Les religions dites révélées sont-elles des religions africaines?

Les religions dites révélées sont-elles des religions africaines? Il est vrai qu’on retrouve de nombreuses traces des conceptions religieuses et spirituelles du patrimoine africain à travers les religions dites révélées. C’est pourquoi il est fréquent d’entendre que les religions dites révélées sont un plagiat de la spiritualité africaine. Mais ce qui fait une religion au sens profond du terme, c’est la doctrine,  la théologie et les principes enseignés.

Si donc la doctrine, la théologie et les valeurs enseignées et véhiculées par ces religions dites révélées sont similaires aux théologie et doctrine  africaines, on pourra dire alors que les religions dites révélées sont africaines. Dans le cas contraire, ces religions, même comportant des traces du patrimoine africain, ne peuvent en aucun cas être  considérées comme des religions africaines.

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Voyons voir :

Les religions dites révélées s’articulent essentiellement sur des points précis.

  • Elles sont dans un dualisme qui différencie la culture, et les traditions d’un peuple de sa religion. C’est pourquoi ces religions portent des noms (judaïsme, christianisme, Islam) qui permettent de les séparer ou de les différencier par rapport aux cultures et aux traditions des peuples qui les pratiquent.
  • Leurs centres religieux se situent tous hors d’Afrique (Jérusalem, Terre sainte, Mecque, etc..) au plan géographique.
  • Elles sont basées sur une foi aveugle, une foi qui demande tout simplement de croire, de croire même sans avoir vu, comme cela est dit dans la bible. Qui ne se souvient pas de la célèbre réplique de Jésus a Thomas qui ne croyais pas : «heureux ceux qui croient sans avoir vu»Dans ces religions le mode d’accession au divin est donc la croyance, d’où le nom de croyants qu’on donne aux adeptes de ces religions.

Elles enseignent que :

  • Le créateur est une figure masculine, père tout puissant qui se trouve dans le ciel.
  • L’humain est pécheur et impur par nature et séparé de Dieu à cause de son péché. C’est ce qui est apparent dans les thématiques du péché et du péché originel.
  • Elles enseignent que l’humanité entière vivait dans le vice et dans l’idolâtrie avant la « révélation divine » du créateur à travers ces trois religions. Ce qui fait que tout peuple ne rentrant pas dans ce canon des religions révélées est forcément païen, athée, etc…
  • Elles développent les thématiques du peuple, élu, béni et choisi par le créateur par opposition aux peuples païens, non élus et non choisis par le créateur.
  • Elles enseignent que l’humanité ayant étant impure et pécheresse, elle est vouée au péché et à la mort. L’humanité doit donc attendre des  messies, des sauveurs ou des prophètes envoyés par Dieu pour révéler les lois divines afin sauver l’humanité du péché et de la mort, d’où la thématique du salut et du paradis.
  • Elles diabolisent l’image du pharaon, de l’Égypte, et de l’Afrique (malédiction de Cham ou malédiction des noirs ou du pharaon, etc..) ce qui fait que toute personne adepte de ces religions a ou est censé avoir dans un premier abord, une opinion négative sur tout ce qui est du domaine de l’Égypte, du pharaon ou de l’Afrique, de sa culture ou de sa spiritualité. Voilà pourquoi un bon adepte des religions dites révélées, crient au polythéisme, à l’idolâtrie, à la sorcellerie, au satanisme, et au mal dès qu’on lui parle de Spiritualité Africaine par exemple.
  • Elles enseignent la chute finale de la création  par des phénomènes surnaturels et paranormaux, et des destructions de toutes sortes, ce qu’on appelle l’apocalypse.
  • Elles enseignent qu’il faut aller prêcher et convertir à ces doctrines (surtout dans le christianisme et dans l’islam) les nations païennes c’est-à-dire, les nations qui ne partagent pas la vision religieuse de ces religions. Les conversions se font parfois même au moyen de la force (guerres saintes, conquêtes, etc.)

Tout  ceci est contraire à la vision religieuse de l’Afrique car :

  • Les Africains n’ont pas de religion au sens des religions dites révélées. Les Africains ont plutôt une spiritualité sur laquelle les traditions, les coutumes, les rites et les usages sont basés. Lorsque le petit garçon naît par exemple, il subit un rite coutumier, traditionnel de circoncision. Or ce rite est un rite qui est en lien avec la spiritualité africaine. Il en est de même pour les fêtes traditionnelles, les danses traditionnelles, et tout ce qu’il est convenu d’appeler la culture traditionnelle africaine.
  • Pour les africains, la culture, et la religion, les cultures, les coutumes sont liées et ne font qu’un dans tout ce  qu’on appelle la tradition. La tradition chez les africains englobe tout. C’est pourquoi nul ne peut connaitre véritablement la culture et les traditions africaines en écartant ou en ignorant la Spiritualité Africaine. La spiritualité est le fondement central de tout ce qu’on appelle les cultures et les traditions africaines.
  • Si les religions dites révélées étaient des religions africaines, leurs lieux saints se trouveraient en Afrique, sur  leur terre ancestrale et non hors d’Afrique (Jérusalem, Arabie, etc.…) sur le plan géographique. Pour les Africains, la terre sainte c’est la terre de leurs ancêtres, celle qui leur a été léguée par leurs ancêtres, celle où le corps des ancêtres repose, et non des terres lointaines. 
  • Pour les Africains, le mode d’accès au divin n’est pas la croyance, ou la foi aveugle (croire, même sans avoir vu comme cela est présenté dans l’évangile). La Spiritualité Africaine à horreur des dogmes. Pour l’Africain le mode d’accession au divin se fait par la connaissance de Dieu, la connaissance du divin par les séries d’épreuves vécues de la vie qui jalonnent le parcours terrestre. C’est ça l’initiation. 
  • L’initié est donc celui qui sait, (et non celui qui croit), celui qui connait le créateur et les choses de par sa propre expérience personnelle à travers les épreuves qu’il a subi et qui lui ont permis de s’élever dans la connaissance du divin. En résumé pour l’Africain il ne s’agit pas de croire au Créateur, mais de le connaitre soi-même par sa propre expérience. Les enseignements dans la théologie africaine ne sont donc pas des dogmes imposés par une quelconque autorité, mais des enseignements qui sont comme une sorte de guide pratique permettant de s’élever par soi-même dans la connaissance de Dieu.

Au niveau de l’enseignement :

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Contrairement aux religions révélées (avec des rabbins, des prêtres et imams masculins), dans la spiritualité africaine l’homme et /ou la femme peuvent accéder à la prêtrise. Ici  des prêtres et une prêtresse lors d’une cérémonie. Ils sont revêtus de blancs exactement comme s’habillent les prêtres chrétiens pour faire des cérémonies ou les musulmans lorsqu’ils s’apprêtent à prier.

Pour l’africain le créateur n’est pas seulement au ciel. Et pour l’africain le ciel n’est pas en haut. Pour l’africain, le créateur est une énergie qui remplit l’univers entier et tous les êtres en se manifestant de plusieurs manières. Cette énergie (Dieu) a la double nature divine (mâle et femelle), ce qui lui permet de créer les êtres mâle et femelle humains, végétaux et animaux. 

Pour l’africain le créateur n’est pas seulement un père tout puissant, et la femme n’est  pas et ne peut pas être «tirée de la cote de l’homme» (comme cela est dit dans la bible) car pour l’africain, l’homme est issu de la femme par l’accouchement. C’est donc l’élément féminin, femelle qui prédomine sur l’élément masculin, même au niveau de l’être divin dans sa double nature, car l’élément féminin est la source de toute vie et de toute existence (mâle et femelle) dans la pensée africaine, d’où le matriarcat à l’origine dans les sociétés africaines.

  • La Spiritualité Africaine ne connait pas la notion de péché ou de péché originel, qui fait que l’humain est séparé du Créateur à cause de son péché. Pour l’africain, si le créateur est divin, il ne peut pas avoir créé l’homme sans lui avoir donné le divin qu’il possède lui-même. Ainsi pour l’africain, le créateur étant lui-même  divin, nous a faits en nous donnant ce qu’il a lui-même, c’est-à-dire la divinité. Pour l’africain, l’homme est une partie du Créateur.
  • Pour l’africain, la mort n’est pas une fin, ou la fin de tout, mais  tout simplement un cycle, un passage vers une autre vie divine,  une vie spirituelle, une vie éternelle qui est en fait la véritable vie. Pour l’africain, il existe la vie âpres la mort, mais cette vie âpres la mort n’est pas le résultat du sacrifice que quelqu’un aurait fait pour nous délivrer de la mort. C’est pourquoi puisque pour l’africain la notion de péché originel n’existe pas, les notions de péché originel,  de messie, sauveur, ou de prophète qui vient pour sauver ou délivrer l’humanité du péché et de la mort, etc.… toutes ces notions n’ont aucun sens.
  • Pour l’africain il faut suivre les lois, les principes divins immuables et éternels incarnés par Maat (vérité, justice, ordre divin, harmonie), et non des personnes envoyées par Dieu ou des prophètes, quelque soit leur degré d’élévation dans la connaissance du divin. Pour l’africain, ce sont nos propres actes que nous posons en accord avec la loi divine (Maat) inscrite par nature en nous par le créateur, qui nous permettent d’accéder à ce que les religions appellent paradis, et non l’espérance de salut ou le message apporté par un messie ou un prophète, etc. En gros pour l’Africain c’est chacun qui est donc son propre messie ou son propre prophète.
  • Ce n’est pas parce qu’une personne hautement qualifiée sur le plan spirituel enseigne ou maîtrise quelque chose, que cette personne devient un messie ou un prophète pour ceux qui l’écoutent. Pour l’africain ce genre de personnes est une sorte de grand frère au plan spirituel et cette personne peut être dépassée par son élève dans la connaissance du divin. Les personnes (ancêtres) à qui les africains rendent des hommages sont ceux qui ont suivi ces principes divins, qui sont les seules choses à suivre pour l’africain.
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Les notions de «peuple élu de Dieu» ou de «peuple choisi par Dieu» par opposition à des peuples païens n’ont aucun sens dans la spiritualité africaine. Pour l’africain, tout être humain quelque soit sa couleur de peau est un être qui vient de Dieu. Il n’y a donc pas de «peuple de Dieu» et de «Peuples païens» car tous viennent de Dieu.

Il est donc insensé pour l’africain de dire que des peuples sont «païens» ou « infidèles » et de les convertir de gré (évangélisation, prêches, et prosélytisme) ou de force (conquêtes et guerres). Or les religions dites révélées préconisent de prêcher, d’évangéliser ou de convertir les gens, au motif que ceux-ci ne connaissent pas le Créateur (païens, infidèles). Il est parfois même préconisé de faire des guerres de religions, ou des guerres au nom du créateur dans les religions dites révélées.

Si les noirs africains étaient à l’ origine des religions dites révélées ou en avaient écrit les textes, ils n’auraient jamais écrit qu’eux-mêmes sont maudits (malédiction de Cham ou du pharaon), ou ils n’auraient jamais autant critiqué les égyptiens ou l’image du pharaon, comme cela est courant dans les textes de ces religions.

  • Les africains n’ont jamais cherché  à évangéliser et à  convertir les gens à leur spiritualité, ou à faire des guerres saintes pour imposer leur religion, leur tradition religieuse à quelqu’un. C’est pourquoi il n’existe pas de peuples non africains convertis à la spiritualité africaine, mais il existe des africains convertis à la religion de ceux dont ils ont subi le diktat et la violence à certains moments de l’histoire.
  • Les africains n’ont jamais enseigné que le monde sera détruit, ou détruit de façon apocalyptique. Pour les Africains, le monde a existé, existe et existera toujours. Ils concevaient juste que l’univers fonctionne selon des cycles, lorsqu’un cycle prend fin, un autre commence et ainsi de suite. Pour les Africains, la vision de la fin du monde comme le décrit l’apocalypse n’a aucun sens.
  • Les africains ne vivent pas dans la peur de Dieu,  mais dans le partage avec celui-ci de la vie divine qu’il ont reçu de lui, pour leur propre bien et leur propre harmonie sur terre entre eux et les autres humains avant d’aller ne faire qu’un avec lui à la fin de la vie terrestre. Ils ont un rapport au créateur comme le rapport qu’on pourrait avoir avec ses propres parents. Ils voient le créateur comme un parent ou un frère ou une sœur. Alors que dans les religions dites révélées la peur de Dieu existe : peur d’être châtié par Dieu, peurs des châtiments, peur de l’enfer, peur de la mort, etc…

Pour l’africain le but n’est pas d’être sauvé du péché ou de la mort, puisque le péché ou la mort de laquelle l’humain doit être sauvé n’existe pas pour l’africain. Pour l’africain le but final n’est pas d’aller simplement au paradis, mais de réaliser une harmonie parfaite avec le monde physique et le monde spirituel durant la vie terrestre,  et poursuivre cette harmonie parfaite avec le monde physique et le monde spirituel dans l’au-delà, fusionner son énergie spirituelle avec celle du créateur et partager sa condition divine au même titre que lui dans son monde éternel.

Pour l’africain la réincarnation existe. Elle se fait par exemple à travers la naissance d’un enfant qui est en fait une réincarnation, une renaissance terrestre d’un ancêtre qui vit dans l’au-delà. Or la réincarnation ou l’idée même de réincarnation est rejetée dans toutes les religions dites révélées.

En conclusion de cette étude qui n’est pas exhaustive, nous pouvons avancer que les religions dites révélées ne sont pas des religions africaines, car les enseignements, les doctrines, et la théologie de ces religions n’ont rien à voir avec la vision religieuse, la doctrine et la théologie de la spiritualité africaine.

Si les religions dites révélées sont un plagiat de la Spiritualité Africaine sur plusieurs points comme beaucoup ont pu le constater a travers leurs lectures et leurs différentes recherches et découvertes, il faut alors en conclure que ces religions sont un très mauvais plagiat de la spiritualité africaine.

Ceux qui prétendent donc que les religions dites révélées sont africaines le font certainement par ignorance de la Spiritualité Africaine authentique car s’ils la connaissaient ils verraient les différences profondes existant du point de vue de la doctrine, de la théologie et la vision religieuse (qui sont les points centraux), et  ne feraient pas ces confusions terribles qu’ils font en tentant par tous les moyens d’associer les religions dites révélées et la spiritualité africaine ou en tentant d’africaniser à tout prix ces religions dites révélées..

Pour connaitre la spiritualité africaine authentique depuis la plus haute antiquité, il existe de nombreux textes sacrés, qui sont les vrais textes sacrés de nos ancêtres depuis les bords du Nil. Ce sont :

  • Les textes des pyramides (textes gravés à l’intérieur des pyramides)
  • Les textes des sarcophages (textes gravés dans les sarcophages)
  • Le livre des portes
  • Le livre des cavernes
  • Le livre des formules pour l’émergence dans la lumière divine (appelé communément livre des morts des anciens égyptiens), le livre par excellence même car il contient la finalité de la spiritualité africaine
  • Le livre des respirations
  • Le livre de ce qu’il y a dans l’AmDouat
  • Etc…

Les anciens, les vieux  et les sages détiennent ces écrits et leurs secrets dans les régions et les villages de l’Afrique actuelle.

Ces livres existent et sont accessibles, certains qui ont été traduits à partir des papyrus, peuvent même par exemple, être achetés en boutique. Des chercheurs et des spécialistes africains ont aussi écrit des livres sur ces questions spirituelles. Alors, que ceux qui parlent de spiritualité africaine ou qui s’intéressent à la spiritualité africaine lisent et étudient ces livres africains multimillénaires, qui sont les plus anciens textes sacrés de l’humanité, plutôt que de tenter par tous les moyens de trouver une origine africaine a tout ce qui se trouve dans les livres dits saints des religions révélées, comme si c’était les seuls écrits sacrés qui existent.

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Le Pape Jean Paul II en visite en Afrique à l’époque.  Pourquoi cherchait-il à rencontrer nos anciens ou nos gardiens de  la tradition (pourtant considérés officiellement  par son église comme des animistes ou des agents du mal)? Était-ce une énième tentative de s’approprier d’autres connaissances et les incorporer à son église?

Pour en savoir plus sur la spiritualité africaine, cliquez ici

Par : Lisapo ya Kama ©

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