[Opinion] Les Noirs ne sont pas vus comme des Êtres humains

« Le monde n’est pas ce que les Africains veulent qu’il soit, le monde est tel qu’il est » Bwemba Bong

Compte tenu de notre travail, nous pouvons dire ce que les peuples étrangers voient quand ils regardent les Noirs. Une partie considérable des Européens, des Arabes, des Blancs Berbères, des Indiens, des Chinois – consciemment ou inconsciemment – ne voient pas les Africains comme des hommes et des femmes.

Ils voient en nous quelque chose d’animé et avec une couleur maléfique, qui parle comme un humain, qui agit comme un humain, mais qui n’est pas un être humain. Ils voient une sorte d’objet accidentellement humanoïde, naïf, inoffensif et à la puissance animale en même temps, naturellement illogique. Ils regardent, souvent ricanant, presque admiratifs devant tant d’infériorité présumée. Cette conception engendre le rejet que nous Africains connaissons bien et que nous vivons très durement. Nous sommes aujourd’hui le peuple le plus méprisé au monde.

Elizabeth Eckford en 1957 fut une des premières noires à intégrer une école pour Blancs à Little Rock aux USA, suite à une décision de la Cour suprême interdisant la ségrégation. Une foule en colère la poursuit et elle garde un calme absolument impressionnant
Elizabeth Eckford en 1957 fut une des premières noires à intégrer une école pour Blancs à Little Rock aux USA, suite à une décision de la Cour suprême interdisant la ségrégation. Une foule en colère la poursuit et elle garde un calme absolument impressionnant

Bien entendu, tout le monde ne nous est pas hostile mais même parmi ceux-là, beaucoup ont au fond ce regard. L’habitude qu’ont certains de vouloir nous dire comment penser, comment agir, la manière qui consiste à nous voir comme des éternels enfants qu’il faut diriger, à vouloir s’imposer comme notre sauveur, ressort du même sentiment. Ce paternalisme nauséeux et insultant lui aussi repose sur l’idée que les Africains sont des gens non douées d’intelligence. Le racisme diabolisant et le paternalisme ne sont que les expressions contraires d’une même pensée fondamentale : les Noirs ne sont pas des êtres humains ou ne le sont pas entièrement. 

Comment en est-on arrivé à cela ?

L’image des Africains aujourd’hui repose sur 3 supports :

  • La religion : C’est ici la philosophie liée à la malédiction de Cham (le Noir) dans les textes juif et chrétien et notre culture propre désignée comme mécréante et diabolique par l’Islam. Cette philosophie est passée dans le langage courant où on qualifie de noir tout ce qui est mauvais.
  • L’historiographie : les Noirs sont vus par le système dominant comme des esclaves éternels, sans civilisation, sans invention, sans contributions à l’avancement de l’humanité.
  • La situation socio-économique actuelle : malgré des progrès qu’on tait la plupart du temps, l’Afrique demeure pauvre et partout dans le monde les Noirs sont au bas de l’échelle sociale. L’impérialisme économique qui repose sur l’aliénation religieuse et historiographique, est responsable de cette situation. Et cette situation socio-économique elle-même renforce les stéréotypes. Il s’agit donc d’un cercle vicieux.  
racisme
Fresque espagnole du 13eme siècle représentant Saint Michel des chrétiens pesant les « bonnes âmes » (blanches) dans une balance face au diable (noir aux cheveux crépus avec cornes et griffes) pesant aussi des « mauvaises âmes » en voie de diabolisation et de noircissement de la peau. Cette philosophie a été vulgarisée et utilisée pour nuire aux Africains.

L’image que nous avons aujourd’hui a commencé à être promue par les Européens il y a 500 ans pour pouvoir justifier notre mise en esclavage puis la colonisation et la ségrégation, et aujourd’hui la néo-colonisation. Faire croire que nous sommes des sauvages et des esclaves depuis la nuit des temps est le fondement moral de l’exploitation des Africains. Ainsi, quand on crache sur un Noir à Alger, qu’on en lynche un en Inde, qu’on tire sur un à bout portant aux USA, ou qu’on lance des cris de singe en Italie, c’est un peu comme si on s’attaquait à un petit insecte qui passe par là. On écrase vite fait la chose, un peu par plaisir, juste comme ça, tant on se sent supérieur. Mais le plus grave peut-être est que nous-mêmes avons fini par nous approprier cette image.

Les Africains passent beaucoup de temps à colporter des stéréotypes sur eux-mêmes le Noir est mauvais, l’ennemi du Noir c’est le Noir, le Noir a un mauvais cœur etc… Tout cela est dû à la contamination de nos cerveaux par les idéologies religieuses et historiographiques des colons européens et arabes. La vie d’un Noir a peu de valeur dans le monde actuel, y compris pour beaucoup de Noirs eux-mêmes.

C’est cela qui peut en partie expliquer la gâchette facile qu’ont les Africains contre les leurs aux USA ou au Brésil. C’est ce qui explique que des Sud-Africains accusent les autres Africains de tous les maux du monde alors que les colons hollandais sont fondamentalement le problème. On s’attaque à la proie facile, celle qui a peu de valeur. Et puisque le Noir porte toute la malédiction de l’Univers, alors la rédemption divine passe par le contact salvateur avec l’homme blanc, voir le métissage.

Tout Noir qui vit au contact des Blancs voir des Arabes se sent presque toujours supérieur aux autres Noirs. D’où le complexe de supériorité qu’ont des Antillais français par rapport aux Haïtiens ou encore tant de Noirs sud-africains par rapport aux autres Africains. Cette hiérarchisation est injuste, et elle crée de la division. Vu ce qui se passe de manière répétitive en Afrique du Sud et la fracture qui risque de s’installer durablement entre les Sud-Africains et le reste de l’Afrique, elle représente une menace pour la cohésion du continent et sa lutte vitale contre l’impérialisme occidental et arabe. 

"La redemption de Cham", peinture de 1895 par Brocos y Gomez Cette grand-mère Africaine-Brésilienne remercie le ciel d'avoir pu blanchir sa déscendance. Sa fille est métis et son petit-fils est blanc. Assis à droite, son beau-fils.
« La redemption de Cham », peinture de 1895 par Brocos y Gomez

Cette grand-mère Africaine-Brésilienne remercie le ciel d’avoir pu blanchir et ainsi sauver sa descendance. Sa fille est métisse et son petit-fils est blanc. Assis à droite, son beau-fils.

Violences xénophobes en Afrique du Sud
Violences xénophobes en Afrique du Sud

Quelles solutions ?

Comment s’élever au-dessus du mépris des autres et garantir notre unité ? Déjà il faut savoir que les autres peuples ne changeront pas, ils sont tels qu’ils sont et nous nous sommes fait suffisamment gifler depuis que nous adoptons l’attitude très chrétienne de la joue tendue. Nous devons apprendre à être durs et à accepter le monde avec sa cruauté. Vous devez savoir que partout où vous aller et que vous rencontrez des non-Noirs, il y a de grandes chances qu’on vous voit en vous un animal. C’est une vérité avec laquelle nous allons apprendre à vivre et à laquelle nous allons nous adapter.

Ama/Imana/Amin/Amen/Nyamien/Nyambe/Nzambe/Nzambi etc..., Unique God of Africa, imagined here under his masculine form; Temple of the female pharaoh Hatshepsut
Si comme pour nos ancêtres Dieu est vu de nouveau comme un(e) Noir(e) dans nos esprits, nous ne regarderons plus aucun homme comme supérieur à nous. Le mépris des autres apparaîtra sans intérêt. (Image : Imana-Râ, Dieu unique de l’Afrique)

Si c’est eux le problème, c’est nous qui sommes la solution et c’est sur nous que le travail doit être fait, c’est à nous de nous valoriser et d’apprendre à nous aimer. Au delà d’adopter partout des structures communautaristes, la solution consiste à s’attaquer et déconstruire les 3 causes du problème. Il s’agit dans les grandes lignes de :

  • Retourner à notre religion, notre philosophie, notre culture, nos langues qui nous valorisent tant en tant que Noirs. La propagation du Vitalisme (animisme) est donc ici capitale.
  • Renouer avec notre histoire réelle pour s’élever psychologiquement à notre place centrale de civilisateurs de l’humanité.
  • Rebâtir économiquement l’Afrique et le monde noir.

C’est à ces 3 conditions que nous retrouverons notre estime, notre fierté, construirons une unité et serons imperméable au mépris des autres.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

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