La civilisation Ashanti

Pendant près de 3 siècles, s’est épanoui au Ghana actuel, l’empire doré du Golfe de Guinée…

Aux origines

Les Ashanti appartiennent au grand peuple Akan, qui représente entre le tiers et la moitié de la population du Ghana, et le tiers de celle de la Côte d’Ivoire. Les Akan situent leur origine en Egypte. Dans une migration d’Est en Ouest comme beaucoup de peuples africains, les  Soninkés – ancêtres des Akan – sont arrivés au Mali-Mauritanie. Ce sont les Soninkés qui furent à l’origine de l’empire de Wagadou – ou ancien Ghana – l’Etat le plus puissant d’Afrique et possiblement le plus riche au monde à son époque.

Vestiges de l’empire Soninké de Wagadou en Mauritanie actuelle. C’est en hommage à cet Etat prestigieux que Kwame Nkrumah nomma le Ghana actuel. 

A la chute de l’ancien Ghana au 12e siècle, une fraction de sa population est descendue vers son territoire actuel, en absorbant des peuples locaux croisés sur sa route. C’est ainsi que sont nés les Akan. Les Akan, comme les Malinkés et possiblement les Wolof aussi, sont donc d’origine Soninké.

Osei Tutu, le fondateur  

Au Ghana et en Côte d’Ivoire, les Akan allaient se diviser en une multitude de nations (Denkyira, Fanti, Bron, Aowin etc…). Tous ces royaumes étaient, conformément à la tradition africaine, d’essence matriarcale. Ce sont les femmes qui détenaient la légitimité du pouvoir. Les guerres entres nations Akan étaient nombreuses et au 17e siècle, s’élevèrent deux riches empires : Denkyira et Akwamu. La domination tyrannique des Denkyira leur valut l’inimitié des peuples sous leur administration, qui s’unirent derrière le fondateur du plus vénérable empire de la région : Nana Kofi Osei Tutu.

Succédant à son oncle maternel Obiri Yeboa, Osei Tutu était Kumasihene, c’est-à-dire roi de la ville de Kumasi. Il prit la tête de la résistance contre Denkyira et vint à bout, au terme de nombreuses guerres, des anciens maîtres de la région. Okomfo Anyoke, prêtre vitaliste (animiste) assistant le nouveau roi, divinisa le Sida Dwa Kofi, un trône en or représentant l’âme et l’unité de la nouvelle nation Ashanti. Osei Tutu et Okomfo Anyoke créèrent aussi le festival d’Odwira, célébration périodique de l’unité des peuples du nouvel empire, afin de renforcer sa cohésion.

Asantehene Nana Kofi Osei Tutu (Illustration dAlfred Smith)

C’est ainsi qu’en 5937 de l’ère africaine – soit 1701 – naquit l’empire Ashanti avec Osei Tutu comme premier Asantehene (Empereur des Ashanti). L’Ashanti finira, jusqu’aux conquêtes d’Osei Bonsu, par fédérer 38 nations, du nord au sud du Ghana, et du Togo à l’est à la Côte d’Ivoire à l’ouest. La superficie de l’Ashanti fut plus grande que celle de la Grande Bretagne.  

L’organisation de l’Empire Ashanti

La structure politique de l’Ashanti, complètement encrée dans la tradition africaine, est un modèle de sophistication. Elle fut une réplique de celle de Denkyira.

Tout en haut de la hiérarchie se trouvait l’Asantehemaa, c’est-à-dire la Reine-Mère, équivalente d’Isis. Entourée de conseillers, elle avait sa cour et c’est elle qui désignait l’Empereur. Celui-ci allait exécuter le pouvoir dont elle détenait la légitimité. Elle nommait donc l’Asantehene, équivalent d’Horus, qui était le plus souvent son fils. Elle léguait la légitimité du pouvoir à sa fille, qui à son tour deviendrait Asantehemaa.

Comme pratiquement partout en Afrique authentique, le roi prêtait allégeance à la matriarche et régnait donc avec sa sœur. Il était imprégné de l’esprit du Sika Dwa Kofi, qui avait ses propres serviteurs. Le souverain devait se débarrasser de toutes ses richesses personnelles avant de se mettre au service du pays. Il devait finir son règne sans avoir accumulé de biens matériels. Il ne pouvait rien transmettre à ses héritiers. Ce contrôle strict était fait pour éviter la corruption et les détournements.

L’Ashanti était divisé en deux grandes zones : l’Ashanti métropolitain, aire de 50 km autour de la capitale Kumasi ; et le grand Ashanti, reste du pays. Dans l’Ashanti métropolitain, mis à part Kumasi, se trouvaient 10 nations conquises par Osei Tutu (Dwaben, Mampong, Adansi etc…). Le conseil assistant l’Asantehene dans la gestion du pays était composé des rois et reines de ces 10 nations. Les postes de ministres étaient repartis entre ces rois et reines.

Ce conseil agissait comme un contre-pouvoir. Chacune des nations du grand Ashanti était sous l’autorité d’une de ces 10 nations. Ainsi Krakye et Bassa étaient sous la souveraineté du Dwabenhene (roi de Dwaben) ; Gonja sous le Mamponghene (roi de Mampong) etc…

La superficie de l’empire était équivalente à celle du Ghana actuel

Chaque nation, aussi bien dans l’Ashanti métropolitain que dans le Grand Ashanti, était respectée dans son identité, conservait sa culture et le contrôle politique sur son territoire, tout en reconnaissant l’Asantehene comme chef suprême. L’Ashanti était donc, conformément à la pensée africaine, une confédération, dit Ekolo en Lingala. 

Le Vitalisme était la religion d’Etat et le clergé était puissant. L’Asantehene Osei Kwame fut ainsi démis du trône, parce qu’il avait adhéré à l’islam. Le roi occupait la fonction de premier des prêtres. Les familles qui composaient la population avaient à leur tête l’Abasuapuanin, qui dirigeait le culte rendu à une forme de Dieu (eau, terre, air etc…).

Osei Tutu développa tellement le nouvel empire qu’on raconte que Kumasi était recouvert d’or. La richesse du pays reposait sur l’exploitation des mines d’or dont l’abondance dépassait l’entendement. Les pépites appartenaient au trésor royal et la poudre était distribuée au peuple. La pratique rappelle l’ancien Ghana. C’est cette abondance qui explique que le Ghana actuel, avant son indépendance, était appelé par les Européens Gold Coast, c’est-à-dire la Côte d’Or.

Au 19e siècle, Bowdich décrivait le pompe de la vie de cour en ces mots « Une centaine de grands parasols ou dais, dont chacun pouvait mettre à l’abri au moins une trentaine de personnes, étaient agités sans cesse par ceux qui les portaient. Ils étaient de soie écarlate jaune et d’autres couleurs brillantes, et surmontés de croissants, de pélicans, d’éléphants, de sabres et d’autres armes, le tout en or massif… Les messagers du roi portaient sur leur poitrine de grandes plaques d’or ; les capitaines et les seigneurs portaient des colliers en or massif travaillés avec soin. Des jeunes filles portaient des bassins d’or ; les interprètes se tenaient derrière des faisceaux de cannes à pommeaux d’or » [1]. Cette description est quasi-identique à celle faite par Bekri de l’ancien Ghana 8 siècles plus tôt ou d’Ibn Battuta de l’empire du Mali 5 siècles plus tôt.

Les noix de kola, le sel et les tissus étaient également échangés dans le commerce international. L’Ashanti entretenait des relations commerciales avec le pays Haoussa, les villes de la boucle du Niger, et même avec la Lybie. Il avait des ambassadeurs chez les Peuls du Fouta Djalon en Guinée, au Danhomé, dans les royaumes mandé, ou dans les Etats-Cités Haoussa. L’Afrique ancienne disposait donc d’une diplomatie.

L’architecture et les connaissances

Les demeures royales et les édifices administratifs et religieux avaient été bâtis avec de la terre crue, du bois ou des bambous. Ils étaient disposés autour d’une cour intérieure et recouverts de chaume. Sur les murs étaient sculptés des insignes totémiques, des symboles religieux Adinkra en rapport avec le parcours du défunt vers l’au-delà, ou encore la spirale de la création divine, commune à tous les peuples africains.  

Une demeure Ashanti photographiée par les Anglais après leur annexion du pays

Un souverain de l’Ashanti et ses officiers

Le palais de l’Asantehene dans les années 1870 (Reproduction de l’époque par les Anglais)
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De leurs conquêtes, les rois Ashanti, Osei Tutu le premier, ramenèrent de nombreux artisans Akan à Kumasi. Ils les installèrent selon leurs spécialisations dans des quartiers de la capitale, leur donnant les moyens de porter l’Empire à son apogée artistique. Les potiers, les tisserands, les orfèvres, les fondeurs, les sculpteurs sur bois, sur ivoire etc… ont ainsi produit des pièces absolument remarquables. 

Masque en or Ashanti du 19e siècle
Sculpture en or représentant le Soleil messager de Dieu, concept commun à tous les Africains, et bien entendu aux Egyptiens anciens
New Orleans Museum of Art
Araignée en or
Dallas Museum of Art
Disque pectoral
Victoria and Albert Museum
Des pesons en or du 19e siècle, sur lesquels sont représentées des figurines Adinkra.
On voit même la croix gammée des décennies avant la naissance du nazisme.
La croix gammée prend son origine dans le monde noir, probablement en Afrique. C’est Hitler qui l’a détournée et en a fait un symbole raciste.
Le siège et le tabouret en or de l’Asantehene
La forme du tabouret, qu’on retrouve aussi au Danhomé est semblable à celle d’un des trônes du pharaon Tuanga Imana (Toutankhamon).

L’Ashanti et l’esclavage

Les sociétés Akan, comme toutes les sociétés noires – hormis chez les Noirs du Maghreb sous influence arabe – n’avaient pas recours au travail forcé pour le fonctionnement de leurs économies. Les captifs de guerre et les justiciables étaient mis sous la dépendance de maîtres, mais n’étaient aucunement maltraités. L’historien ghanéen Albert Adu Boahen disait ainsi des esclaves « (Ils avaient) le droit de posséder des biens et d’épouser des citoyens libres. Certains étaient même nommés à des postes de responsabilité et pouvaient hériter des biens de leurs maîtres. Ils étaient considérés comme membre à part entière de la famille (…) La plupart d’entre eux étaient parfaitement intégrés à la société dans laquelle ils vivaient et ne pas divulguer leur origine était (…) une règle sacrée » [2]. Cette manière de traiter les dépendants fut générale en Afrique ancienne.

C’est au contact des Ashanti avec les Européens quelques décennies après la fondation de l’empire, que le sort des captifs de guerre allait changer et que beaucoup allaient être vendus. S’il y a eu de la résistance à la traite chez les Akan, les rois Ashanti ont – en échange de fusils principalement – globalement collaboré avec les négriers.

On dira que les Etats africains qui ont opposé une résistance déterminée (l’empire Kongo, les royaumes Swahili, les royaumes Somali, l’empire du Mwene Mutapa) ont été anéantis par les Européens dès les premières heures de la traite. Ceux qui ont globalement collaboré (Ashanti, Danhomé) ont traversé la traite pour être détruits lors de l’invasion coloniale. Dans tout événement historique de ce genre, il y a des résistances et des collaborations. Les Juifs en savent quelque chose, 150 000 d’entre eux étaient dans l’armée d’Hitler, jusqu’à des rangs de généraux. Les Juifs et l’Occident font en sorte que ça ne sache pas.  

La fin de l’Ashanti

Au début du 19e siècle, l’expansionnisme Ashanti se heurte aux Fanti qui sont soutenus par les Anglais. L’empire entre en confrontation directe avec les Européens. Osei Bonsu, Osei Yao Akoto puis Kwaku Dwa 1er infligent des défaites mémorables aux Britanniques. C’est la première des guerres anglo-ashanti qui allaient durer 73 ans. Les Ashanti réussiront à maintenir les Anglais loin des mines d’or tant convoitées.

A la fin du 20e siècle, les Anglais décident de faire de la Côte d’Or une colonie. L’Asantehene Prempeh s’y oppose catégoriquement. Il est pris et déporté en Sierra Leone. Les Anglais exigent alors que leur soit remis le saint des saints : le Sika Dwa Kofi. Devant l’hésitation des chefs face à ce sacrilège, Yaa Asantewaa, Reine-Mère de la localité d’Ejisu prend la tête de la résistance armée des Ashanti. Kumasi finit par tomber sous les assauts anglais et est détruit en 1896. Yaa Asantewaa est prise et déportée aux Seychelles. C’en est fini de l’Ashanti indépendant après 295 années d’existence. 

Ejisuhemaa Nana Yaa Asantewaa
Le Kente, ce tissu coloré des Akan, est probablement le tissu le plus emblématique de l’Afrique au monde
Les Fontomfrom, les tambours géants et sculptés à profusion des Ashanti
Opoku Ware II, roi des Ashanti. A côté de lui est posé le Sika Dwa Kofi qui a aussi son siège. Grâce à Yaa Asantewaa, il est resté entre les mains des Ashanti.
L’Asantehene est jusqu’à nos jours un des plus vénérable d’Afrique, même s’il a perdu presque tous ses pouvoirs politiques.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama  © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • Histoire générale de l’Afrique, volume 4, Unesco
  • Histoire de l’Afrique noire, Joseph Ki-Zerbo
  • Black Past
  • [1] Histoire de l’Afrique noire, Joseph Ki-Zerbo, page 274
  • [2] Histoire Générale de l’Afrique, volume 5, page 474 ; Unesco
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