La Religion des Malgaches

Peuplée depuis l’Afrique continentale et l’Indonésie-Malaisie, Madagascar possède une spiritualité qui est commune à toute la grande île. Et comme on le verra, elle obéit aux fondements de la Religion Africaine.

Madagascar
Madagascar

Les Malgaches savent qu’il existe un Dieu unique, dont le nom est Zanahary ou Andriamanitra. Zanahary est le Créateur de toutes choses, l’Ancêtre fondateur et primordial des Malgaches. De la même façon, Imana (Amon) était l’Ancêtre primordial des égyptiens et des nubiens, Nyame est l’Ancêtre primordial des Akan du Ghana et de Côte d’Ivoire etc… Zanahary est source de vie, il est principe de vie, il est en haut et en bas de l’univers, il est aux quatre points cardinaux. En une phrase donc Zanahary est partout.

Ceci signifie que son énergie est dans toute chose vivante. En Afrique, Dieu est l’Energie à l’origine de la Création du monde. Cette Energie dotée d’une conscience est Unique et en même temps Multiple car elle est répartie dans tous les éléments de la Création. Toute chose qui vit est animée par la force vitale/énergie de Zanahary. C’est pourquoi absolument partout en Afrique, l’Ancêtre primordial est perçu à travers les plantes, les animaux, les astres, les hommes.

Zanahary pour les Malgaches est inaccessible, tout comme Mawu est inaccessible dans le Vodoun et Naba Kidivende est beaucoup trop éloigné chez les Mossi du Burkina Faso. L’Energie étant abstraite, elle n’a pas de forme ou d’apparence connue. Dieu est donc en Afrique caché, inaccessible, inaudible, insondable, inconnaissable, mystérieux. C’est pourquoi les égyptiens anciens disaient de Dieu qu’il est caché et « multiple de formes ». La révélation n’existe pas en Afrique. C’est à partir de la science que Dieu a été découvert.

Parties féminine et masculine de Dieu, Egypte antique Sculpture conservée au musée du Louvre
Parties féminine et masculine de Dieu, Egypte antique

Sculpture conservée au musée du Louvre

D’après le philosophe Eugène Regis Mangazala « toutes les richesses de l’homme (lehilahy) et toutes les valeurs de la femme (vehyvahy), se trouvent à la fois condensé à l’état de perfection et de plénitude en Zanahary.  La divinité passe à la fois pour géniteur et genitrice, pour père et mère ».  Dieu pour les Malgaches est donc androgyne, tout comme Amma (Dieu) est mâle et femelle pour les Dogons du Mali. La forme féminine de Dieu en Egypte s’appelait Mout/Aminata. L’activité sexuelle chez les malgaches est donc considéré comme sacré et regardé sans complexe, car il s’agit d’une union des principes mâle et femelle de l’Ancêtre primordial.

C’est pourquoi partout dans l’Afrique traditionnelle, la sexualité a toujours été vue comme un phénomène naturel. On a des représentations d’Ousiré (Osiris) en érection, de Papa Legba (vodoun de la fertilité) en érection, ainsi que des sculptures Yoruba du Nigéria qui montrent explicitement les prémices de l’acte sexuel. A la suite de Zanahary est apparu le couple cosmique ciel-terre. Dans la spiritualité égyptienne, le couple ciel-terre (Nout-Geb) représente le deuxième couple issu du créateur, après l’air et l’eau.

Zanahary étant trop éloigné, ce sont les Razana, c’est-à-dire les ancêtres morts, qui servent d’intermédiaires entre les hommes et Zanahary. Ce principe spirituel se retrouve partout en Afrique. La raison étant que l’homme vivant étant animé d’énergie, lorsqu’il meurt il y a séparation entre le matériel (chair/os) et l’énergie. L’énergie lui survit et il devient par conséquent divin. La mort est donc vue pour les malgaches comme le passage à l’état divin, la traversée vers le pays de l’invisible, appelé Budtenga chez les Mossi.

Cérémonie aux morts
Cérémonie aux morts

C’est pourquoi les Muzimu (ancêtres) servent également d’intermédiaires entre Mwari (Dieu) et les hommes chez les Shona du Zimbabwe. Les morts par ailleurs arrivent dans le pays de l’invisible pour continuer à y vivre comme ils le faisaient dans le monde visible. C’est pourquoi à Madagascar ils sont enterrés avec des objets tels que des vêtements, des chaussures, une radio, tout comme les pharaons étaient mis dans des tombes avec des trônes, des chars etc…

Après un certain temps, pour lui rendre hommage, on déterre le mort au cours de funérailles très coûteuses comme le font les Bamilékés du Cameroun. La dépouille est balancée dans tous les sens comme cela se fait chez les Baoulé de Côte d’Ivoire et leurs descendants Boni de Guyane. La même pratique existait il y a quelques décennies au Sénégal et existait en Egypte antique. La raison étant que le mort choisi s’il avance et de quel côté il veut aller. Les défunts restent également des membres actifs de la famille tout comme au Togo où quand on veut verser de l’eau dans une cour on leur demande de reculer en disant « Ago’o ».

Les Malgaches font des offrandes aux ancêtres en versant de l’alcool par terre pour qu’il atteigne l’endroit où ils sont enterrés. C’est ce qu’on appelle la libation. La libation se fait partout en Afrique et est datée depuis l’antiquité égyptienne. On entre également en communication avec les ancêtres à travers les Mpimasy, qui sont des grands prêtres. Le Mpimasy invoque les énergies et un d’eux prend possession de son corps. L’énergie ancestrale  à travers le corps du Mpimasy peut ainsi se retrouver en train de parler une langue inconnue du grand prêtre et demander à boire de grandes quantités d’alcool qui laisseront le Mpimasy sobre quand l’esprit l’aura quitté.

Le Mpimasy est également un médecin qui invoque les énergies pour savoir quelle plante médicinale utiliser et comment, tout comme le Sangoma chez les Zulu d’Afrique du Sud ou le N’anga chez les Shona le font. Cette connaissance de l’Energie initiale et de sa réparation permet à l’initié de saisir plusieurs sciences en même temps, car tout découle d’Un, tout est lié. C’est pourquoi les grands prêtres initiés en Afrique sont des savants multidisciplinaires. C’est pourquoi le premier ministre égyptien Imhotep, prêtre, astronome, physicien, médecin, architecte, mathématicien, fut le plus grand savant africain de tous les temps

Maât
Maât

Enfin la Maât, l’ensemble des lois qui ont permis à la création de survenir et qui doivent être appliquées à une population s’appelle Fokonolona ou Fokonolo à Madagascar. Le Fokonolona est le clan, le groupe, le tout, la communauté sur laquelle repose cet ordre. La même définition est utilisée chez les Bassa du Cameroun où on parle de Mbog.

En résumé, que ce soit dans la conceptualisation de l’Ancêtre primordial, dans la perception de la mort et la vénération des ancêtres, bref dans tout ce qui caractérise la spiritualité noire, Madagascar appartient très clairement à l’Afrique. Pour en savoir plus sur la Religion Africaine dans son entièreté, cliquez ici. 

Hotep.

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)                    

Notes :         

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