Les Coptes, enfants du Nil

Les coptes sont souvent présentés comme les descendants des anciens égyptiens. Mais pourquoi les gens disent cela? Et si les coptes sont effectivement les descendants des anciens égyptiens, quel est donc leur lien avec les africains? Tout ceci nous amène à la question de savoir qui sont réellement les coptes? Éléments de réponse à travers cet article.

Les origines de cette population dénommée copte remontent au moins au 7è siècle avant l’ère actuelle. Au 7e siècle, c’est-à-dire durant la période appelée la basse époque (la période la décadence et de la fin de la civilisation pharaonique), les Assyriens ayant entamé une série de conquêtes victorieuses, profitent des dissensions et des mésententes au sein de l’empire pharaonique pour l’attaquer. Cette attaque des Assyriens contre la civilisation pharaonique et son peuple (peuple noir) menée par Assourbanipal va déboucher sur la mise à sac et le pillage de la ville sainte de Ouasè (Ouaset) en 663 avant notre ère, ville plus connue sous le nom de Thèbes. Assourbanipal va ensuite continuer ses campagnes victorieuses vers d’autres contrées. Après cette attaque des Assyriens, la civilisation pharaonique va entrer dans une phase  de déclin accéléré  qui va la pousser vers sa fin. Un peu plus tard, c’est-à-dire en 525 avant notre ère, les Perses, emmenés par Cambyse, vont à leur tour faire irruption sur le territoire des Pharaons, ou ils vont se livrer à des massacres sur les populations, des pillages, des viols, etc…et par la même occasion occuper le pays pour imposer leur domination.

Les Perses seront évincés en 332 avant notre ère par Alexandre de Macédoine, dit Alexandre le Grand et ses hommes. Il inaugure la période dite ptolémaïque et fonde la ville appelée Alexandrie. Durant cette période, les Grecs et les Macédoniens envahissent le pays et imposent leur domination.

La période ptolémaïque s’achève avec la prise du pays par les romains en 30 avant notre ère.

Ces envahissements successifs avec les agressions et les violences répétées qui s’en suivaient pousseront les ancêtres de nombreux peuples africains actuels  à fuir la vallée du Nil pour aller s’installer en d’autres endroits du continent. C’est ainsi qu’aujourd’hui grâce aux recherches historiques on sait que tel ou tel peuple vient la vallée du Nil.

Mais pendant que les ancêtres de plusieurs peuples africains  ont préféré quitter les bords du Nil pour aller vers d’autres endroits du continent, il en y a qui sont restés sur les bords Nil et qui ont beaucoup lutté pour résister aux envahisseurs. Ce sont là les ancêtres des coptes.

 

Mais âpres la période romaine, et malgré les résistances, les agressions répétées et les invasions de peuples étrangers ont continué à se poursuivre tous le long des siècles (jusqu’au arabes aujourd’hui). Les noirs, malgré leurs luttes et leurs résistances ont fini par se métisser avec les peuples étrangers qui ont envahi leur territoire au fils de siècles.

C’est ce qu’a confirmé le comte de Volney (âpres avoir visité l’Égypte et y avoir vu les coptes) dans son livre intitulé : Voyage en Égypte et en Syrie, ou il dit au sujet des coptes :

«Les Coptes sont donc proprement les représentants des Égyptiens et il est un fait singulier qui rend cette acception encore plus probable. En considérant le visage de beaucoup d’individus de cette race, je lui ai trouvé un caractère particulier qui a fixé mon attention : tous ont un ton de peau jaunâtre et fumeux, qui n’est ni grec, ni arabe ; tous ont le visage bouffi, l’oeil gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse ; en un mot, une vraie figure de Mulâtre (Mulâtre était autrefois un péjoratif pour désigner les métisses). J’étais tenté de l’attribuer au climat, lorsqu’ayant visité le Sphinx, son aspect me donna le mot de l’énigme. En voyant cette tête caractérisée de nègre dans tous ses traits, je me rappelais ce passage remarquable d’Hérodote, où il dit « Pour moi, j’estime que les Colches sont une colonie des Égyptiens, parce que, comme eux, ils ont la peau noire et les cheveux crépus », c’est à dire que les anciens Égyptiens étaient de vrais nègres de l’espèce de tous les naturels de l’Afrique».

 

Que nous dit ici le comte de Volney ? Volney nous dit ici qu’en ayant vu les coptes et ayant comparé leurs traits a ceux du sphinx (sphinx dont le visage n’était pas encore détruit comme maintenant), ça lui a rappelé ce que l’historien grec de l’antiquité Hérodote avait écrit au sujet des égyptiens, et il a compris que le peuple pharaonique était un peuple noir et que les coptes, au vu de leurs traits caractéristiques, possédaient ce sang nègre de l’ancien peuple pharaonique dans leurs gènes.

 

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Le Comte de Volney

Cette analyse permet d’arriver à ces conclusions certaines : les coptes étaient à l’origine des populations noires, progressivement métissés par suite des invasions et des occupations récurrentes. En effet l’ancien peuple de l’époque pharaonique était lui-même un peuple noir, et si les coptes sont leurs descendants, cela signifie donc que les premiers coptes étaient donc des noirs. C’est pourquoi les coptes sont les descendants du peuple pharaonique.

Tapisserie copte du Musée Copte du Caire. On voit ici un aperçu de ce à quoi ressemblaient les premiers coptes
Tapisserie copte du Musée Copte du Caire. On voit ici un aperçu de ce à quoi ressemblaient les premiers coptes

Les recherches scientifiques permettent aujourd’hui de savoir que le mot ‘‘copte’’ (qbt) est une déformation par les arabes du mot grec Aigypto  (terme qui donna plus  tard les termes «Égypte» et «égyptien» en français). Ce terme Aigypto est le mot que les grecs utilisaient pour appeler cette région du continent et les populations noires autochtones qu’il y ont vu. Le terme copte vient donc  à l’origine des grecs et sert à désigner les populations autochtones des bords du Nil. Un copte est donc étymologiquement un égyptien autochtone (donc un nègre). Par la suite, ce mot a servi à designer à la fois les descendants des autochtones, et leur orientation religieuse.

 

La langue parlée par les coptes est ce qui reste de l’ancien égyptien. C’est la dernière phase de l’égyptien ancien Si tel est le cas, cela signifie que la langue copte » est en réalité la langue pharaonique dans sa dernière évolution. La langue copte c’est donc de l’égyptien. Les coptes qui parlent la langue du même nom, parlent donc en réalité ce qui reste l’ancienne langue de l’époque pharaonique, la langue négro-africaine de leurs ancêtres.

Les caractères d’écriture utilisés pour retranscrire cette langue sont des caractères empruntés à l’écriture démotique (écriture pharaonique) et à l’écriture dite grecque. Or l’écriture dite grecque est une écriture qui vient des bords du Nil, comme l’explique l’égyptologue française de renommée internationale Christiane Desroches Noblecourt, dans son livre le fabuleux héritage de l’Égypte :

«Et c’est ainsi que LA PREMIÈRE INSCRIPTION GRECQUE EN LETTRES ARCHAÏQUES MONUMENTALES DEMEURE CONSERVÉE, NON PAS EN HELLADE (GRÈCE), MAIS EN ÉGYPTE, PORTANT EN ELLE LES SIGNES (HIÉROGLYPHES) DONT L’ORIGINE ÉTAIT LE PAYS DE SESOTRIS ET DE RAMSÈS».

Sur le plan linguistique la langue copte appartient donc à la famille des langues négro-africaines.

Les Coptes, c’est-à-dire les descendants des anciens égyptiens appartiennent comme leurs ancêtres anthropologiquement, linguistiquement et culturellement au monde négro-africain.

 

Les coptes sont donc nos frères africains dont certains se sont métissés. On les retrouve aujourd’hui encore dans la vallée du Nil (Égypte actuelle, Éthiopie actuelle, Soudan actuel, etc..) ou ils ont une église qui s’appelle l’Église copte dont les enseignements révèlent un syncrétisme (mélange) entre le Christianisme (qui leur a été imposé de force, surtout, durant l’occupation de l’Égypte par l’Empire romain) et les traditions ancestrales de l’époque pharaonique.

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La célèbre croix Ankh de l’époque pharaonique, au sommet d’une église copte en Égypte actuelle. L’Église copte est la seule église qui affiche encore aujourd’hui le symbole pharaonique de la Croix Ankh et qui se présente comme une église africaine, y compris dans ses statuts. Jusqu’à aujourd’hui en Égypte actuelle, la croix Ankh est le symbole des coptes. Les coptes sont fiers d’afficher ce symbole, afin de montrer leur lien et leur attachement à  leurs ancêtres de l’époque pharaonique.

Ils ont un attachement farouche à leurs racines pharaoniques et à l’héritage pharaonique et continuent à perpétuer malgré tout, leurs traditions ancestrales hérités de l’Égypte ancienne.

L'ancien pape de l’église copte orthodoxe d’Égypte, le pape Shenouda III entouré de quelque uns de ses hommes d’Église.
L’ancien pape de l’église copte orthodoxe d’Égypte, le pape Shenouda III entouré de quelque uns de ses hommes d’Église.

 

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Photo prise lors des funérailles de l’ancien pape des coptes Shenouda III. On voit son corps exposé non pas couché, mais dans une position assise, et dans un siège (avec deux lions) qui rappelle étrangement les deux  lions ou les têtes de lions qui ornaient souvent certains des trônes pharaoniques comme le trône doré du pharaon Tuanga Imana (Toutankhamon) par exemple. Ce rite consistant a exposer les corps en position assise a un moment donné des funérailles est un exemple des rites typiquement africains hérité de la civilisation pharaonique que les coptes pratiquent et qu’il est possible d’observer dans plusieurs régions d’Afrique. On voit donc que les coptes dans leurs rites religieux, font encore beaucoup de rites africains pharaoniques qu’ils continuent de perpétuer comme leurs cousins africains qui perpétuent ces mêmes rites dans plusieurs régions du continent africain.

 

Cette ascendance pharaonique et  cet attachement à leurs ancêtres et les résistances qu’ils ont faits faces aux divers envahisseurs au cours des siècles leurs ont valu des persécutions et des agressions multiples de toutes sortes de la part des envahisseurs et tous les peuples qui les ont envahi ont tenté de les exterminer et de les détruire.

Aujourd’hui ceux des coptes qui sont en Égypte sont envahis par les arabes d’Égypte qui les persécutent tout le temps. En raison de leur ascendance pharaonique et de leur attachement a leurs valeurs et leurs traditions ancestrales ils sont traités d’idolâtres ou de mécréants  par les arabes actuels en Égypte. Ils sont agressés, frappés, tués, discriminés, leurs églises en Égypte actuelle sont souvent attaquées, détruites et brulées dans l’indifférence générale et souvent le gouvernement de l’Égypte actuelle se tait et ferme souvent les yeux sur les agressions et les injustices qu’ils vivent au quotidien de la part des arabes. Et personne ne lève le petit doigt pour les secourir, les aider ou les défendre, et même l’Église ne les aide pas, ne serait-ce qu’au  nom de la «fraternité et de la charité chrétienne».

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Façade d’une église copte attaquée et incendiée par les arabes  cette année en Égypte actuelle. on y voit en haut les endroits où le feu est passé qui sont tout noirs. Ces attaques contre les coptes et contre leurs lieux de culte sont courantes en Égypte même.

Les coptes sont souvent appelés les «premiers chrétiens», mais ceci est une autre histoire qui touche directement aux véritables origines historiques (et non bibliques) de ce qui va être appelé Christianisme plus tard par l’empire romain.

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Le pape actuel de l’Église copte, le pape Tawadros II.

 

Par : Lisapo ya Kama ©

 

Sources:

Magdi Sami Zaki, Histoire des Coptes d’Égypte

Christiane Desroches Noblecourt,  le fabuleux héritage de l’Égypte

Comte de Volney, Voyage en Égypte et en Syrie

Gérard Viaud, La Liturgie des coptes d’Egypte et Pratiques populaires des coptes