L’homosexualité a-t-elle existé en Afrique?

Sur ce sujet important, nous pensons pouvoir donner une réponse globale. Cet article s’attardera principalement sur les faits. A la fin, le lecteur sera orienté vers un autre article sur l’interprétation de l’homosexualité par rapport aux valeurs.

Nous tenons à dire au préalable que l’Afrique doit être solide et faire front pour rejeter avec énergie et sans aucune réserve les pressions que font les Occidentaux pour la pousser à légiférer d’une façon ou d’une autre sur l’homosexualité. Le but de ces pressions étant probablement de faire baisser la natalité en Afrique, qui effraie tant l’Occident; Natalité que l’Afrique – qui a frôlé l’extinction au terme des traites et de la colonisation – doit maintenir à tout prix. Il appartient à l’Afrique seule de déterminer quand elle veut ouvrir le débat sur l’homosexualité et comment elle entend comprendre le sujet et le gérer.

Il s’agit d’un sujet qui éveille des sentiments vifs et où on voit des approches opposées sur notre continent : de la peine de mort au nord du Nigéria au mariage en Afrique du Sud. C’est un sujet qui doit donc être traité du point de vue historique. Nous ajoutons que les faits sont les faits, l’histoire est l’histoire. La notre que nous redécouvrons nous donne d’innombrables agréables surprises mais il faut accepter aussi qu’il puisse y en avoir de moins bonnes. 

Qu’est-ce que l’homosexualité ?

L’homosexualité est une relation sexuelle entre personnes de même sexe. Suivant les motivations qui sous-tendent sa pratique, on peut la diviser en 4 types :

  • L’homosexualité dite réelle : Il s’agit de personnes qui éprouvent depuis la naissance une attirance physique pour des personnes de même sexe, sans aucune pression ou même influence quelconque. Cette homosexualité-là se retrouve chez plusieurs animaux tels que les lions, les béliers, les bisons, les pingouins, les dauphins, les singes bonobos etc… Ce comportement qui dévie de la norme est expliqué par la science. Son origine serait une différence génétique sur le chromosome X, associée à une production hormonale particulière de la mère pendant la grossesse.
  • L’homosexualité de circonstance : Elle survient en absence des membres du sexe opposé. Dans les internats sans mixité, les prisons, chez les hommes travailleurs concentrés, dans les communautés de femmes où les hommes se font rares etc… C’est cela qu’on retrouvait chez les femmes dans les harems d’Afrique du nord.
  • L’homosexualité sociétale : Elle est vue comme un passage pour accéder à un stade avancé de la vie. C’est principalement elle qui était pratiquée en Grèce antique, où le jeune apprenti devait nouer des relations sexuelles avec son précepteur. L’homosexualité était une institution en Grèce.
  • L’homosexualité par opportunisme : il s’agit ici de la prostitution ou de tout ce qui pousse à se tourner vers cette pratique pour satisfaire des besoins matériels. Cette prostitution est documentée en Chine ancienne. 

L’homosexualité a-t-elle existé partout ?

On retrouve l’homosexualité chez pratiquement tous les peuples européens, asiatiques, orientaux, et même chez les Amérindiens, qui sont culturellement et spirituellement les plus proches des Africains.

Les peuples européens et orientaux ont une tradition patriarcale qui fait de l’homme le centre de la société. La femme en Europe ancienne avait très peu d’importance, c’est pourquoi les relations entre hommes étaient perçues comme ayant plus de valeur. Mais dans ces sociétés patriarcales, les textes chrétiens et musulmans venus plus tard rejetaient l’homosexualité, sans pour autant avoir réussi à la faire disparaître.

A gauche : peinture perse du 17e siècle montrant le Shah (roi) Abas I avec un serviteur. La proximité entre les deux laisse peu de doute sur les intentions A droite : relation entre un homme adulte et un adolescent dans l'antiquité, Grèce
A gauche : peinture perse du 17e siècle montrant le Shah (roi) Abas I avec un serviteur. La proximité entre les deux laisse peu de doute sur les intentions

A droite : relation entre un homme adulte et un adolescent dans l’antiquité, Grèce

De nombreux chefs d’Etats notamment ont été homosexuels dans ces aires culturelles. On peut citer des rois européens et chrétiens tels que Louis XIII de France, Edward II d’Angleterre, Ludwig II de Bavière (Allemagne) ; Des empereurs arabes et musulmans tel que le calife Al Amin de Bagdad, des chinois tels que les rois Goazu et Wu.

L’homosexualité, hors du type sociétal, apparaît comme une pratique minoritaire mais universel chez les autres peuples, transcendant les cultures. D’après les enquêtes, 1 à 6% des adultes sont des homosexuels réels en Occident et en Asie. 

Les particularités du bassin culturel africain

En Afrique la société est – de manière prédominante – basée autour de la femme. C’est la tradition matriarcale qui remonte à l’antiquité pharaonique. L’homme et la femme sont vus comme complémentaires et l’image du couple hétérosexuel, formant l’union du masculin et du féminin de Dieu, est omniprésente et valorisée. Par ailleurs le but de l’existence – d’après la philosophie africaine Maât – étant la continuation de la vie, l’homosexualité qui ne peut pas procréer est fondamentalement vu comme contraire à la Maât. 

Cette analyse initiale laisse penser que le bassin africain est moins propice à la survenue de l’homosexualité. Qu’en a-t-il été dans les faits ? C’est ce que nous allons voir. Nous examinerons l’époque pharaonique, l’époque impériale et les premières décennies de l’occupation coloniale où l’influence occidentale était peu prononcée.

L’homosexualité a-t-elle existé dans l’antiquité pharaonique ?

On voit quelquefois écrire que le pharaon Akhenaton par exemple était homosexuel. En réalité il n’y a rien qui le prouve et jusqu’à nos jours il y a débat pour savoir si les anciens égyptiens connaissaient l’homosexualité. Les éléments allant en faveur de cette thèse sont très minces. Quand on écume les 3000 ans d’histoire égyptienne, il y a très peu de choses.

La Maât qui était le texte de lois divines des anciens africains dit dans son 16e commandement « Je n’ai pas été pédéraste ». La sainte Maât interdit donc l’homosexualité. Mais la remarque qu’on doit faire est qu’on n’interdit que quelque chose qui existe. Ça veut dire que les Égyptiens savaient que des gens pratiquaient l’homosexualité. Vu que l’Egypte fut un empire s’étendant à l’Asie et à l’Europe à certaines périodes, on doit se demander si c’était donc des étrangers ou des Africains qui étaient homosexuels. 

L’image suggestive d’homosexualité la plus connue date de près de 4500 ans. Et c’est finalement sur cette image que se concentrent le plus les débats. Sont représentés Niankhkhnum et Khnumhotep, deux hommes mariés à des femmes et avec des enfants, et figurés très proches. Cette image n’est pas affirmative car d’autres gravures montrent Amen-Râ (Dieu) dans la même position avec le pharaon Sen Ouseret (Sesostris). Certains avancent que Niankhkhnum et Khnumhotep auraient été en fait des frères jumeaux.

Niankhnum et Khnumhotep
Niankhnum et Khnumhotep
Dieu à gauche et le pharaon Kheperkaré Sen-Ouseret (Sesostris I) L'image de Niankhnum et Khnumhotep n'est donc pas affirmative de la pratique de l'homosexualité
Dieu à gauche et le pharaon Kheperkaré Sen-Ouseret (Sesostris I)

L’image de Niankhnum et Khnumhotep n’est donc pas affirmative de la pratique de l’homosexualité

Ce court examen d’éléments très succincts permet de dire qu’il n’y a aucune preuve formelle de l’existence de l’homosexualité en Afrique à l’époque pharaonique.

L’homosexualité a-t-elle existé pendant l’époque impériale?

Nous ne disposons d’aucune source de la haute époque impériale (300-1500). Les données concernant l’homosexualité ont commencé à être collectées à la basse époque impériale (à partir de 1500) avec l’arrivée des Européens. Le premier témoignage faisant mention de l’homosexualité en Afrique date de la fin du 16e siècle. En 1558, le portugais Dos Santos dit de l’empire Kongo (Congos-Angola) que « Certains chibadi (terme sensé désigné un homosexuel chez les baKongo) sont des hommes qui (…) sont aussi mariés à des hommes » [1]

D’après Cheikh Anta Diop, c’est à l’occasion des terribles effets de la destruction de l’empire Songhaï par les Marocains à la fin du 16e siècle que la sodomie fut documentée au Mali actuel.

Au 17e siècle, le missionnaire français Pierre de Jarric, qui a laissé des écrits détaillés et fiables des Etats africains anciens, dit que les mariages entre hommes sont reconnus chez les Mbundu d’Angola [2].

En 1719, l’explorateur allemand Peter Kolb décrit l’homosexualité chez les Khoisan (Bushmen) en Afrique du Sud [9]. Description faite encore au début du 20e siècle par Folk. 

Si les témoignages des missionnaires chrétiens sont à prendre avec des pincettes car ils pouvaient accuser des peuples d’homosexualité pour pouvoir justifier leurs destructions, ceux de Kolb et surtout les conclusions de Cheikh Anta Diop apparaissent fiables. Diop précise tout de même que l’homosexualité est apparue au Mali dans des circonstances particulières.

L’homosexualité a-t-elle existé à l’époque précoloniale et pendant l’occupation coloniale initiale?

En 1909, l’anthropologue autrichien Friedrich Bieber dit que l’homosexualité « n’est pas rare chez les Harari » [3]. Les Harari sont un peuple musulman d’Ethiopie. 

L’anthropologue britannique Evans Pritchard a particulièrement étudié les Azande dans les années 30 à 50, un peuple à prédominance musulman du Soudan du sud, de Centrafrique et de RD Congo. Il dit « L’homosexualité est indigène (non liée à l’islam). Les Azande ne la voit pas comme impure » [4]. Son informateur local Ganga lui dit « Il y avait des hommes bien qu’ayant des épouses, se mariaient avec d’autres hommes » [4]. Evans Pritchard rapporte avoir vu des couples et dit encore que des femmes dans les foyers polygamiques et qui étaient sexuellement délaissées par leur époux, pratiquaient l’homosexualité entre elles.

Au Kenya, l’ethnologue autrichien Habertlandt au début du 20e siècle dit « les homosexuels des deux sexes sont désignés par le terme (swahili) mke-si-mume (c’est-à-dire homme pas femme) » [5]. Il ajoute que l’homosexualité est mal tolérée dans les sociétés côtières du Kenya.

Jack Drieber vers 1900 rapporte qu’au sein du peuple Lango d’Ouganda, les homosexuels sont vus comme des handicapés. Les hommes homosexuels se marient entre eux. Jack Drieber estime le nombre d’homosexuels à 50 sur 17 000 personnes. [6]

En 1938, l’anthropologue américain Herkovits parlant des Fon du Bénin actuel dit « L’homosexualité se retrouve chez les hommes comme chez les femmes » [7]. Le terme yan Daudu chez les Haoussa du Nigeria voisin, désigne jusqu’à nos jours les homosexuels. Ils étaient intégrés dans la société jusque dans les décennies récentes. 

La présence des homosexuels semble être ancienne chez les Dagara du Burkina Faso. C’est ce que dit le chercheur burkinabé Malidoma Somè dans les années 90. La chercheuse africaine-caribéenne Ama Mazama ajoute que – ne pouvant pas procréer – on refusait à ces Dagara d’accéder au statut d’ancêtres divins. A leurs morts, leurs dépouilles étaient attachées à un arbre pour être la proie des animaux. Au Sénégal au début du 20e siècle, les homosexuels étaient tolérés de leur vivant, mais on leur refusait des obsèques dans la tradition islamique.  

En 1921, l’ethnologue allemand Gunther Tessman décrit l’homosexualité chez les Bafia du Cameroun. La pratique est appelée Jigele keton. Tessman la décrit aussi chez les Fangs du Cameroun-Gabon-Guinée équatoriale [8].

Sous les colons anglais et portugais, l’homosexualité est rapportée dans les camps de travailleurs africains en Afrique du Sud et au Mozambique, séparés de leurs femmes. Le rapport Taberer de 1907 en Afrique pointe particulièrement l’existence de la prostitution dans les camps.

En résumé l’homosexualité aurait donc existé en Afrique au sud du Sahara depuis la basse époque impériale, et était rejetée ou tolérée suivant les différents peuples. Encore une fois, cela concernait une minorité comme on l’a vu avec les chiffres des Lango d’Ouganda. L’Afrique était bien entendu hétérosexuelle en très grande majorité.  

On doit se demander : est-ce que cette pratique est indigène à l’Afrique ou est due à des influences étrangères ? En faveur de l’origine étrangère est le fait qu’elle n’est documentée qu’à partir de l’arrivée des Européens. Le fait qu’il n’y ait – à notre connaissance – aucune attestation préalable malgré la présence d’archives africaines et de témoins étrangers, est révélateur.

Mais ceci dit, ces Européens-là qui sont arrivés en Afrique au 15e siècle rejetaient sévèrement l’homosexualité. Ils étaient à l’opposé des Grecs anciens. C’est avec révulsion qu’ils décrivaient les pratiques homosexuelles chez eux et ailleurs dans le monde, en raison de leur pratique du christianisme. C’est à partir des années 1970 que l’Occident a réellement commencé à tolérer l’homosexualité et en fait la promotion depuis les années 1990.

L’homosexualité était un crime en Angleterre et au Canada jusqu’en 1967-1968. Elle était considérée comme une maladie mentale en France jusqu’en 1981. Dans les années 80, l’administration Reagan aux USA considérait les homosexuels comme des paria. Il est donc très peu probable que les Européens de l’époque chrétienne – c’est à dire avant les années 70 – aient encouragé cette pratique en Afrique. Des individus peut-être, des institutions probablement pas. 

Par ailleurs, il existerait des mots endogènes à l’Afrique désignant l’homosexualité. Mais encore ce ne sont pas seulement des peuples islamisés ou partiellement christianisés chez qui on a retrouvé cette pratique. Elle est une pratique minoritaire documentée aussi chez des peuples qui étaient vitalistes (animistes). Nous pensons donc que l’homosexualité en Afrique a – partiellement au moins – une origine endogène.

Si on doit faire des comparatifs historiques, on dira que l’attitude de l’Afrique par rapport à l’homosexualité se divise en 3 phases successives : un rejet dans l’antiquité pharaonique avec la Maât, puis une relative tolérance à la basse époque impériale – En sachant que les Africains observaient toujours la Maât, on se demande s’il y a eu chez certains peuples, avec le temps, une remise en question de l’interdiction Maatique – La troisième phase est de nouveau un rejet généralisée dans l’actuelle période néocoloniale, sous l’influence probable des colons européens.

L’attitude de l’Occident comprend aussi 3 phases : Une promotion dans l’antiquité gréco-romaine, un rejet à l’époque chrétienne, puis une tolérance dans cette période laïque et athée qui ne cesse de s’étendre depuis les années 1970. Voilà comment pensons nous, il faut lire avec courage et lucidité l’histoire. 

En complément de cet article, nous avons analysé l’homosexualité du point de vue des valeurs et de la tradition africaine. Cet article donne le plus d’éléments pour entrevoir comment l’Afrique devrait gérer la question dans le futur. Vous pouvez le lire ici. 

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama ©

Notes :

  • – L’Afrique noire précoloniale, Cheikh Anta Diop
  • – Buganda.com
  • – See No Evil Write No Evil: Sexual Deviance In African Literature During Colonialism; par Wazha Lopang; Department of English, University of Botswana
  • – Religion et renaissance africaine, Ama Mazama
  • – [1] Boy wives and female husbands : studies in African homosexuality; Stephen O. Murray & Will Roscoe, page 121
  • – [2] Idem, page 122
  • – [3] Idem, page 31
  • – [4] Idem, page 35
  • – [5] Idem, page 37
  • – [6] Idem, page 40
  • – [7] Idem, page 90
  • – [8] Idem, page 118
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