D’Aïssata (Isis) à la vierge Marie

Aïssata Setkem Mari-Ama (Isis la femme noire, aimeé de Dieu), allaitant son fils Horo (Horus)
Aïssata Setkem Mari-Ama (Isis la femme noire, aimée de Dieu), allaitant son fils Horo (Horus); Egypte ancienne

Pourquoi y a-t-il autant de vierges noires en Europe ? D’où vient cette femme noire avec son enfant dont on retrouve les statues en Italie, en France, en Suisse, en Espagne etc… et devant laquelle se sont prosternés il y a peu ensemble le pape actuel et son prédécesseur ?

Les Kamites (Noirs) comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises ont toujours su qu’il y avait un seul Dieu, qui est l’Energie à l’origine de la création du monde. L’Energie initiale, Ancêtre primordial de tout ce qui est a plusieurs facettes, appelés Ntjerou en Cikam (égyptien ancien), Vodoun en Fon au Bénin, ou Ayaanle en Somali. Lorsqu’il est le bien, l’Ancêtre primordial est personnifié en Ousiré/Wasiré (Osiris), lorsqu’il est justice il est Maât, lorsqu’il est amour il est Aïssata (Isis) etc…Ce sont ces différents principes de l’Ancêtre primordial, ainsi que les ancêtres morts et la nature qui sont également animés d’énergie initiale, qui étaient adorés en Egypte et le sont jusqu’à nos jours en Afrique. D’où la confusion sur le polythéisme égyptien alors qu’il n’y avait qu’un seul Dieu.

Vierge noire,  Cathédrale Notre dame du Puy en Velay, France
Vierge noire,
Cathédrale Notre dame du Puy en Velay, France

Le culte de l’amour de Dieu (Aïssata) a pris le pas sur les autres principes lors de l’invasion assyrienne du pays. A ce propos, l’historien Sarwat Anis Al-Assiouty, auteur de « Origines Égyptiennes du Christianisme et de l’Islam » nous dit dans le tome II de son ouvrage intitulé: Recherches comparées sur le Christianisme Primitif et l’Islam Premier, Pages 49 et 50, que: « En 671av. J-C., les Assyriens envahissent l’Égypte. Les Égyptiens résistent farouchement, des combats sanglants se déroulent. Memphis est pris d’assaut. Thèbes succombe en 663. Les Assyriens écorchent vifs les résistants égyptiens et couvrent les murailles de leurs peaux. Mais, en 651, Psammétique 1er, fondateur de la 26ème dynastie, repousse définitivement les Assyriens et l’Egypte de leur joug.

C’est à la suite de cette guerre meurtrière, qui a causé tant de malheurs, que les Egyptiens, sous la 26ème dynastie, propagent le culte humaniste et universaliste d’Isis, et en font graduellement le culte dominant, tant en Égypte qu’à l’étranger, dans le but de faire régner la paix et la fraternité dans le monde. Les dominations perse, macédonienne et romaine ne font qu’accroître, au cours des siècles, les souffrances du genre humain. Partout le peuple s’appauvrit, le nombre des esclaves augmente, les femmes et les enfants sont écrasés par l’injustice. Le culte d’Isis porte un remède à ces mots, un message aux souffrants, un avertissement aux oppresseurs».

Prêtres égyptiens (les hommes noirs au centre de la peinture) en train derendre le culte d’Aïssata en Italie. Peinture du 1er siècle après JC, Musée National de Naples
Prêtres égyptiens (les hommes noirs au centre de la peinture) en train de rendre le culte d’Aïssata en Italie.
Peinture du 1er siècle après JC, Musée National de Naples
Vierge noire, Cathédrale de Chartres, France
Vierge noire, Cathédrale de Chartres, France
Vierge noire, Czestochowa, Pologne
Vierge noire, Czestochowa, Pologne

Voilà les circonstances dans lesquels le culte de l’amour de Dieu s’est rependu en Europe. J. Vendyes, auteur de Les religions des celtes, des germains et des anciens slaves, cité par Cheikh Anta Diop dans Nations Nègres et culture nous dit « Une partie des suèves, peuple germanique, sacrifiaient à Isis ; en fait, on a trouvé des inscriptions où Isis est associée à la ville de Neumarket en Styrie (Allemagne). Isis, Osiris, Serapis, Anubis, ont eu des autels à Frejus, Nîmes, Arles, à Riez(Basses-Alpes), à Parizet (Isère), à Manguel (Gard), à Boulogne (Haute-Garonne), à Besancon, à Langres, à Soissons, Isis était adorée à Melun, à Serapis, à York et Boughram Castle, mais aussi en Pannomie, et aussi dans le Norique » [1]

Vierge noire Notre Dame des Ermites Endelstein, France
Vierge noire
Notre Dame des Ermites
Endelstein, Suisse

Cheikh Anta Diop Poursuit à la même page de son livre en citant Pierre Hubac qui nous dit « le culte (d’Aïssata) était si vivace que l’Eglise romaine a dû le consacrer. Le nom même de la capitale de laFrance s’expliquerait par le culte d’Isis. Le nom même de Parisii pourrait bien signifier « templed’Isis »». Diop analyse lui-même ces faits et nous dit « les premiers habitants de l’emplacement actuel de la ville de Paris qui se sont battus contre César, portaient le nom de Parisii, sans que nous sachions aujourd’hui pourquoi. Or, le culte d’Isis, comme on le voit, était très rependu en France, en particulier dans le bassin parisien ; il y avait partout des Temples d’Isis, selon la terminologie occidentale, mais il serait plus exact de dire « maison d’Isis » car ces dits temples étaient appelés en égyptien Per, lequel mot signifie exactement en égyptien ancien comme en valaf (wolof) actuel »

Vierge noire, Montserrat, Espagne
Vierge noire, Montserrat,
Espagne

Pour comprendre pourquoi Aïssata Setkem (Isis la femme noire) était représentée avec un enfant entre les bras, il faut rentrer aux fondamentaux même de sa légende. Aïssata Setkem est la femme et sœur d’Ousiré Kem-our (Osiris le grand Noir). Après que ce dernier fut tué par leur frère jaloux Souté (Seth), Aïssata enceinte de Horo (Horus) qu’elle eut par immaculée conception, s’enfuit dans les marécages.

Elle implora l’Ancêtre primordial pour que Ousiré soit ressuscité d’entre les morts. Horo adulte engagea une lutte contre Souté et récupéra le trône divin pour faire régner l’amour de Dieu personnifié par sa mère (Aïssata) et le bien de Dieu personnifié par son père (Ousiré). Aïssata ayant eu son enfant par immaculée conception, elle est donc une vierge qui porte son divin enfant, l’enfant roi Horo sur ses genoux. Tout ceci pour dire que le pouvoir est fils de l’amour et du bien.

Le mythe de la vierge a probablement été écrit par les prêtres noirs de la vallée du Nil afin de signifier le caractère directement divin du pouvoir et le rôle prééminent de la mère comme parent. Le roi en Egypte comme dans toute l’Afrique à l’époque impériale, reçoit sa légitimité de sa mère, en vertu de la tradition matriarcale africaine. Les netjerou en Egypte étaient représentés en noir charbon parce que la lumière solaire est la plus grande entité énergétique. La lumière solaire permet la vie en réchauffant la terre, liquéfiant les eaux et favorisant la photosynthèse des plantes. Par conséquent l’homme ou la femme qui est le plus brûlé par la lumière solaire (donc noir charbon) est divin.

Enfin aimée en égyptien ancien se dit « mari » ou « meri » tout comme « je t’aime » se dit « amari » chez les Luo du Kenya. Aïssata est donc… LA VIERGE MARI.

Vierge noire, Liège, Belgique
Vierge noire,
Liège, Belgique

On voit donc que ce personnage qui n’a jamais existé et qui personnifie un netjer ou vodoun, a été de toute évidence récupéré avec son enfant par les européens, blanchi et transformé pour donner les personnages prétendument véritables de Marie et Jésus. Aïssata a perdu sa pertinence dans la vision européenne. Les européens quant à eux, disent que si il y a des vierges noires en Europe c’est parce qu’on utilisait du marbre pour la représenter ou alors c’est le temps qui a noirci la couleur blanche de cette vierge. On ne les croira pas!

Le pape François et le pape Benoît s'inclinant devant une vierge noire,  Italie
Le pape François et le pape Benoît s’inclinant devant une vierge noire,
Italie

vierge noire

Le culte d'Aïssata a survécu en Afrique sous des formes différentes
Le culte d’Aïssata a survécu en Afrique sous des formes différentes

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Notes :

  • [1] Nations Nègres et Culture, Cheikh Anta Diop, page 177
  • Les origines égyptiennes du christianisme et de l’islam, Sarwat Anis Al-Assiouty
  • Hymnes et Prières Kamites, Jean Philippe Omotunde

 

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