Modibo Keita, le premier président du Mali

« Monsieur le Président, voulez-vous vous mettre à disposition de l’armée ? » C’est là la première phrase du dialogue surréaliste entre Modibo Keita et le lieutenant putschite Tiecoro Bagayoko. Le président fini par obtempérer et est conduit dans un tank à Bamako en 1968 où on le somme de renoncer au socialisme.

Modibo Keita, père de l'indépendance et premier président du Mali
Modibo Keita, père de l’indépendance et premier président du Mali

Modibo Keita naît en 1915 à Bamako sous occupation coloniale française, dans ce qui est appelé à l’époque le Soudan occidental. Il est issu d’une famille descendante de la dynastie des Keita, fondatrice du plus puissant des Etats de l’époque impériale : l’empire du Mali. Instituteur formé à Dakar et socialement actif, il crée à Bamako le Syndicat des enseignants du Soudan. C’est lors d’une mutation à Kenedougou qu’il rencontre Jean Marie Koné, avec qui il crée l’œil de Kenedougou, un journal qui dénonce les abus coloniaux et appelle à la fin du travail forcé. Perçu comme une menace par la France, il est emprisonné pendant trois semaines à Paris. Quelques mois plus tard Félix Houphouët-Boigny fonde à Bamako le Rassemblement démocratique africain (RDA), Modibo Keita devient président de la section soudanaise.

modibo_keitaFigure politique locale montante, il est élu conseiller général d’une circonscription de Bamako en 1948, conseiller de l’union française au Soudan en 1953, maire de Bamako en 1956. Homme sage, posé et charismatique, il est élu la même année député de la colonie du Soudan au parlement français.

C’est donc naturellement qu’il mène le pays à l’indépendance. En 1959 la Fédération du Mali se crée, elle regroupe les actuels Mali, Bénin, Burkina Faso et Sénégal. La France et le président sénégalais Senghor manœuvrent à la dislocation de cette union. C’est donc seul que le Mali accède à l’indépendance le 22 Septembre 1960.

Panafricaniste et anticolonialiste, Modibo Keita critique la guerre de la France en Algérie et force les français à retirer leurs bases militaires de son pays. Il fait partie des non-alignés qui ne veulent être ni dans le bloc occidental ni dans le bloc soviétique. Il signe avec Kwame Nkrumah du Ghana, Sekou Touré de la Guinée et Patrice Lumumba du Congo le pacte fondateur de l’Union des Etats Africains, acte de base à un Etat fédéral africain.

Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sekou Touré, lors de la signature du pacte fondateur de l'Union des Etats Africains
Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sekou Touré, lors de la signature du pacte fondateur de l’Union des Etats Africains

Sur le plan intérieur, il valorise l’agriculture, fait de l’éducation son cheval de bataille. Il industrialise les secteurs du riz, du sucre, du tabac et fait construire le barrage de Sotuba sur le fleuve Niger. 40 entreprises d’état voient le jour, et les postes de cadre sont réservés aux Africains. En octobre 1960 est créée la Société Malienne d’Importation et d’Exportation (SOMIEX) qui dispose du monopole sur le commerce des produits manufacturés et des biens alimentaires et sur leur distribution dans tout le pays.

Modibo Keita pose l’acte révolutionnaire de sortie du Franc CFA et fait battre monnaie secrètement en Tchécoslovaquie pour ne pas être bloqué par la France. En 1962, le Franc Malien est mis en circulation. Le président dit « L’histoire nous enseigne que le pouvoir politique s’accompagne toujours et nécessairement du droit régalien de battre monnaie, que le pouvoir monétaire est inséparable de la souveraineté nationale, qu’il en est le complément indispensable, l’attribut essentiel. Pouvoir politique et pouvoir monétaire ne sont donc, à dire vrai, que les aspects complémentaires d’une seule et même réalité : la souveraineté nationale. »

franc-malien
Le Franc malien

Mais la France de De Gaulle qui tire des profits faramineux de cet instrument colonial monétaire d’inspiration nazie, ne l’entend pas de cette oreille. Des commerçants viennent manifester leur opposition au franc malien devant l’ambassade de France au cri de « vive la France ». Fily Dabo Sissoko, opposant historique au président, soutenu par la France et anti-franc malien, est arrêté et déporté avec deux autres membres de son parti au bagne de Kidal où ils sont déclarés morts deux ans plus tard.

Image en couleur de Modibo Keita, recu par le président Kennedy lors de sa visite aux Etats Unis Image de la Librairie Kennedy
Image en couleur de Modibo Keita, recu par le président Kennedy lors de sa visite aux Etats Unis
Image de la Librairie Kennedy

Les difficultés économiques s’amoncellent, l’administration n’est pas suffisamment performante pour mettre en œuvre les réformes économiques. En 1966, après le coup d’état contre Nkrumah orchestré par la CIA, Modibo Keita suspend la constitution et instaure un Comité Nationale de Défense de la Révolution (CNDR), qui a pour but d’éviter au Mali un destin congolais, togolais ou ghanéen. Le CNDR est décrié pour les dérives de son appareil répressif. En difficulté, le président fini par céder devant la France, qui reprend le contrôle de la monnaie malienne. Le FMI la dévalue de 50%. La crise économique et politique gagne le pays.

De retour d’une conférence économique à Koulikoro le 19 Novembre 1968, son cortège est arrêté à l’entrée de Bamako, Modibo Keita est déposé par un coup d’état orchestré par la France. Elle le remplace par le lieutenant Moussa Traoré qui instaure une dictature qui durera 23 ans. Le père de l’indépendance est emprisonné à Kati puis à Kidal dans des conditions épouvantables où il meurt en 1977. Il est alors interdit de prononcer son nom et il est banni de la mémoire populaire. Sa mémoire ne sera réhabilitée que par le président Alpha Omar Konaré, après le renversement de Moussa Traoré

Le Mali voit toujours cet homme comme le père de son indépendance. Modibo Keita reste avec Nkrumah, Lumumba entre autre un des principaux artisans des indépendances africaines et de l’unité africaine.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

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