La Nubie, héritage commun de l’Afrique noire

La Nubie est une vaste région d’Afrique traversée par le Nil, le plus long fleuve d’Afrique. C’est aussi la plus vaste région de la vallée du Nil.  L’information officielle présente  au grand public cette région que les anciens égyptiens appelaient Ta  Seti ( c’est-à-dire la terre des archers) comme assez mal connue, a certaines époques, ou comme un territoire vassal de l’Égypte ou sous tutelle Egyptienne, ou encore un territoire et un peuple qui serait différent ou opposé au territoire et au peuple égyptien, ou encore la terre des « pharaons noirs » ou le territoire d’origine des pharaons de la 25 eme dynastie pharaonique, etc…Il est évident que ce type d’information officielle, n’est pas toujours de nature à satisfaire la curiosité des personnes qui s’intéressent à cette région de la vallée du Nil.  Ce type d’information montre cependant que la Nubie a une histoire. Alors s’il est possible de reconstituer l’histoire nubienne, pourquoi  l’histoire nubienne n’est pas assez mise en valeur  au même titre que  celle de l’Égypte? Pourquoi la plupart des personnes qui s’intéressent à l’histoire de la civilisation pharaonique ne possèdent pas assez d’informations ou d’éléments d’appréciation sur la Nubie?

Cheikh Anta Diop nous donne des éléments de réponse à ces interrogations légitimes.  Il nous dit dans son livre Nations Nègres et Culture, page 62, que : « En 1799, Bonaparte entreprend la campagne d’Egypte. Les hiéroglyphes sont déchiffrés en 1822 par Champollion-le-Jeune, qui mourut en 1832, laissant comme « carte de visite » une grammaire égyptienne et une série de lettres adressées à son frère Champollion-Figeac pendant son voyage en Egypte(1828-1829).Ces lettres furent publiées en 1833 par Champollion-Figeac. Désormais le mur hiéroglyphique s’écroule, dévoilant jusque dans ses moindres détails, des richesses surprenantes. Les égyptologues furent pétrifiés d’admiration devant le passé de grandeur et de perfection qu’ils découvrirent alors et que,  peu à peu,  ils reconnaissent comme étant celui de la plus ancienne civilisation qui a engendré toutes les autres. L’impérialisme aidant, il devenait de plus en plus « inadmissible » de continuer à accepter la thèse jusqu’alors évidente d’une Egypte Nègre. La naissance de l’Egyptologie sera donc caractérisée par la nécessité de détruire à tout prix et dans tous les esprits le souvenir d’une Egypte nègre, de la façon la plus complète. Désormais, le dénominateur commun de toutes les thèses des égyptologues, leur parenté intime, leur affinité profonde se résumeront à une tentative de désespérée de réfuter la thèse d’une Égypte nègre. Presque tous les égyptologues posent à priori, la fausseté de la thèse de l’Egypte nègre. »

Cheikh Anta Diop

Cette citation du savant  Cheikh Anta Diop  nous ramène au 19eme siècle, a une période ou l’impérialisme occidental était en train de réduire les africains à l’esclavage. A cette époque l’occident qui avait déjà inventé son mythe de la supériorité de l’homme blanc et de sa civilisation sur les autres peuples (africains, etc…)  et qui y croyait dur comme fer, découvre sur le continent africain (ici dans la vallée du Nil)  que l’Afrique (taxée idéologiquement de continent de  sauvages, sans histoire et sans civilisation par l’occident) est en fait le berceau de l’humanité et de la plus grande civilisation de tous les temps. Cela a constitué un choc et un blocage pour les occidentaux au vu de l’éducation sur la supériorité de l’homme blanc qui était véhiculée à l’époque chez eux. Ne pouvant pas inverser ou changer les faits historiques, ils se sont donc mis à falsifier les faits pour des raisons idéologiques. L’égyptologie a donc été créée originellement à ses débuts, par l’occident pour séparer dans les esprits des profanes, la civilisation pharaonique du monde africain. Or l’appartenance de l’Égypte ancienne au monde africain est attestée par tous les documents historiques authentiques que les égyptologues connaissent bien et a même été confirmée encore scientifiquement lors du colloque international d’Egyptologie organisé par L’UNESCO qui a rassemblé les savants et égyptologues du monde entier au Caire (Égypte actuelle) en 1974. Séparer l’Egypte du monde africain, c’est une falsification.

Et jusqu’à aujourd’hui malgré l’avancée de la science qui confirme l’africanité de l’Egypte ancienne, cette tentative désespérée d’enlever a l’Égypte ancienne son africanité se poursuit.

Puisque l’égyptologie fut créée dans le but secret de séparer l’Egypte de son monde (le monde africain), on comprend mieux toutes les théories fumeuses et toutes les falsifications véhiculées au sujet de l’origine des anciens égyptiens depuis la naissance de l’égyptologie  jusqu’à nos jours.

Cela permet de comprendre aussi  pourquoi l’égyptologie  met tant de moyens, pour étudier uniquement et uniquement l’Égypte seule. Ainsi beaucoup de moyens et de documents sur l’Egypte sont étudiés, publiés et divulgués, entretenus, etc…, pendant que la Nubie (avec toute son histoire, sa richesse culturelle, ses pyramides et ses temples) est minimisée, écartée, délaissée, et n’est pas assez étudiée comme il faut. Voilà pourquoi il n’existe que des égyptologues et pas de «nubiologues» ou de «soudanologues» (spécialistes de la Nubie et du Soudan) par exemple. Et même lorsqu’il s’avère que des égyptologues ou des savants s’aventurent à étudier la Nubie, leurs travaux ne sont pas assez mis en valeur, étouffés, ou occultés par les cercles égyptologiques.

Les égyptologues dans leur majorité, savent donc la vérité, mais préfèrent la nier. Ainsi dans leurs « études égyptologiques » beaucoup d’entre eux rejettent tout ce qui est africain, c’est pourquoi ils refusent d’étudier sérieusement les pistes qui mènent vers l’Afrique (comme la Nubie par exemple).

L’Egyptologie à donc à l’origine pour objet l’étude de l’Égypte et la séparation de cette Egypte du monde africain (d’où les multiples falsifications), voire même la disparition de la Nubie. En effet, ne pas parler de la Nubie, comme le fait l’égyptologie c’est une façon de faire disparaitre cette Nubie dans les esprits, en faisant comme si elle n’existait pas. Si donc le public profane n’a pas suffisamment d’informations sur la Nubie,  ce n’est pas en raison des faux prétextes qu’il est coutume d’entendre dans  les discours officiels. C’est parce que cette Nubie n’est pas assez étudiée ou mise en valeur, car elle constitue  un territoire qui s’enfonce dans le continent africain. Ce sont donc les africains eux-mêmes qui doivent étudier en profondeur la Nubie, puisque les autres le font peu ou pas assez, ou ne le font même pas pour les raisons que nous savons désormais. Il nous parait donc logique de penser alors qu’un africain qui étudie la civilisation pharaonique en la reliant à son cadre véritable, c’est-à-dire son cadre africain, dans le sillage de Cheikh Anta Diop, ne devrait plus être appelé égyptologue. En effet l’africain qui relie l’Égypte au monde noir, chose que refuse de faire l’Egyptologie, devrait peut-être être  appelé un Kamitologue (spécialiste du monde africain) par exemple, car en reliant l’Égypte au continent africain, il se met quelque sorte dans une forme de dissidence par rapport aux courants égyptologiques officiels.  Sans plus attendre essayons de nous plonger dans l’histoire de la Nubie, région occultée, mais qui a tant donné au continent africain et au monde tout entier.

La Nubie, fille de la région des grands lacs et ancêtre lointain des civilisations noires

Les multiples sites Nubiens découverts par l’archéologie montrent que la Nubie ancienne s’étendait sur un territoire immense comprenant globalement tout l’actuel Soudan (Nord-Sud), le sud de l’Egypte actuelle, ainsi que l’Ethiopie actuelle.  Ainsi la Nubie ancienne de par sa position géographique,  possédait une façade maritime,  et des ouvertures vers toutes les directions du continent africain, ce qui fait que la Nubie ancienne ne fut pas qu’un couloir se développant autour du Nil, mais un véritable espace stratégique et un point de rencontre des peuples africains durant la préhistoire.

La Nubie de par sa position géographique, est reliée à l’Egypte, mais aussi à la région des grands lacs africains et à l’Afrique australe et centrale, lieux des premières expériences civilisationnelles de l’homme moderne apparu en Afrique il y a 300000 ans. C’est de ces régions (grands lacs, etc…) que sont parties les premières populations qui ont peuplé et civilisé la Nubie durant la préhistoire.

Dans un article scientifique intitulé : des grands Lacs au Fayoum, l’Odyssée des pécheurs, paru dans la revue d’égyptologie africaine Ankh, l’égyptologue africain Babacar Sall démontre  que les toutes premières populations noires qui ont commencé à civiliser la Nubie (et qui ont fini en Egypte plus tard) étaient d’abord des populations de pécheurs venues de la région des grands Lacs africains et des régions avoisinantes qui ont progressivement descendu le Nil. Ces populations, avaient une vie marquée par  l’eau (rites liés à l’eau, fleuves sacrés, pêche, navigation, construction de bateaux et de barques, etc…). Ces populations de pécheurs ont été progressivement rejointes dans la vallée du Nil par des populations de chasseurs, cueilleurs et surtout d’éleveurs. C’est la fusion de toutes ces cultures dans la vallée du Nil à l’époque préhistorique qui ont permis à la civilisation nubienne de se constituer durant la préhistoire. C’est de cette Nubie, point de rencontre des populations africaines durant la préhistoire, que vont partir les populations noires (ex : les Anous) qui vont civiliser les diverses régions du monde (la Palestine, la Mésopotamie, l’Arabie ou encore l’Inde, etc…). C’est aussi de cette région que partiront ceux qui  seront appelés plus tard les anciens égyptiens.

Tera Ntjer, chef de la tribu des Anou venue de l’intérieur de l’Afrique et qui aux temps premiers fonda la civilisation égyptienne
Source : Nations Nègres et Culture, Cheikh Anta Diop, page 73

La Nubie, mère de l’Egypte

Dans notre article sur l’âge de la civilisation égyptienne, nous avions déjà expliqué que les égyptiens eux-mêmes à travers des documents comme le papyrus royal de Turin situent les débuts de leur civilisation dans un espace de temps pouvant aller jusqu’à environ 40000 ans avant l’ère actuelle. A cette date, on est clairement en pleine préhistoire, plus précisément au paléolithique supérieur. Ceci permet de mieux comprendre les propos de Diodore de Sicile dans son  Histoire Universelle Livre III,3 lorsqu’il nous dit que : « Les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de leurs colonies, qui fut conduite en Egypte par Osiris ; et ils ajoutent que ce pays n’était, au commencement du monde, qu’une mer ; mais qu’ensuite le Nil, charriant dans ses crues le limon emporté de l’Ethiopie, l’avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent(…). »

Il convient de rappeler que le  terme «éthiopien» vient de la langue grecque et  signifie à l’origine « visage brulé » (donc visage noir) en grec. En parlant d’éthiopiens, les grecs ne parlaient pas des habitants de l’actuelle Ethiopie (qui n’existait pas à cette époque), mais désignaient d’une manière générale les populations  à l’intérieur du continent africain, à commencer par les populations de Nubie, car les grecs, en visitant l’Egypte, sont même  arrivés jusqu’en Nubie.

L’historien grec Diodore de Sicile nous dit donc ici que ceux qu’on appelle les égyptiens sont en fait des groupes de nubiens qui se sont installés quand c’était possible, à l’extrême nord de la vallée du Nil (l’Egypte et le delta du Nil), qui n’existait pas des millénaires durant car cet extrême nord du Nil était d’abord couvert par la mer (aujourd’hui la mer méditerranée) avant de devenir au fil des millénaires, une terre habitable suite à l’action du Nil et au recul de la mer (la méditerranée actuelle).  Les informations données ici par Diodore de Sicile sont très importantes car elles révèlent aussi que les nubiens (que les grecs avaient vu) détenaient des informations montrant que leurs ancêtres habitaient la vallée du Nil depuis la préhistoire. On le voit bien quand Diodore de Sicile dit que les nubiens (qu’il appelle ici les éthiopiens) lui ont expliqué que l’Egypte « n’était, au commencement du monde, qu’une mer ; mais qu’ensuite le Nil, charriant dans ses crues le limon emporté de l’Ethiopie, l’avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent(…). Comme on le sait tous, de telles mutations comme celles décrites ici par Diodore de Sicile (apparition de nouvelles terres suite au recul de la mer) mettent souvent des millénaires à se mettre en place. Pour observer de tels phénomènes dans la vallée  du Nil, il fallait être présent dans la cette vallée depuis très longtemps. Si donc les nubiens ont pu transmettre de telles informations sur l’action du Nil à Diodore de Sicile, c’est parce que leurs ancêtres qui leur avaient légué ces informations de générations en générations habitaient déjà la vallée du Nil depuis très longtemps durant la préhistoire. Quand donc les égyptiens fixent les points de départ de leur histoire à environ 40000 ans, ça signifie donc que leur histoire commence en Nubie, car la Nubie existait déjà en ces temps-là.

Cette vérité on l’entrevoit à plusieurs reprises dans les textes pharaoniques car les égyptiens  n’ont jamais caché le fait qu’ils étaient d’origine nubienne. Voilà pourquoi Cheikh Anta Diop nous dit dans son livre Nations Nègres et Cultures, page 227, que : « Les Egyptiens eux-mêmes, si on leur accorde qu’ils étaient mieux placés que quiconque pour parler de leurs origines, reconnaissaient sans ambiguïté que leurs ancêtres venaient de Nubie et du cœur de l’Afrique ».

 

Puisque les égyptiens sont en fait des groupes de nubiens qui ont achevé de peupler le nord de la vallée du Nil (Egypte et Delta), on comprend donc pourquoi Diodore de Sicile dit ce qui suit dans son  Histoire Universelle Livre III,3:« Ils(les éthiopiens) disent, en outre, que la plupart des coutumes égyptiennes sont d’origine éthiopienne, en tant que les colonies conservent les traditions de la métropole ; que le respect pour les rois, considérés comme des dieux, le rite des funérailles et beaucoup d’autres usages, sont des institutions éthiopiennes ; enfin, que les types de la sculpture et les caractères de l’écriture sont également empruntés aux Ethiopiens. Les Egyptiens ont en effet deux sortes d’écritures particulières, l’une, appelée vulgaire, qui est apprise par tout le monde ; l’autre, appelée sacrée, connue des prêtres seuls, et qui leur est enseignée de père en fils, parmi les choses secrètes. Or, les Ethiopiens font indifféremment usage de l’une et de l’autre écriture. »

 

L’historien grec Diodore de Sicile après nous avoir expliqué l’origine nubienne des égyptiens, nous informe ensuite que l’écriture, la sculpture, et la plupart des coutumes pharaoniques sont donc des coutumes venues de l’intérieur de l’Afrique, et de la  Nubie, et il ne pouvait pas en être autrement. Ainsi tous les processus connus qui ont progressivement permis la naissance de l’Egypte, c’est-à-dire l’affrontement entre Osiris et Seth, la naissance de la royauté pharaonique avec les Shemsou Hor (suivants d’Horus), ou encore le projet d’unification de l’Egypte  ont débuté en Nubie,  sous la direction de pharaons qui ont précédé le pharaon Naré Mari (Narmer),  qui  a achevé l’unification et qui a régné le premier sur l’Egypte unifiée.

Le Pharaon scorpion, un de ces pharaons qui ont précédé Naré Mari (Narmer). Il s’agit la de la plus ancienne représentation connue d’un pharaon a ce jour. Source: Oxford Museum

C’est ce que confirme par exemple l’archéologue américain Bruce WILLIAMS  qui a fait des travaux et des études sur les  objets provenant des fouilles menées en Haute Egypte et au Soudan , et qui écrit dans le Courrier de l’UNESCO (février-mars 1980, pp. 43-44) :

« Grâce au témoignage fourni par le cimetière L, la période qui précède juste la première dynastie devient, pour la première fois, une époque historique. Un fait étonnant se dégage, absolument contraire à toutes les idées antérieures sur la question : pendant neuf générations au moins, de 3500-3400 à 3200-3100 avant J.C., la Nubie du groupe A fut un État unifié, possédant tous les attributs d’une civilisation – un gouvernement, un pharaon, des fonctionnaires, une religion officielle, une écriture et des monumentsun État assez fort pour unir des peuples qui n’étaient pas de même origine. C’est ainsi que les habitants du Ta-Seti, « Le Pays de l’Arc », nom par lequel les anciens Égyptiens désignaient la Nubie, participèrent pleinement et sur un plan d’égalité que personne n’avait jamais soupçonné, à l’irrésistible essor de la civilisation des rives du Nil »

La civilisation pharaonique est donc tout simplement de la civilisation nubienne née durant la préhistoire, qui va évoluer pour devenir civilisation égyptienne dans l’antiquité, en se diffusant dans toute la basse vallée du Nil jusqu’au delta. C’est pourquoi les premiers pharaons égyptiens, sont en réalité des pharaons nubiens. Les nubiens étant donc à la base de la civilisation pharaonique, ça signifie que les nubiens n’ont pas attendu la 25ème dynastie pharaonique pour régner sur le trône de l’Égypte. À travers les informations données par Diodore de Sicile et par Cheikh Anta Diop par exemple, on se rend compte que les nubiens et les égyptiens, loin d’être des personnes différentes, étaient des frères, des populations apparentées et étaient conscients de leurs origines communes.

Naré Mari (Narmer)
Premier unificateur de l’Egypte, premier pharaon de la première dynastie
Tête en calcaire au musée Petrie de Londres

La Civilisation Nubienne

Il n’existe donc aucune différence culturelle, physique et linguistique fondamentale entre les nubiens et les égyptiens, qui constituent en réalité des branches de peuples africains apparentés qui ont peuplé toute la vallée du Nil. Puisque c’est la Nubie qui a transmis la civilisation à l’Égypte, ça signifie que la Nubie possédait les  mêmes cultures et les mêmes civilisations que celle de l’Egypte. Ainsi à partir des connaissances sur l’Egypte, reflet de la civilisation des nubiens, on peut comprendre que la civilisation nubienne était sédentaire et agricole. L’élevage et le pastoralisme étaient aussi pratiqués abondamment.  En Nubie il y avait le matriarcat, la circoncision, le totémisme,   le monothéisme avec le Dieu unique Amon qui se manifeste sous plusieurs formes (Isis, Osiris, Thot, Horus, etc…) exactement comme en Égypte. Même si certains styles sont propres à la  Nubie (ex : Deffufas, Tumulis, etc…)  on y construisait aussi des temples, des pyramides de toutes sortes. Certaines avaient la base carrée, quand d’autres avaient la base ronde. La Nubie, avec au moins 220 pyramides connues, possède d’ailleurs plus de pyramides que l’Égypte, qui n’en possède qu’environ 80 pyramides. En Nubie,  on considérait aussi le Nil comme un fleuve sacré, etc… Est-il nécessaire de mentionner que les Nubiens enterraient leurs morts avec des objets (pour la vie future dans l’au-delà), pratiquaient le culte des ancêtres, possédaient le principe de la royauté sacrée comme l’a déjà expliqué le grec Diodore de Sicile? Tout ceci aide à comprendre pourquoi  dans toute la vallée du Nil (Egypte-Nubie) on retrouve les mêmes systèmes philosophiques, politiques, culturels.

Pyramides de Nouri, au Soudan

 

Quelles furent donc la nature des rapports entre la Nubie et l’Egypte ?

Il est donc fondamentalement impossible de parler de l’Égypte sans parler de la Nubie car ce sont les moyens humains et les potentiels économiques et naturels de la Nubie qui ont permis à l’Égypte de voir le jour.  Parler de la civilisation pharaonique  sans parler de la Nubie, ça n’a aucun sens car l’Egypte et la Nubie sont intimement liés. Cheikh Anta Diop donne des indices de ces liens dans son ouvrage Nations Nègres et Culture page 222 en nous disant par exemple que : « Jusqu’à la fin de l’empire égyptien, les rois de Nubie (Soudan) porteront le même titre que le Pharaon d’Egypte, celui d’Epervier de Nubie(…). » Puisque tous les pharaons d’Egypte ont porté ce titre d’Epervier de Nubie (titre dont l’égyptologie officielle ne parle jamais pour les raisons que nous savons), ça signifie que tous les pharaons d’Egypte reconnaissaient et assumaient leurs origines nubiennes, les liens qui les unissaient à la Nubie et l’origine nubienne de la royauté pharaonique. Le fait que tous les pharaons d’Égypte ont porté dans leur titulature royale le titre d’Epervier de Nubie montre aussi que l’Égypte a toujours considéré en vertu de l’histoire, que la Nubie faisait partie de son territoire. Cela se matérialise par le fait que le premier et le plus ancien des nomes (provinces) de l’Egypte s’appelle Ta Seti. Or Ta Seti est le nom par lequel l’Egypte désignait la Nubie. Par conséquent le pharaon d’Égypte régnait aussi sur une partie de la Nubie, l’autre partie de la Nubie étant les domaines des entités politiques nubiennes comme le royaume de Koush. Plusieurs pharaons égyptiens ont même tenté à plusieurs reprises de repousser le plus loin possible la frontière de l’Égypte en Nubie, ce qui fait que la frontière de l’Egypte vers la Nubie bougeait sans cesse en fonction des décisions des pharaons, et qu’il n’y a jamais eu de véritables frontières géographiques certaines entre l’Égypte la Nubie puisqu’une partie de  Ta Seti (la Nubie) a toujours appartenu à l’Égypte.

Carte de l’Égypte actuelle. Compte tenu de ces informations, il est clair que l’Egypte ancienne avait une plus grande superficie, que l’Egypte actuelle.

Puisque nubiens et égyptiens étaient apparentés en raison de leur origine nubienne commune, ils avaient donc en commun des liens de sang, des alliances, des parentés et des lignages, donc des liens très forts et très importants. Les pharaons d’Egypte, en vertu de ces alliances millénaires ont souvent compté sur la Nubie ou sur des nubiens pour la sécurité  de l’Egypte. C’est pourquoi la plupart des forces de  défense et de sécurité  de l’Egypte (police, armée, gardes, etc…) étaient souvent majoritairement composées de guerriers nubiens. En effet les égyptiens faisaient confiance aux qualités  guerrières des nubiens et n’hésitaient pas à les  appeler en renfort en cas de besoin ou à se réfugier en Nubie si nécessaire.

Armée égyptienne composée de nubiens. Source: Musée de la Nubie à Assouan, Egypte actuelle.

Cheikh Anta Diop dit encore dans son ouvrage Nations Nègres et Culture page 222 : « Ammon, Osiris sont représentés en noir charbon ; Isis, est une déesse noire ; seul un citoyen, un national, c’est-à-dire un  Noir peut avoir le privilège de servir le culte du dieu Min ; la prêtresse d’Amon de Thèbes, le lieu saint par excellence d’Egypte, ne pouvait être qu’une Soudanaise Méroitique (donc une nubienne) : ces faits sont fondamentaux, indestructibles. » Il poursuit toujours dans le même ouvrage, aux pages 226-227 : «Diodore de sicile rapporte que chaque année on sortait la statue d’Ammon Roi de Thèbes, en direction de la Nubie (c’est-à-dire du Soudan) pendant quelques jours ; on la rapportait ensuite (En Egypte) comme pour montrer que le Dieu revenait de Nubie.(…)Hérodote rapporte d’autre part(les prêtres égyptiens le lui ont dit), que parmi les trois cents pharaons égyptiens, de Ménès à la XVII dynastie, dix-huit pharaons et non pas seulement les trois qui correspondent à la « dynastie » éthiopienne , sont d’origine soudanaise.»

Cheikh Anta Diop nous informe ici, que des nubiens a toutes les époques de la civilisation pharaonique occupaient légitimement des postes importants dans l’administration pharaonique (exemple : prêtresse d’Amon de Thèbes, prêtres, etc…). Ça signifie donc que des nubiens (et des familles nubiennes par conséquent) vivaient, allaient et venaient en Egypte, se mariaient a des égyptiens à toutes les époques de l’histoire pharaonique et inversement. On apprend aussi par Cheikh Anta Diop  qu’au moins 18 pharaons soudanais (donc nubiens) ont régné dans les dynasties pharaoniques avant les trois pharaons  issus de ce que l’égyptologie officielle appelle la dynastie des « pharaons noirs », que Diop appelle ici dynastie éthiopienne. On peut citer par exemple Nehesi, pharaon de la XIVème dynastie (dont le nom Nehesi signifie clairement le nubien).  C’est une preuve supplémentaire que les pharaons nubiens appelés souvent « pharaons noirs » ne datent uniquement pas de la 25eme dynastie comme cela est couramment enseigné.

C’est de la Nubie, région riche en minerais et en métaux précieux, que l’Egypte tirait la plupart de ses pierres précieuses (Or, Lapis-Lazuli, etc…) qui servaient pour fabriquer les objets royaux ou les objets de culte, etc…. La Nubie de par sa position géographique, permettait aussi à l’Egypte  d’avoir les produits venus du cœur de l’Afrique (peaux de léopards, encens, etc…). Les pharaons commerçaient donc avec la Nubie et avaient d’ailleurs pour usage de faire des campagnes de travaux ou des constructions (temples, etc..) en Nubie, la terre d’où sont venus leurs ancêtres, pour commémorer le temps où ils ont régné et honorer à travers le culte des ancêtres, leurs ancêtres nubiens. Ainsi tous les pharaons égyptiens laissaient ou se devaient de laisser des œuvres architecturales en Nubie. Ainsi toutes les campagnes égyptiennes en Nubie n’étaient donc pas nécessairement des campagnes militaires ou des campagnes contre les pouvoirs nubiens.

Vestiges du temple d’Amenhotep III au nord du royaume de Koush, à Soleb, en Nubie durant la XVIIIe dynastie égyptienne. Comme Amenhotep III, tous les pharaons légitimes laissaient des vestiges et des constructions en Nubie. Source: Serge Sibert/ Cosmos

Puisque les égyptiens et les nubiens étaient des frères, comment se fait-il qu’ils aient eu des conflits et des querelles?

La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, les rapports humains ont parfois des hauts et des bas, des bons jours et des mauvais jours. Il est donc  arrivé des périodes de querelles de famille entre l’Égypte et sa mère la Nubie, pour plusieurs raisons. Voici des raisons non exhaustives de ces conflits :

Le projet d’état unifié des pharaons d’Egypte n’a pas toujours  rencontré l’adhésion et l’accord de toutes les régions et de tous les chefs de Nubie.

C’est ce qui transparait aussi à travers l’histoire du conflit entre Osiris et Seth, conflit  ayant abouti à la naissance de l’Égypte et à la victoire d’Horus (le pharaon). En effet le conflit entre Osiris et Seth  au-delà de ses aspects philosophiques, spirituels et civilisationnels, relate aussi dans une certaine mesure (de manière imagée) les problèmes, les conflits, les désaccords et les péripéties qui  se sont passés avant que l’Égypte unifiée puisse voir le jour.

Il y a eu donc des désaccords concernant le projet d’unification de la vallée du Nil. Ceci explique pourquoi lorsque des dirigeants nubiens se sont unis pour former l’entité égyptienne, d’autres régions de Nubie refusant le projet fédéral égyptien, ont préféré fonder d’autres entités politiques comme le grand royaume de Kouso(Koush) par exemple. Il est donc clair que l’Égypte ne voyait pas forcément d’un bon œil la création du royaume de Koush et les projets koushites. L’Égypte avait donc ses alliés en Nubie, tout comme le royaume de Koush avait aussi ses partisans en Nubie. Ces entités politiques comme Koush souhaitaient faire autrement, mais  aussi comme l’empire pharaonique évoluer, se développer, s’élargir, devenir puissants, etc… tout ceci a créé au cours des siècles, des situations de rivalités, de concurrences économiques et politiques entre royaumes et dirigeants égyptiens et nubiens,  et parfois des conflits, notamment entre le royaume nubien de Koush, le plus puissant en Nubie, et celui de l’Egypte.

 La politique expansionniste de l’Égypte, source de conflits avec la Nubie notamment  Koush

On sait par exemple que l’état égyptien naissant possédait 13 provinces (nomes)  au départ et qu’au fil de son développement, il est arrivé au total de 42 nomes, sans compter ses possessions hors d’Egypte (ex : Canaan, etc…). L’état égyptien s’est donc agrandi en s’ajoutant de nouveaux territoires au fil du temps. Pour s’agrandir et se composer de 42 nomes, l’état égyptien, puisque considérant la Nubie comme faisant partie de son histoire et de son territoire,  considérait aussi comme légitime et naturel d’intégrer au fil du temps à l’empire égyptien d’autres  régions de Nubie pour en faire des provinces égyptiennes. Cela se faisait pacifiquement quand les parties nubiennes prenantes au projet d’intégration étaient d’accord, comme durant les assises d’Abou (nom véritable de la ville d’éléphantine). Mais il n’est pas difficile de comprendre que ce  projet n’était pas toujours forcément bien vu par les  dirigeants nubiens de Koush qui n’avaient  pas adhéré au projet égyptien et qui voyaient ce projet égyptien d’avoir toujours plus de territoires comme nuisant aux intérêts de leur projet, le royaume de Koush.  Cela était autant plus vrai que la Nubie possédait d’énormes ressources minières et minérales dont l’Égypte avait souvent besoin pour son fonctionnement.  Lorsque l’empire égyptien convoitait pour ses besoins économiques, des terres riches ou des terres stratégiques en Nubie que les chefs nubiens de Koush désiraient aussi,  et n’étaient pas prêts à laisser à l’Égypte, cela créait aussi des frustrations au plan politique et diplomatique qui pouvaient déboucher sur des conflits puisque le pouvoir égyptien, originaire de Ta Seti (Nubie), considérait en vertu de l’histoire,  qu’il avait aussi des droits sur les terres de Nubie.

 

Le positionnement géographique de Koush dans la vallée du Nil, source de conflits entre Koush et l’Egypte.

En quoi le positionnement géographique de Koush pouvait être source de conflits ? Eh bien parce qu’à partir de l’Egypte, le royaume de Koush se trouvait sur les chemins qui mènent vers la région des grands lacs et l’Afrique centrale et australe,  ces régions que les égyptiens rassemblaient sous le vocable de Ta Netjer c’est-à-dire la terre de Dieu (Amon), terme qu’on pourrait aussi traduire par terre sainte. L’Egypte  avait de multiples relations avec les régions de Ta Neter. Les multiples voyages de l’egyptien Herkouf le prouvent. Mais dans les périodes de querelles entre l’Egypte et la Nubie, les dirigeants du royaume de Koush de par la position géographique de leur royaume, pouvaient se constituer comme une barrière pour empêcher ou rendre difficile les échanges commerciaux entre l’Egypte et les régions de Ta Netjer.  En effet, les produits commerciaux du cœur de l’Afrique (Ta Netjer) transitaient souvent par la Nubie avant d’arriver vers  l’Egypte qui avait besoin de ces produits. Ce genre de situation était aussi source de conflits.

 

Ainsi l’Égypte et la Nubie au cours de leur histoire  commune  ont comme des frères d’une même famille, été alliés et unis en raison de leurs liens historiques,  mais ont donc aussi connus des désaccords et des conflits par moments. Ce sont ces conflits qui pouvaient provoquer des campagnes militaires vers la Nubie parfois et de la Nubie vers l’Egypte inversement. Mais au vu de leur très longue histoire, on comprend que l’Egypte et la Nubie n’ont pas passé des millénaires entiers à se quereller tout le temps. Ils ont aussi eu des longs moments de calme et de relations apaisées, et  ces querelles qui arrivaient parfois à certains moments de leur histoire, se faisaient essentiellement pour des raisons politiques et économiques. Puisqu’il est question de politique et d’économie, on comprend donc que c’était donc les dirigeants égyptiens et les dirigeants nubiens qui avaient parfois des désaccords, des conflits d’intérêts ou des querelles politiques et non les populations nubiennes et égyptiennes entre elles.

Exemple de captifs de guerre lors des conflits entre égyptiens et nubiens, du temps du pharaon Ramessou (Ramses II). Puisqu’il existe des captifs de guerre nubiens dépeints sur les fresques, il est logique de penser que les nubiens ont aussi fait des captifs ,égyptiens, dont les fresques sont certainement occultées au grand public par l’égyptologie officielle.

L’Égypte n’était pas fondamentalement dans une logique de colonisation, d’impérialisme ou de destruction, etc… vis-à-vis de la Nubie. Et les Nubiens pareillement vis-à-vis de l’Egypte, tout ceci au nom de la Maat et au nom de leurs liens de parenté historiques.  Si l’un des deux royaumes (Koush et l’Egypte)   était  véritablement  dans une logique pareille, il est certain que l’un des royaumes aurait fini par détruire et  faire disparaitre  l’autre  de manière totale et définitive.  Voilà pourquoi malgré les querelles et les désaccords, un royaume comme Koush a tout de même cohabité longtemps à côté de celui d’Égypte dans la vallée du Nil sans que l’un ne fasse disparaitre véritablement l’autre. Mais ce sont les évènements, les problèmes et les intérêts politiques et économiques qui ont fait que les pouvoirs égyptiens et nubiens ont été amenés à s’opposer par moments au cours de leur histoire. C’est pourquoi ces conflits et ces mésententes, n’ont cependant jamais vraiment rompu les liens et les alliances entre les populations égyptiennes et nubiennes, qui malgré tout, avaient cette conscience de leurs liens historiques et de leurs liens de parenté très forts comme on a pu le voir. Ces liens entre Egypte et Nubie permettent de comprendre pourquoi les égyptiens ont toujours pu compter malgré tout sur les nubiens et leur soutien à toutes les époques importantes de l’histoire pharaonique.

Carte de la Nubie. on y voit des régions comme Assouan, Edfou, etc… qui sont des régions faisant partie de l’Égypte qui sont situées en Nubie . Ca signifie que l’Egypte ancienne s’étendait sur un territoire plus large et plus vaste que l’Egypte actuelle. Source: Ankhonline.com

 

L’évolution de la Nubie après la naissance de l’Egypte

 

Le royaume de Koush (époque Kerma)

Après la naissance de l’Egypte unifiée en 3100, un royaume indépendant a  commencé à se développer en Haute Nubie, autour d’une ville appelée Kerma, ville qui au fur et à mesure du temps est devenue la capitale de ce royaume. Ce royaume est le royaume de Koush (Kouso dans les textes égyptiens de l’ancien empire). Ce royaume est né aux environs de 2500 avant l’ère actuelle. Royaume stable, brillant, riche, développé, avec des villes  et des systèmes d’urbanisations assez importants, ce royaume n’avait rien à envier à l’Egypte. L’époque de Kerma a duré  1000 ans durant lesquels le royaume de Koush fut un puissant voisin de l’Egypte.

Reconstitution de la ville de Kerma. Photo prise par Marc Julliard

Il est coutume d’entendre que pendant la période de Kerma, le royaume de Koush ne possédait pas d’écriture, raison pour laquelle il est impossible de reconstituer son histoire et les noms de ses pharaons sur cette période de 1000 ans. On est droit de se demander si ces affirmations officielles selon lesquelles Kerma n’avait pas d’écriture sont vraies. En effet comme on l’a vu plus haut, les nubiens avaient l’écriture et la civilisation et ils ont fait naitre l’Egypte. Si tel est le cas, comment se fait-il que la Nubie, dont les populations ont à l’origine (comme on l’a vu plus haut) transmis l’écriture et la civilisation à l’Egypte, n’aurait-elle pas eu elle aussi des écritures (mêmes pictographiques) ?

Ceci pousse à une deuxième réflexion, qui est celle-ci : est-ce que c’est parce que ce royaume s’enfonce dans les terres d’Afrique qu’on en fait un endroit sans écriture (sous-entendu un endroit de la tradition orale) afin d’étouffer l’information sur ce royaume ou  maintenir le mensonge de l’oralité de l’Afrique ? Compte tenu du flou permanent au sujet de l’histoire de la Nubie il est possible, voire logique de douter de la sincérité des informations selon lesquelles le royaume koushite de Kerma n’avait pas d’écriture.

Ce royaume a atteint son apogée vers 1700, à une période ou l’Egypte en difficulté, subissait l’invasion des Hyksos qui ont beaucoup fait souffrir l’Egypte et créé par la même occasion un besoin pour l’Égypte de renforcer sa sécurité. Les données historiques font état de ce que les nubiens de Koush à ce moment la avaient suffisamment de puissance pour détruire l’Egypte mais ils ne l’ont pas fait.  Les Hyksos ont même tenté à cette époque de s’allier avec les chefs nubiens de Koush, possiblement dans cette optique.  Après  que L’Egypte ait chassé les Hyksos et ce soit remise sur pied , avec le soutien des guerriers nubiens, le pouvoir égyptien, sous la houlette  des pharaons du nouvel empire, s’est lancé dans une politique  sécuritaire visant à mater ou  prendre le contrôle de toutes les régions et royaumes considérés comme des menaces réelles ou potentielles pour les intérêts de l’Egypte.  Ce royaume de Koush  a donc à cette époque fait  les frais de cette politique de  contrôle de l’Egypte qui a toujours considéré qu’il y a continuité géographique et politique avec la Nubie. Ainsi ce royaume koushite de Kerma va  être annexé totalement par l’Egypte vers 1500 avant l’ère actuelle dans cette optique de continuité.. Les pharaons pour le contrôler, y installent une fonction administrative intitulée   : Vice-roi de Kouso ou Fils royal de Kouso, matérialisant ainsi l’intégration de Kouso (Koush) à l’empire pharaonique. Celui qui occupera ce poste gouvernera Koush au nom du pharaon d’Égypte.  Ce rattachement de  Koush à l’Égypte va dans le même temps rattacher les potentiels économiques et la puissance du royaume de Koush a l’Égypte, ce qui va renforcer encore plus la puissance de l’Egypte. Malgré les multiples révoltes et rébellions tentées par Koush durant cette période, le contrôle de l’Egypte sur Koush durera 500 ans environ car l’Egypte sera à cette époque à l’apogée de sa puissance. Cet état de fait durera jusqu’à la période ou Koush  ne sera plus sous tutelle égyptienne, durant la période de Napata.

Nubiens apportant leurs tributs au pharaon Ramessou (Ramses) II.

Le royaume de Koush (époque de Napata)

Durant l’époque de Napata, le  royaume de Koush avait  pour nouvelle capitale Napata. Koush possède une écriture hiéroglyphique durant la basse époque égyptienne, aux environs de 1050 avant l’ère actuelle, une période ou l’Egypte entre progressivement en déclin, ce qui fait que son pouvoir diminue sur les provinces et  régions qu’elle a contrôlé jusqu’alors (ex : Koush et la Nubie). C’est de ce royaume que viennent les pharaons  nubiens de la 25eme dynastie, que l’égyptologie officielle appelle « pharaons noirs » (pour faire comme si les égyptiens eux-mêmes n’étaient pas des noirs). Ces pharaons dont les plus connus sont  Shabaka,  Taharqa, ou Tantamani, etc… seront accueillis en Egypte comme des bienfaiteurs et des rois légitimes en raison des liens historiques entre nubiens et égyptiens. De par leurs actions ils vont tenter par leur règne de chasser les envahisseurs (ex : l’usurpateur Bocchoris) qui attaquaient l’Egypte, de relancer l’Egypte en déclin en lui donnant un souffle nouveau, ce qu’ils réussiront quelques temps. Le pharaon qui va inaugurer la 25eme dynastie est le pharaon Piankhi. Sous l’impulsion de ces pharaons, le royaume de Koush (Nubie) et l’Egypte ne formeront qu’un seul royaume qui ira de Nubie jusqu’aux rives de la méditerranée. L’Egypte sera contrôlée par les nubiens cette fois ci. Le royaume de Koush avec capitale Napata cessera vers 656 avant l’ère actuelle, lorsque les assyriens vont attaquer la vallée du Nil. Les pharaons venus de Nubie, perdant du terrain dans les combats face aux assyriens en Egypte, vont replier en Nubie  puis transférer la capitale du royaume de Koush, à Méroé. A l’instar de tous les dirigeants nubiens, ils ne cesseront pas cependant d’accueillir des égyptiens (ayant fui l’Egypte) en Nubie, ou encore de soutenir (en fournissant des moyens humains et matériels)  leurs frères égyptiens dans leurs résistances et leurs tentatives de chasser les usurpateurs et envahisseurs (assyriens,  perses, grecs, romains, etc…)  qui s’attaquaient successivement à l’Égypte. Cette période a aussi vu les ancêtres de nombreux peuples africains actuels fuir la vallée du Nil (soit fuir l’Egypte, ou la Nubie) pour se diriger vers d’autres régions du continent.

Le pharaon Taharqa. Source: Musée du Caire

 Le royaume de Koush (époque de Méroé ou époque méroitique)

L’époque du royaume de Koush avec pour capitale Méroé, commence vers 300 avant l’ère actuelle.  La Nubie a conservé son indépendance durant cette époque. C’est l’époque des diverses reines-pharaons guerrières  Kandakè (Candaces) et aussi de l’écriture méroitique.

Allée de Béliers à Méroé, en Nubie

Cette époque verra l’Égypte perdre son indépendance définitivement sous la conquête d’Alexandre de Macédoine (que l’occident appelle « Alexandre le Grand »), et passer sous domination grecque avec les envahisseurs appelés Ptolémées qui seront ensuite remplacés par les romains en Égypte vers 30 avant l’ère actuelle. Par contre la Nubie (Royaume de Koush)  lui survivra. Les romains après avoir mis la main sur l’Egypte tenteront progressivement de conquérir et contrôler la Nubie pour le compte de Rome.  Mais ils seront mis en échec par une de ces reines pharaons  qui leur fera mordre la poussière et annexera des terres jusqu’en Haute Égypte, la Candace Amanirenas, avec laquelle ils feront  des traités de paix  pour apaiser les tensions nées de leur tentative de prendre Koush. L’époque méroitique fut pour le royaume de Koush une période relativement stable qui dura environ 700 à 800 ans, puis s’acheva avec la partition du grand royaume de Koush en 3 royaumes christianisés qui du fait l’histoire avaient des alliances et des cultures similaires dérivées des vieilles cultures antiques de la vallée du Nil :

Le royaume de Nobatia

Le royaume d’Aloua (ou Alodia)

Le royaume de Dongola (ou Makuria)

Tombes Circulaires de Dongola. On dirait des « pyramides » rondes

Ces trois royaumes seront confrontés durant la majeure partie de leur histoire à la conquête arabe et au défi de l’islamisation contre lesquels ils lutteront longtemps avant de succomber l’un après l’autre à partir du 11ème siècle jusqu’au 14ème siècle. Les arabo-musulmans, ayant pris le pouvoir dans la région en conquérant l’Égypte puis l’Afrique  du Nord, vont finir par islamiser la Nubie dans son ensemble. C’est cette islamisation de la Nubie qui fera du Soudan actuel (pays né sur le territoire de l’antique Nubie) un territoire arabo-musulman de nos jours.

 

Ainsi la Nubie, terre africaine, et mère des civilisations noires, à une histoire qui prend ses racines dans la préhistoire africaine et qui s’achève vers le 14e siècle de l’ère actuelle. Cette Nubie, qui fut la mère de l’Egypte et qui lui a survécu pendant longtemps a une histoire qu’il est possible de reconstruire, contrairement à ce que disent ceux qui tentent malicieusement encore aujourd’hui de faire disparaitre la Nubie et son histoire en raison de son africanité.

 

Aujourd’hui encore donc le combat pour la survie de la Nubie continue. On tente aussi avec la complicité de certains états, de faire disparaitre la Nubie sous couvert d’islamisation et de modernité. Des vestiges importants de la culture nubienne ont ainsi disparu ou ont été détruits, rasés, sous prétexte de constructions de barrages, de mosquées etc… tout ceci avec la complicité des autorités égyptiennes et soudanaises actuelles (autorités arabes et arabisées).  Or comme tout le monde le sait les vieux vestiges antiques de par le monde entier ne sont pas rasés, ni détruits, mais souvent gardés, conservés, restaurés, entretenus et les touristes, viennent du monde entier pour les voir. Ainsi il existe les vestiges romains, les vestiges, grecs, les vestiges, pharaoniques, les vestiges incas, etc… qu’il est possible d’admirer aujourd’hui. Pourquoi alors raser les vestiges nubiens multimillénaires qui aussi témoignent du passé africain (et du passé de l’humanité) sous prétextes de faire des constructions plus modernes ?

Vestiges rupestres nubiens de Geddi Sabu, datés de plusieurs millénaires et menacés de disparition en raison d’un projet de construction d’un « barrage ». Source: Serge Sibert/ Cosmos

C’est le lieu de saluer tous ceux qui se battent en prenant des initiatives concrètes (recherches, écriture d’ouvrages, construction de sites) pour sauver la Nubie et le patrimoine nubien de la disparition et de l’oubli. Ceux qui sont appelés nubiens aujourd’hui, qui habitent toujours la vallée du Nil dans les nouveaux états islamisés et arabisés que sont l’Egypte et le Soudan actuels  sont victimes de toutes sortes de discriminations, leur identité, leur culture et leur histoire est niée et dépréciée. On les empêche de témoigner sur le drame qu’ils vivent de voir leur histoire leur être enlevée sous leurs yeux,  et de dire comme ils avaient dit autrefois au grec Diodore de Sicile, que les égyptiens de l’antiquité étaient «une de leurs colonies, qui fut conduite en Egypte par Osiris».

 

« Par : Lisapo ya Kama © » (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

 

Sources :

Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture

Babacar Sall , Des grands Lacs au Fayoum,  l’Odyssée des pêcheurs, Ankh12/13

Babacar Sall, « Egypte et Koush – Aux origines de l’hostilité, Cahiers Caribéens d’Egyptologie n°3/4

Babacar Sall, Les assises d’Elephantine, Ankh 10/11

Les 10 ans de ANKH : Acquis récents de la recherche et histoire ancienne de l’Afrique.

Diodore de Sicile, Histoire Universelle Livre III

Nubie, le royaume oublié (Documentaire)

http://nubie-international.fr

https://www.swissinfo.ch/fre/economie/arch%C3%A9ologues-suisses-%C3%A0-kerma–soudan-_un-fabuleux-royaume-africain–rival-de-ceux-des-pharaons/44269826

http://www.ankhonline.com/

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