeurs africaines, il fallait aussi faire l’état des lieux des connaissances et des savoirs africains « dans tous les domaines » des sciences humaines (politique, économie, sciences exactes, mathématiques, philosophies, etc…) aussi longtemps qu’il est possible de remonter dans le temps.  Il s’est donc mis à faire des recherches sur l’histoire des techniques et des sciences humaines africaines afin de dégager l’essentiel des savoirs africains, leur histoire, toujours en partant de la région des grands lacs africains et de la vallée du Nil pour continuer ses recherches dans les autres royaumes qui se sont succédés sur le continent au cours des siècles.  Tout ceci dans le but de bâtir un corps de sciences humaines sur la base de ces connaissances endogènes africaines.

« Mon attitude n’est pas une attitude passéiste, de quelqu’un qui se délecte du passé.  Toute mon activité est tendue vers l’avenir. Et ce passé je le déblaie tout simplement pour rendre possible l’édification d’un corps de sciences humaines. » (Cheikh Anta Diop, conférence à Niamey en 1984).

Cheikh Anta Diop voulait donc s’appuyer sur les connaissances écrites et orales millénaires de l’Afrique pour puiser des idées nouvelles à adapter au monde présent afin d’élaborer un corps de sciences humaines inspiré de la vision du monde et de la pensée africaine. Ce corps de sciences humaines serait constitué par exemple de :

-des documents de théories et de pratique de sciences économiques africaines

-des documents de théories de de pratique de sciences physiques et chimie africaine

-des documents de théories et de pratique de médecine et de biologie africaine

-des documents de théories et de pratiques d’astronomie, d’astrophysique africaine

-des documents de théorie et de pratique du droit civil, pénal africain

-des documents de théories de constitutions africaines et des documents de politique africaine

-des documents de théories et de pratique sur la spiritualité africaine et le monothéisme ancestral africain

Des documents sur les sciences et techniques africaines dans tous les domaines.

Etc…

Il voulait que ces connaissances africaines endogènes bien étudiées par des chercheurs africains, bien théorisées à travers des ouvrages savants, soient réactualisées afin de servir de base pour la formation intellectuelle et académique future des africains, car ceci permettrait d’éviter d’avoir un peuple africain aliéné, des élites africaines aliénées, qui sauraient mieux faire face enjeux africains dans le futur.

Il voulait aussi que ces connaissances, servent de base au moment où les africains s’uniraient et s’organiseraient pour former l’état africain afin de créer et de développer les divers pôles d’excellence (ex : Pole Politique, Pole économique, Pôle technologique, etc…) et ministères du futur état fédéral qu’il pensait.

En effet, si on pense que le système occidental imposé avec violence et barbarie par l’occident en Afrique est un système qui oppresse et détruit le continent, il faut le changer, de préférence par un système de valeurs africain comme le pensait Diop. Or ou sont les concepts et les théories africaines pour faire le système africain ? C’est à cette question que Cheikh Anta Diop répond par le corps de sciences humaines africain. Pour lui, si les africains avaient pu dépoussiérer leurs propres corps de sciences humaines, c’est-à-dire leurs propres savoirs endogènes théorisés, écrits et prêts à l’emploi, ils ne se seraient pas référés sur le plan intellectuel tout le temps à des Adam Smith, des Rousseau, des Montesquieu ou des Socrate par exemple. Et les changements et reformes des systèmes étatiques, politiques, économiques, en Afrique auraient été plus simples car les africains auraient facilement eu des idées pour réformer les systèmes.

 

Pour Cheikh Anta Diop, puisque les africains anciens qui ont bâti d’importantes civilisations sur le continent au cours de l’histoire ne parlaient ni ne comprenaient de langues occidentales (français, anglais, etc…), ça signifie qu’ils faisaient la science et possédaient ces connaissances qui leur ont permis de bâtir des civilisations, dans leurs propres langues maternelles.

Vestiges de civilisations bâties par des noirs. Pour bâtir tous ces vestiges il fallait de multiples savoirs dans tous les domaines. Les concepteurs et les bâtisseurs de ces prouesses architecturales ne parlaient ni ne comprenaient un seul mot d’une langue occidentale.

Il en fait la démonstration à partir de sa propre langue. Il montre que la plupart des termes, des notions scientifiques, philosophiques et savantes existant dans le monde actuel peuvent être traduites dans les langues africaines et inversement. Il montre que nos ancêtres faisaient les sciences les plus poussées à travers leurs langues et que par conséquent il est possible de faire les sciences et travailler sur les connaissances les plus poussées, même à partir des langues africaines (Voir son ouvrage Nations Nègres et Culture, pages 415 à 450.) Si donc nos ancêtres ont développé d’importantes civilisations sur la base de leurs langues et leur culture, ça signifie que les africains actuels et ceux du futur peuvent et pourront le faire. Pour Diop cette restitution des savoirs passe aussi nécessairement par l’étude, la valorisation et la promotion des langues et de la culture africaine et tout ce qu’elles ont comme potentiels et richesses. Il milite donc pour l’étude et le développement des langues africaines dans tous les domaines, la mise au point d’outils de travail pour étudier ces langues (ex : dictionnaires, etc…).

 

Ainsi pour Cheikh Anta Diop si l’Afrique voulait préparer sa renaissance future et s’organiser comme état, il fallait :

– que les africains étudient leur histoire pour savoir qui ils sont en vérité, quels sont les liens qu’ils ont en commun, les valeurs permettant de les unir, de les rassembler en tant que peuple, d’où ils sont partis, quels furent leurs parcours, quel est le fil conducteur permettant de reconstituer, restituer et retracer l’histoire africaine depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui ;

– que les africains étudient leur passé dans tous les domaines pour en faire le bilan, leurs succès, leurs échecs en tant que peuple d’hier à aujourd’hui ;

– que les africains tirent des leçons, et des idées nouvelles de cette histoire en s’inspirant des idées et des projets de leurs ancêtres pour mieux se définir par eux-mêmes, bâtir un corps de sciences humaines africaines dans tous les domaines du savoir (économie africaine, sociologie africaine, sciences africaines, etc…) en s’appuyant sur les savoirs ancestraux. Ces sciences humaines africaines serviraient afin de préparer ce futur état africain dans tous les domaines.  Pour Cheikh Anta Diop le fait d’étudier le passé ce n’est pas pour s’y complaire, ou pour se vanter, mais pour en tirer des leçons pour l’avenir. C’est en ce sens que Diop a étudié l’histoire. Le projet de Cheikh Anta Diop n’était donc pas d’étudier l’histoire africaine juste pour prouver que l’Afrique a une histoire, ou par plaisir, mais plutôt stratégiquement dans le but de comprendre les problèmes de l’Afrique et d’apporter des solutions aux défis futurs de l’Afrique.

 

« Les intellectuels doivent étudier le passé non pour s’y complaire, mais pour y puiser des leçons ou s’en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire. Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir le sentiment d’une continuité historique, indispensable à la consolidation d’un état multi-national. » (Cheikh Anta Diop, L’unité culturelle de l’Afrique Noire p.9).

 

La finalité du travail et des combats de Cheikh Anta Diop : L’Etat Fédéral d’Afrique Noire, condition nécessaire et obligatoire pour la renaissance africaine

 

Cheikh Anta Diop était convaincu que les africains devaient s’unir et s’organiser (sous la forme d’un grand état africain par exemple) afin que l’Afrique prenne son envol dans tous les domaines.

 

Pourquoi Cheikh Anta Diop avait-il pour projet l’état fédéral ?

« Quel serait le problème économique qu’aurait à résoudre un Etat africain puissant qui s’étendrait sur la quasi-totalité du continent, dont les frontières iraient de la Méditerranée libyque au Cap (Afrique du Sud) et de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien ? Il y aurait à vendre sur le marché international ses produits en excédent et à y acheter ce dont il manque le plus, tout en évitant de subir la pression d’un monstre économique quelconque. Considérant le degré de puissance qu’atteindrait un tel Etat il ne dépendrait économiquement des autres qu’autant que ces derniers dépendraient de lui. Telle doit être notre conception de l’interdépendance économique : éviter à tout prix de dépendre des autres plus qu’ils ne dépendent de nous, car il s’en suivrait, automatiquement, des liens unilatéraux de colonisation et d’exploitation. C’est ce qui rend impérieuse l’idée de Fédération de tous les Etats Noirs du continent. Il est facile d’épiloguer afin de prouver que l’indépendance de la petite colonie du Sénégal, de la Cote d’Ivoire, du Togo, du Dahomey (Benin), etc., ne serait qu’illusoire car elles auraient à subir aussitôt, toutes sortes de pressions extérieures et tomberaient automatiquement, par le jeu des forces économiques, dans l’orbite d’une grande puissance. La solution fédérale détruit cette objection. » (Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture, page 21.)

Cheikh Anta Diop en étudiant le monde et les relations internationales durant l’époque coloniale, y a vu que les états les plus puissants s’organisaient sous la forme de grands ensembles (Ex : États Unis, URSS, Union Européenne en devenir, etc…) Il a alors compris que les futurs états africains dans leur forme simple (Cote d’Ivoire, Cameroun, etc.) seraient trop fragiles face à ces grands ensembles politiques et économiques mondiaux et risquaient d’être dominés à nouveau par ceux-ci. Pour lui, l’état fédéral africain était la seule solution pour que l’Afrique et les africains aient leur renaissance et ne soient pas dominés à nouveau, soient vraiment indépendants à tous les niveaux, souverains, libres des agressions extérieures (coup d’État, rebellions, etc…), donc en sécurité pour avancer et pour peser de manière équitable dans les relations internationales. C’est pourquoi « Il faut faire basculer définitivement l’Afrique Noire sur la pente de son destin fédéral […] seul un État fédéral continental ou sub-continental offre un espace politique et économique, en sécurité, suffisamment stabilisé pour qu’une formule rationnelle de développement économique de nos pays aux potentialités diverses puisse être mise en œuvre. » (Cheikh Anta Diop, préface du livre de Mahtar Diouf, Intégration économique, perspectives africaines, 1984).

Les notions d’état fédéral africain se trouvent dans tous les ouvrages de Cheikh Anta Diop. Il n’existe aucun ouvrage du savant qui ne traite pas à un moment ou à un autre de ce sujet. Il a parlé d’état fédéral africain et n’a cessé répéter dans tous ses ouvrages que c’était la seule solution pour une véritable renaissance africaine.

 

Le projet d’état fédéral n’était pas un projet impérialiste, pour que l’Afrique aille coloniser, dominer ou écraser les autres peuples pour leur démontrer une supériorité quelconque mais plutôt un projet pour que l’Afrique soit suffisamment libre et forte pour discuter d’égal à égal dans le concert des nations. C’est pourquoi Diop dit « En disant que ce sont les ancêtres des Nègres, qui vivent aujourd’hui principalement en Afrique Noire, qui ont inventé les premiers les mathématiques, l’astronomie, le calendrier, les sciences en général, les arts, la religion, l’agriculture, l’organisation sociale, la médecine, l’écriture, les techniques, l’architecture (…) en disant tout cela on ne dit que la modeste et stricte vérité, que personne, à l’heure actuelle, ne peut réfuter par des arguments dignes de ce nom. Dès lors le Nègre doit être capable de ressaisir la continuité de son passé historique national, de tirer de celui-ci le bénéfice moral nécessaire pour reconquérir sa place dans le monde moderne, sans verser dans le nazisme à rebours, car la civilisation dont il se réclame eût pu être créée par n’importe quelle race humaine – pour autant que l’on puisse parler d’une race – qui eût été placée dans un berceau aussi favorable, aussi unique. » (Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture, p. 401). Le combat de Cheikh Anta Diop n’était pas un combat pour que l’Afrique, aie une vengeance ou une haine contre ses oppresseurs, mais plutôt celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, celui des droits humains. C’est en ce sens qu’il répond à l’époque à tous ses adversaires qui l’attaquaient ainsi que ses idées et ses travaux : « Nous aspirons tous au triomphe de la notion d’espèce humaine dans les esprits et dans les consciences, de sorte que l’histoire particulière de telle ou telle race s’efface devant celle de l’homme tout court. On n’aura plus alors qu’à décrire, en termes généraux qui ne tiendront plus compte des singularités accidentelles devenues sans intérêt, les étapes significatives de la conquête : de la civilisation par l’homme, par l’espèce humaine tout entière. » (Cheikh Anta Diop Antériorité des Civilisations Nègres : Mythe ou Vérité historique, Présence africaine, 1967, page 280)

 

Cheikh Anta Diop était-il un rêveur, utopiste ou un idéaliste lorsqu’il parlait de l’Etat Fédéral d’Afrique ?

 Beaucoup de gens pessimistes, aliénés, et ignorants de l’histoire de l’Afrique taxaient le savant de rêveur. Encore aujourd’hui, certains ont encore cette opinion. Ils ne savaient pas (pour ceux d’hier) et ils ne savent pas (pour ceux d’aujourd’hui) qu’en étudiant l’histoire africaine, Cheikh Anta Diop avait vu que les africains avait autrefois bâti des empires et des civilisations qui ressemblaient fortement à ce qu’on appelle aujourd’hui des fédérations, des confédérations ou un état fédéral.

La civilisation pharaonique ressemblait par exemple à un état fédéral, car c’est plusieurs structures étatiques de la vallée du Nil qui se sont unies et dont le pharaon Naré Mari (Narmer) a achevé l’unification. Il en est de même pour des structures étatiques comme la Confédération Ashanti ou encore la Civilisation Yoruba d’Ilè Ifè qui était organisées en cités états sous la direction de L’Oba (titre du Prêtre-roi dans la civilisation Yoruba).

Pour Cheikh Anta Diop, si les africains avaient eu ces réussites par le passé, ça signifie qu’ils peuvent remettre sur pied de telles structures fédérales, à condition de s’organiser. C’est afin de montrer les possibilités techniques et factuelles de la création de cet État fédéral dans les temps contemporains qu’il a publié son ouvrage intitulé : Les fondements économiques et culturels d’un Etat Fédéral d’Afrique Noire.

Pour Cheikh Anta Diop comme pour d’autres panafricanistes (Ex ; Marcus Garvey, Kwamé Nkrumah, etc…) l’Etat fédéral d’Afrique noire, appelé aussi États Unis d’Afrique par Marcus Garvey, n’était pas un rêve utopique ou démesuré car cela était selon eux parfaitement réalisable. Voila pourquoi à travers l’étude de l’histoire, le travail de Cheikh Anta Diop avait plusieurs volets en réalité :

  • Un volet historique (travail de reconstitution de l’histoire de l’Afrique)
  • Un volet scientifique (recherches en sciences humaines et techniques africaines)
  • Un volet culturel (valorisation de la culture, du patrimoine et des langues africaines)
  • Un volet politique (conscience nationale, état fédéral panafricain)

Toutes ces idées apparaissent dès le premier ouvrage majeur de Cheikh Anta Diop : Nations Nègres et Culture.Il développe ensuite ces idées dans la suite des ouvrages postérieurs, dont les plus importants sont ceux ci dessous:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi Cheikh Anta Diop a-t-il été combattu par l’Occident ?

 Cheikh Anta Diop, n’a pas été combattu juste parce qu’il faisait de l’histoire et voulait rétablir des vérités. Il a été combattu parce qu’il préparait la renaissance africaine, le développement de l’Afrique et les voies et moyens d’y parvenir à travers ses travaux d’histoire. Les occidentaux savaient que ses travaux n’étaient pas de simples travaux en histoire, mais que ses travaux avaient plusieurs dimensions, plusieurs volets. Ils avaient connaissances de ses ouvrages, de ses idées et de ses projets car ils avaient lu ses ouvrages. Eh oui, au risque de surprendre plus d’un, il y a des officines en occident qui lisent les ouvrages que les africains écrivent ou qui espionnent les conférences que les africains font afin de savoirs leurs idées, leurs projets afin de savoir comment les contrecarrer.  Les idées qu’il défendait étaient révolutionnaires à son époque. En effet Cheikh Anta Diop a commencé à publier ses écrits et dire toutes ces vérités en pleine période coloniale, alors que l’Afrique faisait face à une colonisation féroce. Ses propos et ses idées ont beaucoup choqué et surpris à l’époque en Occident, notamment en raison de tous les stéréotypes qui étaient véhiculés sur le monde noir à son époque. Il a donc été combattu car ses travaux étaient nuisibles a toute l’entreprise impérialiste, coloniale et néocoloniale occidentale en Afrique. En effet ses travaux et sa vision détruisaient scientifiquement tous les stéréotypes et les falsifications sur l’homme et la femme noire, et montraient aux africains que l’Afrique peut s’en sortir et évoluer par ses propres moyens, sans attendre une aide venue d’ailleurs.

Comme on le sait tous, l’occident a souvent combattu, tué ou persécuté les leaders africains qui se penchaient réellement sur le sort de l’Afrique et sur sa réelle évolution. Cheikh Anta Diop savait que l’Afrique et tout ce qui allait dans le sens de son bien-être était combattu au niveau international. Voilà pourquoi il a dit « Chaque fois que les colonialistes nous invitent à une collaboration pour un progrès commun de nos deux peuples (africain et occidental) ils ont cette arrière-pensée d’arriver, avec le temps, à nous supplanter. Voilà pourquoi, tout ce qu’ils nous offrent n’est qu’un vaste mirage qui peut égarer un peuple tout entier, grâce à la complicité de quelques-uns. »(Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture page 18). Cheikh Anta Diop explique ici que les idées comme la « coopération ou le co-développement », ou encore les « aides » de l’Occident pour l’Afrique sont des mythes, des mensonges et des mirages en vérité « Parce que le conflit, il est partout, il est à tous les niveaux, (…) il est jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. » (Cheikh Anta Diop, conférence de Niamey, 1984).

Il se savait lui-même combattu pour ses idées, vu toutes les portes qui lui ont été fermées et tous les combats qu’il a menés pour avoir accès à toutes ces informations cachées et toutes les difficultés qu’il a eu sur son parcours. Mais il était convaincu de mener le bon combat. Voilà pourquoi il disait : « Moi, si je n’étais pas intiment persuadé de l’égalité des races, si je n’étais pas intimement persuadé de la capacité de chaque race à mener sa destinée intellectuelle et culturelle, mais je serai déçu, que ferions-nous dans le monde ? S’il y avait réellement cette hiérarchisation intellectuelle, mais il faudrait nous attendre à notre disparition d’une manière ou d’une autre. » (Cheikh Anta Diop, conférence de Niamey, 1984). Que veut dire Diop ici par « hiérarchisation intellectuelle » ? Par hiérarchisation intellectuelle il parle de l’idée aliénante selon laquelle les occidentaux seraient supérieurs ou plus intelligents que les africains, idée à laquelle encore beaucoup d’africains et d’afrodescendants  continuent à croire, ce qui les pousse à boire aveuglément les dires des occidentaux, même quand ceux-ci sont des mensonges et à ne jamais accepter une vérité lorsqu’elle est dite par une personne a peau sombre ou noire.

Cheikh Anta Diop a cependant vaincu, dans tous les combats scientifiques qu’il a menés. Mais à défaut de le vaincre sur le terrain scientifique, ses adversaires ont fait en sorte qu’une bonne majorité de ses travaux ne soient pas assez lus, assez connus et assez étudiés, par les africains et les afrodescendants. C’est pourquoi les travaux de Cheikh Anta Diop sont encore en deçà de la promotion qu’ils devraient avoir dans le monde noir.

Mais il savait que les graines qu’il avait semées germeraient. Il savait qu’il n’allait pas réaliser lui-même tout ce projet colossal de l’État fédéral en l’espace de sa seule vie. Mais il était certain d’avoir efficacement par lancé le projet par son action, son travail, ses idées et ses ouvrages. Il comptait sur les générations d’Africains futurs pour poursuivre ce travail sur les pistes de recherche qu’il avait ouvertes dans les divers domaines en vue de la création de l’État fédéral.

 

Comment continuer le combat de Cheikh Anta Diop pour la renaissance africaine aujourd’hui?

Continuer le combat pour la renaissance africaine, c’est travailler à l’édification de l’état fédéral dont parlait Diop. Pour cela il faut suivre ses traces. Pour suivre les traces de Diop, il faut se former car Cheikh Anta Diop s’est formé. C’est ainsi qu’il est devenu un savant.

Ensuite il faut mettre son intelligence et les acquis de sa formation intellectuelle au service de la renaissance du continent dans le sillage de Cheikh Anta Diop.

En restaurant l’histoire de l’Afrique et de la culture africaine, rompant du coup avec la fausse histoire coloniale et aliénante de l’Afrique, Cheikh Anta Diop a restauré l’historiographie africaine, et a créé la nouvelle historiographie africaine, rendant possible le projet de cette unité africaine qu’il appelait de ses vœux dans l’optique de l’État fédéral.

En déblayant le passé pour y sortir les connaissances endogènes africaines et les mettre à jour, il a montré que les savoirs ancestraux étaient bel et bien présents et existants dans les civilisations africaines, il a rendu possible l’édification du corps de sciences humaines nécessaire à l’édification de l’État fédéral. A travers ses ouvrages il a laissé des idées et des stratégies, des pistes pour continuer l’œuvre de renaissance africaine dans son sillage. C’est là où il s’est arrêté. Diop n’a pas pu étudier et dégager tous les savoirs ancestraux (économie, droit, physique, etc…) dans leur totalité, car il n’aurait pas pu le faire en une vie. Il lui aurait fallu plusieurs vies pour le faire. C’est pourquoi il a dit par exemple : « On doit dire aux générations qui s’ouvrent à la recherche : armez-vous de science jusqu’ aux dents et allez arracher sans ménagement des mains des usurpateurs le bien culturel de l’Afrique dont nous avons été si longtemps frustrés ». (Cheikh Anta Diop, Préface à L’Afrique dans l’Antiquité – Égypte Pharaonique / Afrique Noire de Théophile OBENGA).

 

Les africains doivent poursuivre l’oeuvre de ce grand savant pluridisciplinaire, l’étudier, traduire ses ouvrages dans plusieurs langues africaines, ouvrir des bibliothèques partout sur le continent avec des livres parmi lesquels figureront ceux de Cheikh Anta Diop.

Il invitait donc les africains qualifiés et compétents à continuer la recherche pour continuer comme lui-même, à « arracher sans ménagement des mains des usurpateurs le bien culturel de l’Afrique » afin de bâtir le corps de sciences humaines africaines nécessaire à l’édification de l’état fédéral africain.

Puisque l’histoire africaine est restaurée, et puisque la possibilité de développer les sciences humaines africaines existe, les noirs qui poursuivent le travail de Diop doivent aujourd’hui suivre son conseil, c’est-à-dire qu’ils doivent alors cibler des domaines des sciences humaines qui les intéressent (économie, politique, santé, astronomie, philosophie, religion, etc…) et continuer à faire de la recherche dans les civilisations africaines pour retrouver et reconstituer toutes ces sciences humaines africaines, les étudier, en faire des travaux, des théories, des ouvrages et des encyclopédies qui serviront à bâtir l’état africain. C’est ce travail colossal qu’il faut abattre aujourd’hui. Pour faire cela, il faut être compétent, formé. Voilà pourquoi Cheikh Anta Diop appelait les africains à êtres armés en termes de qualification, formés et compétents « jusqu’aux dents » afin de pouvoir gagner le combat de la recherche et faire des travaux de qualité pour l’édification de l’état africain comme lui-même à fait.

«l’Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terreentière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et dela religion.» (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie page 16). Pour Cheikh Anta Diop, l’Africain qui a compris le sens de son travail et de ses combats est « un autre homme » c’est-à-dire un homme nouveau, transformé par tout ce dont il est conscient, et un « vrai créateur », capable de faire parler son génie pour créer les conditions afin de rebâtir l’Afrique et apporter en termes civilisationnels à l’humanité et aux autres civilisations du monde, comme ses ancêtres l’avaient fait par le passé.

C’est le lieu de rendre hommage à tous les continuateurs passés et présents de l’œuvre de renaissance africaine dans le sillage de Cheikh Anta Diop parmi lesquels il est possible citer en premier lieu Théophile Obenga, qui a travaillé directement avec Cheikh Anta Diop, qui été avec lui à la victoire du colloque du Caire, et qui a formé des générations d’africains et d’africains des Amériques à toutes ces thématiques. Puis ensuite :

Babacar SALL,

Jean Charles Coovi GOMEZ, appelé aussi Coovi Rekhmiré,

Mubabinge BILOLO,

Aboubacry Moussa LAAM,

Oum NDIGI,

Gilbert NGOM,

Mouhamadou Nissire SARR,

Yoporeka SOMET,

Kalala Omotunde,

Et tous ces autres savants et chercheurs  africains et afrodescendants que nous n’avons pas cité, mais qui eux aussi traduisent leur amour de l’Afrique par tous les actes qu’ils posent dans le sillage de l’amour que Cheikh Anta Diop a montré pour le continent. Pour suivre Cheikh Anta Diop, il faut aimer l’Afrique comme il l’a aimé.

Hotep !

« Par : Lisapo ya Kama © » (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

 

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