Imhotep, le plus grand savant africain de l’histoire

Phénoménal, extraordinaire! Imhotep est sans doute aucun, le plus grand savant noir de l’histoire. Certains vont même plus loin, en disant de lui qu’il est le plus grand de l’histoire humaine. Qui fut cet homme dont le nom a traversé les millénaires de l’époque pharaonique pour parvenir à nous ? Qu’a-t-il accompli de si spécial pour mériter ces superlatifs ? C’est ce que nous allons vous dire.

Imhotep fut le premier savant polyvalent dont l’histoire pharaonique et l’histoire mondiale ont conservé le nom. Puisque l’histoire pharaonique (Nubie-Egypte) a précédé l’histoire des autres civilisations du monde, Imhotep est aussi le premier savant connu de toute l’histoire de l’humanité.

Imhotep tenant la pyramide à degrés de Saqqarah
Illustration de l’africain-américain Omar Buckley

Qu’est qu’un savant polyvalent?

En Afrique, c’est l’observation et l’analyse de ce qui nous entoure – donc la science – qui permettent de décoder le message de Dieu inscrit dans la nature et l’univers. Le Créateur-La Créatrice étant caché.e, le seul moyen de parvenir à Lui-Elle, est de ressortir les codes avec lesquelles Il-Elle a créé le monde. Ainsi la science et la religion sont liées et interdépendantes.

La science – ou connaissance profane – touche le monde physique, matériel. La religion – ou connaissance sacrée – touche le monde spirituel. Les connaissances du monde physique (sciences et techniques) vont de pair avec les connaissances du monde spirituel (divinité, ancêtres, esprits, etc…). Le savoir est donc unique mais articulé en ces deux parties.

Nos ancêtres faisaient ainsi en sorte que celui ou celle qui reçoit le savoir durant l’initiation, le reçoive dans sa globalité, dans les deux domaines du physique et du spirituel. L’initié.e recevait ainsi des connaissances en mathématiques, biologie, astronomie, religion, philosophie etc… L’initié.e devenait donc un savant polyvalent ou pluridisciplinaire. Imhotep fut le premier connu et le plus grand de tous.

Imhotep voit le jour au sein d’une famille de 9 enfants, vers 1446 de l’ère africaine, soit 2770 avant JC. Il nait à Men Nafoorè, ville appelé Memphis plus tard par les grecs. Son père est l’architecte Khanofer et sa mère est Khredouankh. Conformément à la tradition matriarcale africaine, Khedouankh sera honorée des siècles après, pour avoir donné un fils de cette qualité. Le nom ii-m-hotep signifie il vient en paix.

Khredouankh, la mère d’Imhotep, coiffée de Locks

A 9 ans Imhotep commence son initiation auprès des prêtres de Men Nafooré. Vers 18 ans il est mature et possède déjà quasiment tout le savoir qui fera sa légende. Imhotep était aussi marié et père de famille. Initié à Men Nafooré, localité sous le patronat de la divinité Ptah, c’est-à-dire le principe créateur du Dieu unique Imana/Amen, on comprend mieux pourquoi dans plusieurs textes pharaoniques, Imhotep est désigné comme fils de Ptah.

Le dieu Ptah et sa parèdre la déesse Sekhmet, parents spirituels d’Imhotep

Imhotep s’élève au rang de Djati (premier ministre de l’Egypte), grand chancelier, administrateur du grand palais, à une époque où certains postes n’existaient pas encore dans l’administration pharaonique. Il a exercé ses talents essentiellement durant le règne du pharaon Djoser, deuxième pharaon de la IIIème dynastie. Malgré ses charges administratives, c’est plus pour son prolifisme dans ses autres activités, qu’il va rentrer dans l’histoire.

Imhotep et l’invention des pyramides

Avant Imhotep, les pharaons étaient inhumés dans des mastabas. Le mastaba était une structure haute comme une maison et faite de briques de terre. Il existait déjà lors de la dynastie dite 0, c’est-à-dire la dynastie des tous premiers pharaons qui ont régné sur le sud du pays, avant que Naré Mari (Narmer) ne conquiert le nord et créé ainsi la première dynastie qui règnera sur toute l’Egypte.

Imhotep est le premier à imaginer une demeure funéraire plus importante pour son roi Djoser. Et pour réaliser cette révolution architecturale, il aura besoin de ses connaissances dans plusieurs domaines :

La religion : pour construire une pyramide, il faut connaitre le devenir de toutes les parties de l’Etre lors de la mort (l’âme, l’énergie, le corps), savoir quels canaux l’âme et l’énergie prennent pour retrouver Dieu et les divinités, et aussi comment accéder à Dieu et aux divinités.

L’astronomie : il faut avoir une carte du ciel, afin d’orienter la pyramide vers les astres, constellations, étoiles etc… déterminer aussi quelle sera la position de la pyramide sur Terre. Tout ceci dans le but de guider le défunt vers les dieux.

La pyramide est en elle-même un objet scientifique sous tous ses aspects. Pour en faire une il faut maîtriser les mathématiques, notamment la géométrie. En observant simplement une pyramide, on voit que la base est carrée, donc une figure géométrique. Lorsque la pyramide prend de la hauteur on reconnaît ses formes triangulaires, donc d’autres figures géométriques

La physique, notamment les notions de masses, de poids, de volumes. C’est seulement ainsi qu’il est possible de faire des études et des calculs pour réussir à superposer des tonnes de blocs de pierres et de les faire tenir de façon à pouvoir élever la pyramide.

On ajoutera à toutes ces connaissances la chimie et la géologie, car aujourd’hui on sait, avec certitude grâce aux travaux de Joseph Davidovits, que les pierres énormes qui constituent les pyramides, statues colossales, temples, sont en fait des blocs de béton dits géopolymère. C’est un mélange de calcaire, de chaux et de natron notamment. Imhotep est crédité d’avoir découvert le béton.

Le savant de Men Nafooré avait donc besoin de connaissances extrêmement poussées en religion, en astronomie, en mathématiques, en physique, en chimie et en géologie pour bâtir la première pyramide de l’histoire.

La pyramide à degrés de Saqqarah, première pyramide de l’histoire, construite sur les plans et les instructions du génie d’Imhotep. Ce monument inaugure réellement l’ère du gigantisme égyptien. Imhotep a été lui-même architecte et ingénieur en chef de l’édifice. De la conception à la finition, il a tout dirigé. La pyramide est haute de 62,5 m, soit comme un immeuble de 23 étages.
Le complexe funéraire de Saqqarah avec la pyramide et le temple tous deux dédiés au pharaon Djoser.
Le complexe funéraire de Saqqarah reconstitué

Pour faire ce chef d’œuvre il a eu sous sa direction de nombreux ouvriers qui étaient payés, ce qui montre les compétences d’Imhotep en gestion du personnel, management ou encore en gestion des ressources humaines, ce qui va de soi pour quelqu’un comme lui qui fut aussi premier ministre du pays.

C’est dans la continuité des connaissances acquises par Imhotep que se sont bâtis les obélisques, statues colossales et autres temples, et surtout les pyramides du plateau de Gizeh. La grande pyramide du pharaon Khufu (Kheops), bâtie il y a 4600 ans par l’architecte Hemiounou, est le monument le plus sophistiqué, le plus complexe et le plus parfait de l’histoire. C’est Imhotep qui a ouvert la voie à son édification.
Reconstitution du plateau de Gizeh
Imhotep
Source : Egypt revisited, Ivan Van Sertima

Imhotep a travaillé sur d’autres projets architecturaux du temps du pharaon Djoser, notamment aux plans et aux processus de construction du temple d’Horus d’Edfou. Cet extrait de texte de l’Egypte ancienne en parle :

« Il a bâti un parvis et un pylône, avec sa porte. Il a protégé son pourtour avec ce mur qui le ceint sur quatre côtés, comme il est dit dans le « livre de l’Ordonnancement d’un Temple », que le prêtre suprême, Imhotep le Grand, fils du dieu Ptah, a composé. Il a fait une cour à colonnes et un pylône dont la hauteur touche au ciel. Il a entouré son plan que ses ancêtres avaient commencé. » Extrait de Égypte de Dietrich Wildung, éditions Taschen

Imhotep et la création de l’ordre des médecins

Imhotep était médecin, guérisseur. Il était le médecin personnel du pharaon Djoser. Il est considéré comme le père fondateur de la médecine en Égypte, en ce sens qu’il fut le fondateur et le premier chef de l’ordre des médecins de haute et de basse Égypte. Il est aussi le fondateur de la première école de médecine de l’Égypte ancienne, située à Men Nafooré. Il y a formé des médecins. En faisant tout cela, il a aussi réglementé et posé les bases des diagnostics et traitements de nombreuses maladies ainsi que de la profession de médecin. En une phrase, il a ordonné et standardisé la médecine en Egypte, qui fut la meilleure de l’antiquité.

La médecine de l’Afrique pharaonique avait atteint un niveau d’avancement qui se reflétait dans la chirurgie du cerveau, la fabrication de prothèse ultraréalistes, les méthodes de contraception avec des préservatifs ou encore les tests de grossesse avec détermination du sexe de l’enfant à venir. Le savant grec Homère dira ainsi il y a 2800 ans « En médecine, les Egyptiens laissent le reste du monde derrière ». C’est Imhotep qui a donné à la médecine pharaonique la structure lui permettant d’arriver à ce niveau.

Les scribes auteurs de papyrus médicaux désignaient Imhotep comme étant celui qui a transmis bon nombre d’informations sur le corps humain et les maladies, ainsi que les diagnostics contenus dans ces papyrus. Puisqu’il soignait le pharaon, c’est-à-dire l’incarnation du dieu Horus, on comprend pourquoi de nombreux textes pharaoniques le désignaient comme « grand médecin des dieux et des hommes ». Il aurait réussi durant sa vie, à diagnostiquer et traiter plus de 200 maladies dont la tuberculose et l’appendicite.

Le papyrus médical Edwin Smith. Les scribes qui l’ont rédigé ont mentionné Imhotep comme l’auteur des nombreux enseignements médicaux qui y figurent.

Imhotep le Grand Prêtre

Imhotep était aussi chef du clergé. Il était grand prêtre de la ville d’Iounou (Héliopolis). C’est ce que révèle son titre de « Grand des voyants de Ré ». Dans la civilisation pharaonique, les fonctions de prêtre pouvaient aller de pair avec celles de médecin ou de guérisseur. Ces fonctions étaient connectées car pour nos ancêtres, un mal n’était pas uniquement physique, mais pouvait être aussi spirituel (démons, esprits mauvais, etc…). Ainsi les médecins pouvaient avoir aussi des fonctions de prêtres et inversement.

Ainsi si le mal ou la maladie était spirituelle, le médecin, en tant que prêtre, après avoir appliqué des remèdes physiques, pouvait aussi faire des incantations et autres invocations pour chasser les esprits mauvais (exorcisme, etc…). En sa qualité de grand prêtre, Imhotep a aussi participé en son temps à des codifications de la religion dirigée par le pharaon Djoser.

Imhotep portait le titre de Kheri Heb, qui était lié à sa capacité de communication avec le monde invisible. Du temps de Djoser, une sècheresse de 7 années frappa le pays. Imhotep consulta le monde invisible, et partant de là, entraina Djoser à aller à la frontière nubienne pour, aidé du roi nubien Meter, faire des prières à la divinité Khnum – responsable de la crue du Nil – afin que le fleuve nourricier se gonfle de nouveau. L’inondation revint effectivement par la suite. Imhotep fut salué pour son rôle religieux dans la résolution de la crise.

Le pharaon Djoser, 2e pharaon de la 3eme dynastie, ancien empire.
Houni
Autre pharaon sous lequel Imhotep a vécu

Imhotep survivra à Djoser pour s’éteindre lors du règne d’Houni, le dernier pharaon de la 3e dynastie. C’est sous le règne de Menkaouré pendant la 4e dynastie, que l’Egypte puis le monde antique commenceront à vénérer infiniment Imhotep.

Imhotep, l’ancêtre divin devenu dieu

Menkaouré (Mykérinos) bâti le premier temple au savant de Men Nafooré, pour son culte en tant qu’ancêtre divin. Imhotep fut considéré par les scribes comme leur saint patron, un peu comme le dieu Djehouty (Thot). Les architectes et autres scientifiques qui continuèrent à bâtir des pyramides pour d’autres Pharaons par la suite avaient pour modèle Imhotep, lui faisant des invocations, et essayant de faire aussi bien que lui.

Les médecins avaient Imhotep comme modèle et invoquaient son nom et son esprit lors du traitement spirituel de certaines maladies. Imhotep faisait partie des personnes au nom desquelles les Sounou (médecins) de la vallée du Nil prêtaient serment après leur formation initiatique.

De nombreux temples et chapelles furent érigés pour Imhotep, où les malades venaient lui adresser des prières et lui faire des offrandes en espérant la guérison. D’ancêtre divin bienfaiteur, il devint finalement dieu guérisseur et dieu de la médecine en Egypte, puis officiellement – à la basse époque – le fils de Ptah et de Sekhmet. La ville de Men Nafooré avait ainsi pour trinité divine Ptah le père, Sekhmet la mère et Imhotep le fils.

Un clergé avec ses prêtres étaient chargés du culte d’Imhotep. Il était vénéré aussi dans des grandes villes comme Karnak, Philae, etc… La naissance d’Imhotep était célébrée chaque 31 Mai, sa mort le 4 Juillet avec une cérémonie rituelle de lamentations comme cela se fait encore, un peu partout en Afrique. 

Imhotep devenu dieu, tenant la croix Ankh en main et marchant, en 3eme position, à la suite d’autres divinités, Karnak.

L’héritage d’Imhotep sur la civilisation mondiale

C’est Imhotep qui inaugure le gigantisme architectural égyptien. C’est donc avec les connaissances auxquelles il a donné jour que les Egyptiens iront en Amérique. Ils y introduiront la construction de pyramides et autres édifices imposant, donnant naissance aux civilisations Olmèque, Maya, Inca, Aztèque. Il y a des preuves absolument irréfutables de cela. Nous avons commencé à en parler ici.

Les Grecs aussi, entièrement civilisés par les Egyptiens, commenceront à construire (l’Acropole par ex) sur les legs d’Imhotep, donnant naissance à la civilisation occidentale il y a 2800 ans. Ce savoir sera transmis à Rome qui brillera dans cette continuité. On retrouve ainsi les colonnes et autres obélisques inspirés de l’Egypte au Capitol à Washington, lieu absolu du pouvoir de l’Occident.

C’est aussi dans la continuité d’Imhotep que naitra la médecine occidentale. Les Grecs, instruits en Afrique sous la tutelle des prêtres égyptiens, ont rendu également un culte à Imhotep, qu’ils appelaient Imouthès ou encore Asclépios et qu’ils considéraient comme dieu de la médecine ou dieu guérisseur.

Statue du dieu Asclépios (Imhotep transformé) en Grèce. Il a en main le caducée, ce serpent s’enroulant autour d’un bâton, qui était déjà le symbole des médecins de l’époque pharaonique. C’est à travers des cultes comme ceux rendus à Imhotep que ce symbole est passé de l’Égypte à la Grèce.

Il existait donc des temples d’Imhotep-Asclépios en Grèce. Celui que l’Occident et le monde entier connaissent comme le père de la médecine, c’est-à-dire Hippocrate de Cos, a lui-même appris la médecine dans un temple destiné au culte d’Imhotep-Asclépios en Afrique.

Après sa formation (initiation), Hippocrate prêtât un serment humaniste en conformité avec la philosophie africaine Maât, en jurant sur Asclépsios-Imhotep, de guérir les malades. Ce serment se faisait dans la tradition pharaonique qui fut adaptée en Grèce, donnant ainsi naissance au célèbre serment d’Hippocrate.

Après la Grèce, la réputation et les enseignements du divin médecin Imhotep gagnèrent aussi Rome. Ainsi les Romains vénéraient le divin médecin Imhotep sous le nom d’Esculape.

Le caducée d’Esculape chez les romains
Le dieu Djehouty (Thot) tenant à sa main les caducées, qui étaient pour nos ancêtres, symboles des connaissances en médecine. Le caducée est jusqu’à nos jours l’emblème de tous les ordres de médecins en Occident.

Que faut-il retenir d’Imhotep ?

Créateur des pyramides, ordonnateur de la médecine et prêtre qui avait redonné vie au Nil, Imhotep fils de Khredouankh a été honoré en raison de son génie, mais aussi et surtout en raison de son travail. Nos ancêtres vénéraient le travail et considéraient Imhotep comme un travailleur, qui par ses efforts avait produit toutes ces avancées pour son peuple, son pays, et l’humanité toute entière. Ce travail passionné de l’ancêtre glorieux Imhotep doit inspirer tous les Africains et les Africains des Amériques.

La civilisation égyptienne, du fait d’avoir donné l’essentiel de la civilisation au reste du monde, est la plus grande civilisation de l’histoire. Imhotep, le plus grand savant de cette civilisation, peut donc à juste titre être vu comme le plus grand savant de l’histoire.

Figurines à l’effigie d’Imhotep retrouvées dans diverses tombes pharaoniques. Le savant tient le rouleau de papyrus, marquant sa fonction de scribe.
Gloire à Imhotep l’éternel !

Hotep!

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • A la découverte des savants africains de l’Egypte pharaonique : Imhotep; Intervention audio de Jean Charles Coovi Gomez; https://www.youtube.com/watch?v=6TEg_fQlNSI
  • http://www.peuplesawa.com/fr/bnlogik.php?bnk=17&bnrub=1&bnid=421&seite=6
  • – From Imhotep to Akhenaten : an introduction to Egyptian philosophers; Molefi Kete Asante
  • – http://docteuralovor.com/origines-africaines-de-la-medecine/
  • – https://www.ordomedic.be/fr/l-ordre/serment-%28belgique%29/serment-hippocrates/
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