L’art de la guerre en Afrique

Après la chute des empires de la vallée du Nil, le processus de formation des royaumes et empires d’Afrique subsaharienne a commencé. Chaque peuple selon la norme de l’évolution historique a essayé de se procurer par la force le plus de terres possibles. Si les rois et empereurs africains n’allaient pas au combat avec la fleur au fusil, on peut néanmoins dégager des particularités pour l’art et la psychologie de la guerre en Afrique noire.

Sonni Ali Ber, founder of the Songhay empire, who wages many wars
Sonni Ali Ber, fondateur de l’empire Songhaï, il mena de nombreuses guerres de conquête; Illustration d’Anheuser Busch

On ne retrouve pas de traces de guerre se soldant par des millions de morts en Afrique comme en Europe. Seules les guerres de Shaka (zulu) kaSenzangakhona et de Samory Touré se sont soldés par des carnages, faisant des dizaines de milliers de morts militaires et civiles. Mais ces bilans qui demeurent une exception de l’histoire africaine, ont été des lieux communs dans l’histoire européenne. De manière générale, la particularité des guerres intra-africaines avant l’introduction des traites négrières européenne et arabo-musulmane, en particulier leur violence bien moindre que celle du bassin culturel occidental par exemple, tient globalement à trois facteurs : la Maât, l’absence d’armes de destruction massive (armes à feu) et l’abondance matérielle.

La Maât

Shaka kaSenzangakhona Source : Wikipedia
Shaka kaSenzangakhona
Source : Wikipedia

La vie étant sacrée pour les Kamites (Noirs), les guerres pour les peuples d’Afrique australe devaient faire couler le moins de sang possible. Jean Philippe Omotunde nous dit que la guerre dans cette partie de Kamita (l’Afrique) se résumait à un concours de lances. Les deux camps se tenaient loin les uns des autres et celui qui enfonçait sa lance le plus loin dans le territoire de l’autre était vainqueur. La guerre devait durer au trop quelques jours et faire couler le moins de sang possible.

Les accords par mariages inter-clans par exemple étaient privilégiés. La Maât (perception philosophique kamite) a pesé pleinement dans le caractère non violent des conflits, en Afrique australe tout du moins. C’est au temps du célèbre Shaka kaSenzangakhona Zulu que les méthodes changeront et que des guerres véritablement meurtrières se feront en Afrique australe. De ce point de vue, Shaka Zulu avec sa plûme de la Maât pourtant sur la tête, est une anomalie en quelque sorte de l’histoire africaine.

De manière générale, l’objectif d’une conquête d’un territoire était de soumettre ce territoire à l’autorité du conquérant. Le chef de guerre qui venait s’emparer d’une terre voulait que les autorités de celle-ci reconnaissent son pouvoir suprême et lui verse un impôt régulier en signe de soumission. Il arrivait très souvent comme le dit Cheikh Anta Diop que le souverain vainqueur confirme à son poste le souverain vaincu. Une telle méthode de faire on le voit limitait l’intensité d’une résistance jusqu’au boutiste et était moins propice à une escalade dans la violence. C’est dans ce sens que Soni Ali Ber, le fondateur de l’empire Songhaï, assiégea pendant 4 ou 7 années la ville de Djenné pour obliger les autorités à reconnaître son pouvoir. Quand les souverains eurent cédé sous la pression de la famine, Soni Ali confirma le roi de Djenné à son poste et retourna dans sa capitale.

Warrior in the Great Lakes
Guerrier des grands Lacs

Cette recherche de compromis a bien entendu connu des exceptions en Afrique de l’ouest. Soundjata Keita, fondateur de l’empire de Mali, a fait raser pendant la guerre l’ancienne capitale de l’empire de Wagadou (Ghana) mais a fait reconstruire sa région presqu’aussi vite. Celle-ci a vite retrouvé prospérité et sa population s’est de nouveau accru. Ce point est à souligner, car de la même façon que Ramessou Maryimana (Ramsès II) a conquis la Nubie pour s’y distinguer par une gigantesque œuvre architecturale, Soundjata a conquis Wagadou mais l’a rebâti au profit aussi de sa population autochtone qui était désormais sous son administration.

L’objectif de la guerre en Afrique semble ne jamais avoir été l’extermination des autochtones. Le peuple attaqué devait donc faire allégeance au nouveau maître pour continuer à vivre comme avant. La logique de l’anéantissement comme pour les européens n’existait vraisemblablement pas.  

Alors que l’Europe du 14e au 20e siècle a connu pratiquement sans arrêt des guerres à l’échelle continentale avec des millions de morts à la clé, culminant jusqu’à la deuxième guerre mondiale – ceci sans attaques extérieures – les africains quant à eux vivaient globalement dans la plus grande sécurité, condition indispensable à l’essor économique phénoménal qu’a expérimenté le continent pendant 1200 ans. L’empire de Mali a connu ainsi 170 ans de paix en menant 4 guerres de conquête d’un an maximum et une de quatre ans, là où la France et L’Angleterre et la France et l’Allemagne n’ont jamais cessé de s’écharper à coup de millions de morts. Le voyageur arabe Ibn Batouta reconnaîtra ainsi aux pays nègres leur exceptionnelle sécurité.

The Mogho Naba, king of the Mossis, at the head of cavalry
Le Mogho Naba, roi des Mossis, à la tête de sa cavalerie

L’absence d’armes de destruction massive

L’absence d’armes à feu favorisait également la survenue de guerres bien moins meurtrières qu’en Europe ou en Orient. L’arme la plus redoutable des armées noires étaient les flèches empoisonnées. Les Kamites entre eux n’ont jamais éprouvé l’obsession de rechercher à fabriquer les armes les plus destructrices possibles. L’absence d’armes à feu a limité considérablement le bilan meurtrier des guerres intra-africaines.   

L’abondance matérielle

Enfin il faut dire que la richesse inouïe, légendaire, à peine imaginable aujourd’hui de l’Afrique noire, a considérablement limité les ardeurs à la guerre. Un des principal objectif d’une guerre de conquête est la recherche de ressources naturelles dont on est soit même dénué. Il semble que l’abondance matérielle dont a jouit le continent avant son holocauste ait constitué un frein à la volonté de destruction d’autrui. Lorsque la sécheresse s’est installée dans la ville de grand Zimbabwe, le souverain est allé conquérir les territoires alentours, c’est ce qui a créé l’empire du Mwene Mutapa (Monomotapa). Dans ce climat d’abondance matérielle, c’est donc par nécessité absolue que se faisait la guerre. 

Per aa (Pharaoh) at the head of his army
Per aa (Pharaon) à la tête de son armée

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama  © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

    • Afrique noire, démographie, sol et histoire ; Louise Marie Diop-Maes.
  • La traite négrière européenne : vérité et mensonges ; Jean Philippe Omotunde.    
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