[Défi] Transformer les Etats d’Afrique en Républiques Africaines

L’Afrique fait face à deux puissances impérialistes : celle des Européens et celle des Arabes. Mis à part la force, c’est par la domination culturelle et religieuse que ces deux entités parviennent à faire plier durablement le monde noir. Nous avons expliqué en détail dans un article précédent comment est-ce que l’impérialisme culturel est la base indispensable et nourri l’impérialisme économique qui nous fait souffrir.

L’ouverture excessive des Africains, de gré ou de force, aux cultures étrangères est en bonne partie à l’origine de notre perte. Notre histoire glorieuse, devenue la pire tragédie humaine depuis 500 ans nous enseigne qu’il faut plus que tout nous arrimer solidement à notre héritage et ne jamais plus le lâcher. Face à une Europe qui nous appauvris et un monde arabe qui ne cesse d’étendre son contrôle politique sur notre continent, l’urgence est de former des Etats africains culturellement forts et inviolables, ce à quoi nous avons souvent failli dans le passé. Aussi longtemps que les Etats d’Afrique seront bâtis sur le néocolonialisme occidental ou l’influence arabo-islamique, nous donnerons le flanc à la pénétration insidieuse de l’ennemi sous le masque religieux ou culturel. 

L’Etat africain de demain devra avoir une cohésion interne, avec des fondements encrés dans la tradition africaine et qui rassemble tous ses habitants en un véritable peuple. Il devra également avoir pour but de s’intégrer facilement dans un Etat fédéral africain quand le jour viendra. Ce nouveau type d’Etat est ce que nous appelons une République Africaine. Tout comme il existe des Républiques Arabe ou Islamique, tout comme des Etats européens se vivent comme héritiers du christianisme, l’Afrique pour sa survie devra répondre avec des Républiques Africaines.

Les 3 couleurs du drapeau panaficanistes de Marcus Garvey Nous avons rajouté le croix d'Ankh, symbole suprême de la philosophie africaine
Les 3 couleurs du drapeau panafricaniste de Marcus Garvey.
Nous avons rajouté le croix d’Ankh, symbole suprême de la pensée africaine

En sachant aujourd’hui quelle est notre identité et maintenant que nous en sommes fiers, à quoi devra ressembler cet Etat de demain qui contribuera à nous sortir de nos problèmes? Quelle sera sa position fondamentale sur l’identité, les institutions, le droit de la femme, l’économie, la politique étrangère ? Nous allons dans cet article proposer un logiciel de pensée de la politique africaine du futur qui visera à transformer nos Etats en Républiques Africaines. 

L’identité

L’identité africaine est basée sur la culture africaine, les langues africaines et la Religion Africaine encore appelée Vitalisme ou animisme. La République Africaine devra porter un nom africain. Des noms européens comme Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Nigeria (Niger Area), Centrafrique, Gabon (chapeau en portugais) devront être remplacés comme l’ont fait le Burkina Faso, le Zimbabwe ou le Ghana. La République Africaine devra choisir une langue africaine comme langue officielle. La République Africaine devra avoir un drapeau qui reflète avec des symboles forts l’héritage africain.

Julius Nyerere, premier président de la Tanzanie Il est celui en Afrique qui est allé le plus loin dans la construction d'un Etat africain. Il a doté la Tanzanie d'une langue africaine (le Swahili) et d'une philosophie africaine (Ujamaa) Il était panafricaniste économiquement socialiste et
Julius Nyerere, premier président de la Tanzanie
Il est celui en Afrique qui est allé le plus loin dans la construction d’un Etat africain. Il a doté la Tanzanie d’une langue africaine (le Swahili) et d’une philosophie africaine (Ujamaa)
Il était panafricaniste et économiquement socialiste. Sa politique économique a malheureusement échoué 

Elle devra se situer dans le temps en adoptant le calendrier égyptien, devra instituer un système d’écriture africain – l’Egyptien hiéroglyphique est pour nous le premier choix – devra interdire aux citoyens de porter des noms autres que des noms africains hormis s’ils sont partiellement enfants d’étrangers. La République Africaine devra promouvoir, avec des moyens financiers et humains, la Religion Africaine. Le Vitalisme sera donc la racine philosophique du pays. Les autres religions vivront en coexistence pacifique avec lui.

La pauvreté et l’économie

Il s’agit là d’un des plus gros chantiers qui attend l’Afrique, retrouvez son niveau exceptionnel de prospérité d’avant la traite européenne, lorsqu’elle était probablement le continent le plus riche au monde. L’économie africaine est communautaire. Elle est basée sur la répartition des richesses aux membres de la communauté, à tel point que la terre était distribuée à tout le monde alors qu’en Occident elle était la propriété de quelques personnes. La société africaine est donc économiquement socialiste. L’abondance des richesses naturelles fait que leur exploitation par l’Etat rend celui-ci riche, sans qu’il n’ait besoin de faire payer des impôts importants aux citoyens pour son fonctionnement.

La société étant communautaire, l’Etat, émanation légitime de la communauté nationale gère tout. Une République Africaine serait donc fondé sur des objectifs socialistes, avec un gouvernement central fort qui gérerait seul les richesses et la construction du pays, une répartition équitable des richesses, un accès sans frais à l’éducation et à la santé.

Le droit de la femme

Le peuple qui a donné à la femme la plus grande égalité par rapport à l’homme dans l’histoire de l’humanité, se doit de régler les problèmes de la femme et lui redonner sa place d’antan. Les Noirs depuis les origines ont théorisé l’égalité et la complémentarité des sexes, avec un Dieu masculin et féminin, un roi qui règne avec sa mère et est succédé par le fils de sa sœur, la première femme chef d’Etat de l’histoire (Marynit, 5e pharaon de l’Egypte unifiée), des prêtresses dans la Religion Africaine, et même un parlement de femmes et un d’hommes chez les Yoruba-Fon et les Ashanti.

Thomas Sankara, président légendaire du Burkina Faso Il a donné un nom africain à son pays, a fait de l'émancipation de la femme son cheval de bataille Il était panafricaniste, son modèle socialiste a connu un certain succès en assurant l'autosuffisance alimentaire au Burkina Faso
Thomas Sankara, président légendaire du Burkina Faso
Il a donné un nom africain à son pays, a fait de l’émancipation de la femme son cheval de bataille
Il était panafricaniste, son modèle socialiste a connu un certain succès en assurant l’autosuffisance alimentaire au Burkina Faso

La République Africaine devra défendre sans concession le droit de la femme, écarter systématiquement tout ce qui concoure à abaisser son statut, réinsuffler l’harmonie entre les sexes à travers l’éducation. Nous sommes très fortement en faveur de la ré-institution d’un parlement d’hommes à côté d’un parlement de femmes dans chaque Etat, de la disparition de l’excision, de la réforme profonde voir la disparition de la polygamie. La République Africaine serait donc basée sur un féminisme africain.

Les institutions

Le pouvoir en Afrique est monarchique, c’est-à-dire de type royal. Même si c’est peut-être l’Afrique qui a inventé le système de République avec la civilisation noire de Carthage en Tunisie actuelle. Les Africains estiment à 8 ans la durée de la force divine d’un roi, seule lui permettant d’être le lien entre Dieu et les hommes. Ce lien est perçu comme indispensable à l’harmonie et à la richesse continues dans la société. Au bout de 8 ans, le roi est mis à mort symboliquement ou réellement comme cela se faisait au Nigéria le siècle passé. Symboliquement, après 8 ans, il doit faire la preuve de sa force divine à travers des épreuves physiques et mêmes des danses, c’est la résurrection de sa force à la suite de laquelle il continue à régner.

La durée du pouvoir africain pourrait par conséquent être de 8 ans dans l’Afrique de demain. Un mandat de type présidentiel de 8 ans avec des élections de mi-mandat concernant le parlement, qui peut si grande insatisfaction du peuple provoquer une élection présidentielle anticipée, devrait être institué. Par ailleurs, l’institution monarchique avec ses longs règnes n’ayant jamais été remise en question en Afrique ancienne, nous sommes plutôt pour une absence de limitation des mandats. Ceci dit il faudra probablement les limiter dans un premier temps, en attendant que la notion de bonne gouvernance soit de nouveau partagée par tous.

La République Africaine pourrait donc avoir un régime de type présidentiel, avec dans un premier temps un mandat unique de 8 ans et élections de mi-mandat concernant le parlement.

Au dessus du président et ses deux parlements (hommes-femmes), on trouvera le conseil des sages composé de 9 membres, comme les 9 éléments primordiaux de la Religion Africaine. Parmi ces membres il y aurait les 2 chefs du clergé locale de la Religion Africaine (femme et homme) et 7 autres membres issus de la société civile. Ce conseil ferait office de cour suprême et constitutionnel.

La Maât, qui est le code moral africain, devra être travaillée et revue pour s’adapter au monde d’aujourd’hui. Il servira de cadre à toutes les lois adoptées par les parlements sous proposition du président, et validées ou non par le conseil des sages. Les 2 chefs du clergé feraient prêter serment au président, qui jurerait d’observer la Maât. 

La politique étrangère

Kwame Nkrumah Président légandaire du Ghana, considéré par certains comme le plus grand président africain des temps modernes Il fut le champion absolu du panafricanisme Il a donné le prestigieux nom de Ghana à son pays Son socialisme basé sur l'industrialisation avait réussi à mettre le Ghana sur la voie du développement
Kwame Nkrumah
Président légendaire du Ghana, peut être le plus grand président africain des temps modernes
Il fut le champion absolu du panafricanisme
Il a donné le prestigieux nom de Ghana à son pays
Son socialisme basé sur l’industrialisation avait réussi à mettre le Ghana sur la voie du développement

Avoir une politique étrangère signifie d’abord se situer dans le monde. Qui sommes-nous et à quel peuple appartenons-nous ? Nous sommes des Africains de culture et d’apparence. De notre point de vue, le peuple africain comprend les Noirs d’Afrique, les Malgaches et les Africains des Amériques ; Et nous avons pour proches cousins les Noirs du Pacifique et d’Asie. La politique étrangère d’une République Africaine devra donc viser l’union des Africains, avec pour objectif un Etat fédéral africain.

Les contours de la  République Africaine devront préparer l’intégration à l’Etat fédéral africain. Ceci suppose que chaque Etat ait une deuxième langue officielle qui soit le Swahili. Cette langue a pour nous le plus d’atouts pour devenir langue continentale. Le politicien africain devra par ailleurs défendre, avec une conscience presque religieuse, les Noirs du Pacifique et d’Asie. Le génocide contre les Noirs de Papouasie Nouvelle Guinée ou l’extinction en cours des Jarawas d’Inde par exemple, devra préoccuper au plus haut point une République Africaine.

En résumé, la République Africaine aura un nom, une langue, un drapeau africains, un code moral qui est la Maât. Elle définira des objectifs économiques socialistes, énoncera l’égalité inaliénable entre la femme et l’homme, sera basée sur un régime présidentiel avec parlements des deux genres et le tout sous l’autorité morale d’un clergé, professera une politique étrangère panafricaniste, préparera l’intégration africaine en ayant notamment comme deuxième langue officielle le Swahili.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama ©