Le royaume Kuba

Entre le 17e et le 20e siècle, s’est développée dans la région du Kasaï au sud  de la République démocratique du Congo une civilisation sophistiquée et de toute beauté. L’étude de la civilisation Kuba est particulièrement intéressante dans le fait qu’elle a échappé à l’holocauste noir et est arrivée intacte au 20e siècle pour être photographiée. Elle reflète par conséquent et rend palpable, les récits des anciens sur le haut niveau de civilisation de l’Afrique noire avant les traites négrières.

Kuba Nyimi Kok Mabiintsh III, King-of-Kuba, D.R.-Congo, photo by Daniel Laine
Kuba Nyimi Kok Mabiintsh III, roi de Kuba, photo prise par Daniel Laine

La naissance de la civilisation Kuba

C’est sur les terres particulièrement fertiles entre les fleuves Kasaï et Sunkuru, qu’un peuple, les Kuba (baKuba au pluriel), s’installa par conquête à la fin du 17siècle. Les Kuba disaient venir de l’extrême nord et devant les similitudes entre leur organisation et celle de l’Egypte antique, le chercheur et religieux africain-américain William Sheppard pensait qu’ils étaient originaires d’Egypte. Les peuples composant le royaume Kuba étaient les  Bushongo, les Ngeende, les Ngongo, les Shoowa, les Bieeng, les Kel, les Ilebo, les Kete, les Kayuweeng, les Bulang, les Pyaang, les Mbeengi, les Maluk, les Ngombe, les Baliba, les Kaam.

C’est ainsi que naquit vers 1690 le royaume multi-etnique Kuba, avec le groupe Bushongo à sa tête. De part sa position géographique qui lui assurait un relatif isolement, et de part ses mécanismes de défenses, le royaume Kuba réussit à se préserver de la dévastation des traites négrières européenne et arabe, et connu une longue prospérité. Il ne fut déstabilisé que par l’anéantissement du Congo par les Belges au tournant du 20e siècle.

The matriarchs, real holders of the power
Les matriarches, les vraies détentrices du pouvoir chez les Kuba

L’organisation du royaume Kuba                                             

kuba 2Comme dans toute l’Afrique noire, la société Kuba était matriarcale et selon la règle, c’est le fils de la sœur du roi qui montait sur le trône, comme en Egypte antique. La femme la plus âgée de la famille royale était le véritable souverain, et elle pouvait faire démettre le roi de ses fonctions. Dans l’empire du Monomotapa, le roi était couronné par sa mère et épousait sa sœur. Dans l’empire de Ghana, le roi gouvernait avec sa mère et sa sœur. Le roi comme dans toute l’Afrique noire était chef politique et religieux chez les Kuba.

La démocratie indirecte comme dans le bassin du Djoliba (Niger) y régnait. Un conseil des sages pouvait dicter au roi sa conduite et même le faire assassiner. Ceci est à rapprocher des Yoruba où on donnait l’ordre au roi de se suicider si on était insatisfait de son action. La cour royale dans le royaume Kuba était composée d’une dizaine de milliers de membres, dont des centaines d’épouses royales. Les Kuba interdisaient aux étrangers de pénétrer sur leurs terres. Celui qui enfreignait les règles était frappé de la peine capitale. Le religieux africain-américain William Sheppard fut un des premiers à être autorisé à y pénétrer, cet homme a laissé à la postérité des écrits sur la civilisation Kuba.

Kuba women; the one on the right is making the famous Kuba cloth
Femmes Kuba, celle de droite coud un des fameux tissu Kuba

La beauté du royaume Kuba

Le respecté historien allemand Leo Frobenius nous en dit « En 1906, lorsque je pénétrai dans le territoire du Kasaï-Sankuru, je trouvai encore des villages dont les rues principales étaient bordées de chaque côté, pendant des lieues, de quatre rangées de palmiers, et dont les cases ornées chacune de façon charmante, étaient autant d’œuvres d’art. Aucun homme qui ne portât des armes somptueuses de fer ou de cuivre, aux lames incrustées, aux manches recouverts de peau de serpent. Partout des velours et des étoffes de soie.

Chaque coupe, chaque pipe, chaque cuillère était un objet d’art parfaitement digne d’être comparé aux créations du style romain européen. Mais tout cela n’était que le duvet particulièrement tendre et chatoyant qui orne un fruit merveilleux et mûr ; les gestes, les manières, le canon moral du peuple entier, depuis le petit enfant jusqu’au vieillard, bien qu’ils demeurassent dans des limites absolument naturelles, étaient empreints de dignité et de grâce, chez les familles des princes et des riches comme chez celles des féaux et des esclaves » [1].

Tout comme dans l’empire kongo, on trouvait dans le royaume Kuba des tissus somptueux fait de fibres végétales en raphia, avec des écorces, des feuilles de palmier. Le velours y était présent. Y étaient additionnées en éléménts décoratifs ou représentatifs du rang social des perles, des cauris, des peaux, des métaux.

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Par : Lisapo ya Kama  © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

    • William Sheppard: Congo’s African American LivingstoneWilliam E. Phipps, page 79 à 82.
  • [1] Leo Frobenius, cite dans “Quand l’Africain était l’or noir de l’Europe, Afrique : actrice ou victime de la « traite des Noirs » », pages 145 et 146, Bwemba Bong.

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