Le concile de Nicée ou la divinisation de Jésus-Christ et du Saint-Esprit

Concile de Nicée 325
Concile de Nicée 325
Le sage Amadou Hampaté Ba disait un jour : « si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras. Mais si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas. » En Afrique, il est commun de rencontrer un chrétien qui ne sait pas grand-chose de la religion qu’il pratique, ni des personnes qu’il vénère ou adore.

Pour le chrétien, Jésus Christ est Dieu et cela ne fait aucun doute. Ceci dit, l’histoire nous apprend qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

Comprendre le comment et le pourquoi est nécessaire pour mieux démystifier cette nébuleuse enveloppée dans le sinistre concept de la foi qui est imposée à tous les chrétiens. Ce que nous ferons dans cet article n’a rien de blasphématoire. En effet, nous parcourons simplement les événements historiques qui ont eu lieu durant le 4e siècle. En l’occurrence, nous ne ferons qu’emprunter les sentiers des penseurs qui ont jeté les fondations d’un homme Dieu, d’un Dieu fait homme. C’est-à-dire les concepts de la trinité et de l’incarnation. Ceci dit, ces 2 concepts de trinité et d’incarnation n’ont vu le jour qu’a l’issue de ce concile, même s’ils étaient déjà débattus sans aucune conséquence les siècles précédents.

Au 4e siècle, politique et religion étaient les 2 faces d’une même pièce. Et la question qui faisait rage était, principalement, celle de répondre à qu’est-ce que Jésus Christ. Les 2 tendances qui se dégageaient soutenaient chacune que « Jésus-Christ était un être d’une perfection morale incomparable, médiateur élu entre Dieu et les hommes, miroir de toute perfection divine, mais tout simplement un homme, et rien d’autre. » Selon la seconde tendance, « Jésus-Christ est Dieu lui-même, créateur du ciel et de la terre, envoyé à l’humanité par la volonté d’un père céleste qui a donné son fils unique. »

Pour rappel, l’objet de cet article n’a pas pour but d’admettre ou de remettre en cause l’existence même de Jésus Christ. Notre intention ultime est d’adresser la question de sa divinité; qu’il ait existé ou pas. Évidemment, il serait futile de dévouer autant d’énergie à un sujet qui n’en vaut pas la peine. Cependant, considérant que ce sujet abordé ici affecte gravement notre continent au point de constituer l’une des raisons de l’ignorance aggravée qui court les rues et qui l’empêche d’évoluer, de prendre conscience de sa grandeur, de ses potentialités et de son humanité. Nous ne saurions le laisser un tel sujet pendant.

Empereur Constantin
Empereur Constantin

L’année 313 est une date importante dans l’histoire de l’église. Cette date qui est marquée par l’édit de Milan ou édit de la tolérance de la pratique religieuse promulgué en avril 313 par les empereurs romains Constantin 1er, empereur de l’occident (Rome) et Licinius, empereur d’Orient (Grêce). Cet édit règle la question du schisme donatiste, C’est-à-dire de la division idéologique au sein de la communauté ecclésiale sans que les dogmes soient remis en cause, le tout scellé par le mariage entre Licinius et Constantia la soeur de Constantin. Ces 2 empereurs soutenaient respectivement chacun l’une des 2 tendances à savoir, la consubstantialité  pour Constantin et l’arianisme pour Licinius. Un extrait de l’édit de Milan donnait ce qui suit:

« Nous étant heureusement réunis à Milan, moi Constantin Auguste et moi Licinius Auguste, et ayant examiné tout ce qui intéresse le bien-être et la sécurité de tous, entre plusieurs mesures d’utilité générale, nous avons cru devoir d’abord arrêter ce qui concerne le respect de la divinité, pour accorder aux chrétiens et à tous libre pouvoir de suivre la religion de leur choix, afin que la divinité céleste pût se montrer favorable et propice à nous et à tous nos sujets.« 

Les origines de l’arianisme
Arius
Arius

L’arianisme est un courant qui porte le nom d’Arius. Arius est un prêtre catholique originaire de Lybie qui a reçu sa formation sous le prêtre Lucien à Antioche (Turquie actuelle). Ordonné diacre par l’évêque Pierre, il est excommunié en raison de ses accointances avec Mélèce, évêque égyptien, auteur d’un schisme. Arius est réintégré et enfin ordonné prêtre par Achillas, successeur de Pierre. Ses prêches dans l’église de Baucalis inquiétaient bien plus que certains auditeurs. Il meurt en exil en 336 alors que sa réintégration venait d’être autorisée par l’empereur Constatin. 

En effet, vers 321, il compose la « Thalie« , un chant populaire qu’il avait composé pour véhiculer et vulgariser son opinion sur la  question de la divinité de Jésus-Christ. La traduction littérale  de cette Thalie donne ceci: 

« Selon la foi des élus de Dieu, comprenant Dieu, enfants saints, droits, possédant l’Esprit Saint de Dieu, voici ce que j’ai appris des privilégiés de la Sagesse, hommes distingués, instruits par Dieu, pourvus de toute sagesse. Sur leur trace, j’ai marché d’accord, moi le [maître] illustre, très éprouvé pour la gloire, de Dieu; à l’école de Dieu, j’ai appris la sagesse et la science…

Dieu ne fut pas toujours Père; il fut un temps où Dieu était seul, n’étant pas Père encore ; ultérieurement, il est devenu Père. Le Fils n’a pas toujours été. Toutes choses ont été faites, de rien ; toutes sont créatures et œuvres : ainsi le Verbe de Dieu lui-même a-t-il été fait de rien ; il y eut un temps où il n’existait pas; il n’existait pas avant d’être fait; lui-même commença par être créé. Car Dieu était seul; il n’y avait pas encore de Verbe et de Sagesse. Puis, ayant décidé de nous produire, il fit un certain Être, et l’appela Verbe, Sagesse, Fils, voulant par lui nous produire. Il y a donc deux Sagesses : l’une propre et coexistante à Dieu; par cette Sagesse, le Fils a été fait; participant à cette Sagesse, il est seul appelé Sagesse et  Verbe. Car la Sagesse doit l’être à la Sagesse, de par la sage volonté de Dieu.

Pareillement, il y a en Dieu un autre Verbe distinct du Fils : participant à ce Verbe, le Fils, à son tour, est appelé par grâce Verbe et Fils…

Le Père est invisible au Fils même; le Verbe ne saurait voir ni connaître parfaitement et exactement son Père; s’il connaît et voit, c’est selon la mesure de sa science et de son regard, comme nous-mêmes connaissons selon notre propre force. En effet, non seulement le Fils ne connaît pas exactement le Père, impuissant qu’il est à le comprendre, mais le Fils même ne connaît pas sa propre essence. Les essences du Père, du Fils et du Saint-Esprit sont séparées par nature, étrangères, disjointes, sans contact ni communication entre elles : ils diffèrent entre eux d’essence et de gloire, jusqu’à l’infini. Donc le Verbe, en fait de gloire et d’essence, diffère totalement soit du Père, soit du Saint-Esprit. Il existe à part ; le Fils n’a rien de commun avec le Père.« 

 Dans d’autres écrits d’Arius on pouvait également lire:

« Il y a diverses puissances : l’une, est, par nature propre à Dieu et éternelle. Le Christ n’est pas la vraie puissance de Dieu, mais une des susdites puissances, entre autres, comme la sauterelle et la chenille ; d’ailleurs, il n’est pas appelé simplement puissance mais grande puissance. Il existe beaucoup d’autres puissances semblables au Fils : David les désigne dans le Psaume, en disant : Seigneur des puissances. Par nature, le Verbe est comme nous tous, sujet au changement ; mais, par son libre arbitre, tant qu’il veut, il demeure bon : il dépend de lui de changer comme nous, car il est, par nature, soumis au changement. Aussi Dieu, prévoyant qu’il serait bon, lui a-t-il prédestiné cette gloire qu’à titre d’homme, par sa vertu, il conquit ultérieurement. Ainsi est-ce à raison de ses œuvres prévues que Dieu l’a fait ce qu’il est…

Le Verbe n’est pas non plus vrai Dieu. Si on l’appelle Dieu, ce n’est pas à dire qu’il soit vrai Dieu : l’étant par participation de grâce, comme tous les autres [hommes], lui-même n’est Dieu que de nom. Comme toutes choses sont par essence étrangères à Dieu et différentes, ainsi le Verbe est-il absolument étranger au Père et différent par essence et propriété ; il appartient à l’ordre des œuvres et des créatures, étant l’une d’elles.« 

En résumé, la position d’Arius soutenue par Achillas tenait en ce que Jésus-Christ était bel et bien fils de Dieu mais, lui-même, n’était pas Dieu étant donné qu’il en était l’une de ses créatures, une créature comme toutes les autres. Les idées d’Arius sont plus claires dans sa lettre à Eusèbe avec qui il a reçu les enseignements du très contesté Lucien. Dans sa lettre à Eusèbe de Nicomédie, Arius écrit:

« Quelles sont donc nos paroles, nos pensées, notre enseignement d’hier et d’aujourd’hui? que le Fils n’est ni engendré, ni partie d’inengendré en aucune manière, ni tiré d’un sujet préexistant; mais qui, par la volonté et le dessein (du Père) il commença d’être, avant les temps et les âges, Dieu parfait, Fils unique, inaltérable. Avant d’être engendré ou créé, ou décrété, ou fondé, il n’était pas: car il n’était pas inengendré, on nous poursuit pour avoir dit : «Le Fils a un commencement, Dieu n’a point de commencement.» Voilà pourquoi l’on nous poursuit, pour avoir dit qu’il a été fait de rien :

Nous l’avons dit, en ce sens qu’il n’est point partie de Dieu, ni tiré d’un sujet préexistant. Voilà pourquoi l’on nous poursuit. Vous savez le reste.

Portez-vous bien dans le Seigneur. N’oubliez pas nos épreuves, vous, nôtre vrai confrère en Lucien, Eusèbe. »

Saint-Alexandre  Eveque d'Alexandrie
Saint-Alexandre Eveque d’Alexandrie

Cette position qualifiée d’hérétique lui a valu l’excommunication par Saint Alexandre, alors, puissant évêque d’Alexandrie à l’époque des faits, sommant également ses confrères de lui faire parvenir le témoignage écrit de leur union dans la foi. Malgré cette adresse en direction de ses frères en Christ, les positions se tranchaient de plus en plus car les rangs d’Arius ne désemplissaient pas et enregistraient plutôt l’arrivée de nouveaux adhérents. Alexandre se sentit à nouveau dans l’obligation de rappeler ses frères en christ à l’ordre:

« Alexandre aux prêtres et diacres d’Alexandrie et du Maréotis, moi présent à vous présents, Frères bien aimés dans le Seigneur, salut.

Bien que vous ayez déjà souscrit les lettres que j’écrivis à Arius et aux siens, les invitant à renier l’impiété et à s’attacher à la foi saine et catholique; bien que tous ayez manifesté votre bonne résolution et votre attachement aux dogmes de l’Église catholique; néanmoins, ayant écrit à mes collègues dans l’épiscopat du monde entier au sujet d’Arius,  j’ai cru nécessaire de vous réunir, vous, clercs de la ville, et de vous mander, vous, clercs du Maréotis; d’autant que, de vos rangs, Charès et Pistos, prêtres; Sérapion, Parammon, Zosime et Irénée, diacres, se sont joints aux partisans d’Arius et ont voulu être déposés avec eux; — afin de porter à votre connaissance le présent écrit, et de vous donner occasion d’y adhérer et de souscrire à la déposition de ceux qui adhèrent à Arius et Pistos. Car il convient que mes écrits vous soient connus, et que chacun les garde en son cœur, comme ses propres écrits. »

 Dans une lettre qu’il écrit à Alexandre, évêque d’Alexandrie, il tente de se montrer conciliant en vue d’obtenir la fin de son excommunication. Cependant, il ne recule pas pour autant sur ses positions fondamentales à savoir que Jésus-Christ, le Fils est une créature du Père, certes spéciale, mais que seul le père a le privilège de l’éternité, l’immuabilité c’est-à-dire de la divinité au sens strict.

Le désaccord entre Arius et Alexandre semblait si irréconciliable que l’empereur Constantin jugea que seul un acte souverain de sa part pouvait ramener l’ordre. Selon Otto Seeck, la première ingérence politique a été faite par l’empereur Licinius, empereur romain d’Orient. Licinius qui était marié ; à Constantia, sœur de l’empereur Constantin, était dominée par des influences ariennes. Licinius convoqua un concile œcuménique à Nicée en 321. Mais la guerre qui éclata entre les 2 empereurs romains, Licinius Auguste et l’Orient obstiné dans son paganisme d’une part, contre Constantin Auguste représentant l’occident conquis à la foi chrétienne, de l’autre. Cette guerre se solda en 323 par la victoire de Constantin sur Licinius. Ainsi, Constantin reprit à son compte l’initiative du concile de Nicée dont l’issue allait logiquement tourner en faveur de la doctrine catholique. On comprend donc que la divinisation de Jésus-Christ a été la conséquence d’une guerre qui aurait pu changer le cours de l’histoire de l’Église ainsi que celui de nos croyances dans un sens bien différent de ce que nous vivons aujourd’hui. En définitive,  les croyants prieraient Dieu le Père plutôt que son Fils et  le  Saint-Esprit.

Empereur Licinius
Empereur Constantin

Ce qu’a fait l’empereur Constantin a permis de donner la paix à l’Église en mettant fin au débat dogmatique de la divinité de Jésus Christ et du Saint-Esprit, consubstantiel au père ou non. Ce dernier réussit à immortaliser son nom dans les livres d’histoire à travers à la fois l’édit de Milan et le Concile de Nicée, faisant naitre « une monarchie nouvelle et chrétienne dans un empire païen » comme le l’a formulé Jules Maurice. Le pas entre la politique était très mince voire inexistant car les évêques dirigeaient leurs églises et étaient eux-mêmes dirigés par l’empereur. Le peuple était ainsi soigneusement contrôlé. Constantin le rappelait d’ailleurs aux évêques lorsqu’il leur rendait l’hommage dicté suivant : 

«Vous êtes évêques pour les choses intérieures de l’Église; moi, pour les choses du dehors.»

Le concile de Nicée
Empereur Licinius
Empereur Licinius

Après la victoire de Constantin sur Licinius en 324, éclata la querelle dogmatique entre évêques, entre Églises, puis gagna les populations chrétiennes, les scindant en 2 camps. Les divergences allaient jusqu’au calendrier des célébrations religieuses. Dans une même église, un groupe de fidèle célébrait les joies pascales tandis que l’autre observait encore le jeûne. Comme on le sait, l’histoire est écrite par les vainqueurs et celle du concile de Nicée n’échappera pas à cette règle.

En effet, la position des ariens qui est que Jésus-Christ, le Fils, n’existait pas avant d’être engendré. Il planait sur les courants opposés à la divinité de Jésus-Christ, l’exil, l’excommunication, la soumission à la pénitence publique. L’unité va donc être imposée par la violence. Le pape Libère est d’ailleurs le seul pape du 4e siècle dans la gallérie des bustes pontificaux érigés à la basilique Saint Pierre de Rome sous Nicholas 3 à être dépourvu d’auréole sur le buste.

Pour combattre le point de vue arien, le concile avait pour stratégie de s’appuyer sur les textes bibliques en affirmant que le Verbe vient de Dieu. Les Ariens, ainsi, soutenaient à l’aide des écrits de Saint Paul (1 Cor. Chap. 8:6 et 2 Cor. Chap. 5:17-18) que nous aussi venons de Dieu et que tout vient de Dieu. Le concile eut recours à des arguments non bibliques pour justifier le Fils de Dieu, lui, venait de Dieu autrement que nous vu qu’il est tiré de la substance du père. Pour les ariens le fils n’était pas consubstantiel au père mais seulement semblable en substance. Le père était sans commencement et sans génération mais le fils, lui, n’était que sans commencement car généré par le père. 2 Évêques, Second de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique, étaient sortis du concile condamnés à l’exil tout comme Arius, suivis 3 mois plus tard par Eusèbe de Nicomédie. Arius quant à lui s’était vu réserver un sort bien plus grave. L’empereur Constantin 1er, évêque de dehors comme il se nommait lui-même, avait, rédigé la lettre de condamnation d’Arius et ordonné la destruction de tous ses écrits. Il avait pesé de tout son poids dans les débats en partant de la convocation de toutes les parties jusqu’à l’exécution des décrets du concile de Nicée. Ce qui est initialement une affaire ecclésiastique se termine en affaire juridique avec la bénédiction du pape Sylvestre comme il le fit 11 ans plus tôt pour le concile D’Arles sur la question des Donatistes dont nous avons parlé plus haut.

Socrate, déclare d’ailleurs que le malaise qui plane sur les décisions du concile 5 années après sa conclusion lui donne l’impression d’un combat livré dans la nuit. Un constat qui en dit long sur la régularité et la transparence des débats. La quasi-unanimité des pères sur la question à l’ordre du jour soulevait l’influence redoutable de l’empereur. Cependant, dans les coulisses, le débat continue de faire rage. En témoigne, cet extrait de la lettre écrite par Eusèbe de Nicomédie à Paulin futur évêque de Tyr et qui renferme exactement tout le fond de l’arianisme :

« …Car jamais nous n’avons entendu parler de deux inengendrés, ni d’un seul partagé en deux ou éprouvant quelque accident corporel; non, Maître; mais d’un seul inengendré, et puis d’un autre engendré par lui réellement, non de son essence, mais complètement étranger à toute participation de la nature inengendrée, étranger à son essence, tout autre par nature et puissance, fait à l’exacte ressemblance de la disposition et de la puissance de son auteur; dont le commencement n’est pas seulement inénarrable en paroles, mais incompréhensible à la pensée soit des hommes, soit même des êtres supérieurs aux hommes, selon notre foi.

Nous parlons ainsi, non pas en vertu d’un raisonnement personnel, mais de par l’enseignement de l’Écriture. Nous avons appris d’elle qu’il est créé, fondé, fait par essence, par sa nature inaltérable et ineffable, à la ressemblance de son auteur ; selon la parole du Seigneur lui-même :

Dieu m’a créé principe de ses voies… avant les siècles il m’a fondé,… avant toutes les collines, il m’engendre {Prov. : 8: 22, 23, 25). S’il procédait de lui, hors de lui, comme une partie où par écoulement’ de son essence, an ne dirait plus qu’il est créé ou fondé : vous-même l’entendez, Maître.

Car ce qui procède de l’inengendré, ne saurait être créé ni par un autre ni par lui-même, ni fondé, étant dès l’origine inengendré. Si le mot engendré suggère qu’il est fait de l’essence paternelle et tient de lui l’identité, de nature, nous savons que ce n’est pas le seul exemple de génération dans l’Écriture : on en rencontre beaucoup d’autres, pour des êtres tout dissemblables par nature.

Ainsi Dieu dit-il des hommes : « J’ai engendré et exalté des fils et ils m’ont méprisé » (Is., 1:2). Et encore : « Tu as abandonné Dieu qui t’a engendré » (Deu., 32:18). Et pour d’autres êtres : «Qui engendra les gouttes de rosée?» (Job, 38: 28). »

Dans une autre lettre à Eupharion de Balanées, Eusèbe de Nicomédie ajoutait ce qui suit :

« Nous ne disons pas que le Fils existe avec le Père, mais que le Père préexiste au Fils. Et le Fils de Dieu en personne, qui le sait mieux que tout autre, qui a conscience d’être distinct du Père et moindre et inférieur, nous l’enseigne en toute piété, quand il ditMon Père, qui m’a envoyé ; est plus grand que moi. D’autant que le Fils même est Dieu, mais non pas vrai Dieu. »

L’ironie du sort est que l’empereur Constantin convaincu par sa sœur va finir par réintégrer les Ariens Eusèbe et Arius qui ont combattu ses conclusions du concile de Nicée, le décret de foi. Il mourut en 337 livré aux ariens puisqu’il confia dans son testament la charge à Eutocios, un autre arien, l’exécution de ses dernières volontés y compris le partage de son empire entre ses 3 fils.

Malgré les nombreuses luttes incessantes menées entre Ariens et Nicéens, le dogme de Nicée a trouvé sa définition définitive dans le symbole de la foi désigné dans le langage courant comme « Symbole de Nicée » ou de nos jours comme « Credo de Nicée » avec la mort, en 378, de l’empereur Valens d’Orient, dernier défenseur officiel de l’arianisme. Cette expression a plus exactement été scellée au concile Œcuménique de Constantinople en 381 organisé en toute sobriété par l’empereur Théodose. À l’ordre du jour cette fois, l’arianisme et la divinité du Saint-Esprit. En ce qui concerne le Saint-Esprit, si le Fils a eu bien de mal à se voir reconnaitre la consubstantialité au Père, il ne lui sera pas fait exception. Logiquement, les Ariens n’admettent pas davantage que l’Esprit-Saint partage cette nature divine. Ainsi, par opposition, ils quittèrent, au nombre de 36, la séance du concile et la communion de l’Église catholique.

Le champ était donc libre pour opérer l’amendement du symbole primitif de Nicée plus couramment connu comme étant le symbole de Nicée ou Credo de Nicée dont voici un extrait : «Je crois au Saint-Esprit, Seigneur vivifiant qui procède du Père, qui, avec le Père et le Fils, reçoit une même adoration et un même hommage, qui a parlé par les prophètes.»

Ce symbole a progressivement pris place dans la liturgie de l’Église catholique, par le chant solennel du Credo, que chantent à la messe les fidèles chrétiens, faisant ainsi écho aux conciles de Nicée en 325 et de Constantinople en 381. Ce Credo est appelé communément le je crois en Dieu. La version à l’issue du concile de Constatinople disait laissait entendre ceci:

Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre de l’univers visible et invisible. 

Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par Lui tout a été fait.

Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.

Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et Il monta au ciel ; Il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin.

Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; Il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire ; Il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen.

Désormais, nous savons comment Jesus-Christ et le Saint-Esprit sont devenus Dieu. Ils le sont devenus par le truchement d’êtres pensant comme nous. ils le sont devenus par le muselage d’une opinion qui contestait la version officialisée par l’empereur. Une version contestée et contestable. Nous n’avons donc plus aucune excuse pour continuer de croire qu’un individu comme nous est Dieu. Car comme Arius l’a montré, nous sommes aussi des créatures de Dieu et à ce seul titre nous pouvons nous aussi prétendre à la divinité sans laisser personne nous dicter son point de vue.

 

Bibliographie:

1.     Eusèbe De Césarée, Histoire de la vie de l’empereur Constantin, éditions de 1686

2.     A d’Alès , Le dogme de Nicée , édition 1926

3.    Lebreton. Histoire du dogme de la Trinité des origines au Concile de Nicée – Tome 1 et 2-  1910

4.   E. Revillout. Le concile de Nicée d’après les textes coptes et les diverses collections – 1881

5.     Angot Sindic. La Discipline de l’eglise; tirée du Nouveau Testament, et de quelques anciens conciles. Tome premier second Tome second. Contenant le progrés de la discipline de l’Eglise, recueillie des canons, du Concile de Nicée. Jean Certe. 1689

6.  Jules Maurice. Constantin le Grand ; origine de la civilisation chrétienne. Paris, Editions Spes, 1925, 308

7.     Msr Batiffol. Le Siège Apostolique, pp. 125-126, Paris, 1924.

8.     Gervais Dumeige. Histoire des conciles œcuméniques.Paris, Éditions de l’Orante, 1962- Volume 1

9.     La Bible

Par Lisapo Ya Kama

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