Comment le Hutu et le Tutsi ont été créés

Le génocide rwandais est un plus bas de l’histoire africaine. Cette catastrophe qui a fait entre 600 000 et 1 million morts ne s’explique pourtant pas de la manière superficielle avec laquelle elle a été présentée, c’est-à-dire une guerre entre 2 tribus comme on adore péjorativement désigner les peuples africains. Si ce sont bien les Noirs qui avaient les machettes en main pour exterminer les « Tutsis » et les « Hutus modérés », c’est là le résultat d’un conditionnement colonial et néocolonial, d’un ahurissant lavage de cerveau orchestré par l’occident. Et comme on le verra, la falsification de l’histoire d’un peuple a été à l’origine de cette horreur qui n’aurait jamais dû arriver.

Mwami Yuhi Musinga, king of the baNyarwanda in the middle surrounded by the royal family in 1910
Mwami Yuhi Musinga, roi des Banyarwanda, entouré de la famille royale à gauche; 1910

A l’origine il y avait un seul peuple qui disait venir du nord – probablement originaire de la vallée du Nil – les baNyarwanda. Les baNyarwanda parlaient une seule langue, le kiNyarwanda. Ils adoraient un seul Dieu, Imana. Les baNyarwanda étaient organisés dans un royaume où la femme était profondément respectée comme dans toute l’Afrique, et à l’administration sophistiquée. Le concept de Hutu et de Tutsi servaient à désigner les catégories socio-économiques chez les baNyarwanda. Ils étaient basés sur le nombre de vaches qu’on possédait. Si vous aviez plus de 10 vaches, vous étiez muTutsi (homme tutsi) ou umuTutsikazi (femme tutsi). Si vous aviez moins de 10 vaches, vous étiez muHutu (homme hutu) ou umuHutukazi (femme hutu). D’une année à l’autre, dépendamment du nombre de vaches, on pouvait passer du statut de Hutu à Tutsi et vice-versa. L’élite était bien entendu Tutsi.

Colonial ideology of race
Les Hutu et les Tutsi ont été entre autres définis à travers des critères physiques

Les colons allemands, puis les Belges en arrivant au Rwanda, ont bien entendu cherché à diviser ce peuple savamment structuré pour mieux régner. C’est ainsi qu’ils ont d’abord christianisé les baNyarwanda pour les rendre dociles. Le Mwami (roi) Yuhi Musinga refusant la christianisation, fut démis de ses fonctions et déporté en RD Congo ou il mourut en 1944.

Les Européens se sont livrés à des campagnes de mensurations du peuple, qui allait mener à figer les identités autour des concepts de Hutu et de Tutsi. On a mesuré les nez, les tempes, le visage etc… pour déterminer qui était supérieur et qui appartenait à quelles « races ». Les baNyarwanda ont été ainsi divisés en 85% de baHutu, 14% de baTutsi et 1% de baTwa (pygmés). Des générations de rwandais ont récité comme des automates le 85-14-1. Des cartes d’identité faisant mention de l’ethnie ou race ont été produites par les Belges. Les colons ont dit aux baTutsi qu’ils étaient supérieurs, que les deux « tribus » étaient des peuples différents. Les baTutsi qui seraient venus d’Egypte ou d’Ethiopie selon les colons, étaient présentés comme des gens aux traits fins, élégants, bref des seigneurs.

Les baTutsi ont donc évolué dans un complexe de supériorité et les baHutu dans un complexe d’infériorité, tous croyant à la sacro-sainte parole du Blanc. Les Belges ont mis les baHutu au travail forcé dans les plantations et les chantiers de constructions sous le commandement de l’élite Tutsi qui était devenue le relais des colons et la privilégiée locale de la situation. Les baTutsi avaient l’ordre de fouetter les baHutu au risque de se faire fouetter eux-mêmes par les Belges.

10 commandments of the Hutu, here is the translation
Les 10 commandments du Hutu

L’élite Tutsi fut finalement à l’avant-garde du mouvement pour l’indépendance du Rwanda. Pour contrer l’émancipation de ses anciens collaborateurs, les belges et l’église catholique choisirent de favoriser désormais les baHutu. A l’indépendance, la majorité Hutu gouvernée par des extrémistes a commencé à se venger des mauvais traitements que lui faisaient subir les baTutsi. C’est dans un contexte de folie « raciale » en 1959 que les massacres contre les baTutsi commencèrent, avec 200 000 d’entre eux se réfugiant dans les pays voisins.

Les tentatives de retour par la force des réfugiés Tutsi soutenus par les américains et les britanniques aggravèrent les tensions, savamment encouragées par les belges qui ont écrit les 10 commandements du Hutu, qui est un des textes les plus haineux jamais rédigé dans l’histoire. Les Français quant à eux ont préparé les baHutu à la guerre contre les baTutsi. C’est ainsi qu’en 1994 la solution finale, bien préparée, a été appliquée contre les baTutsi 15 minutes après la mort par attentat contre son avion du président hutu Juvenal Habyarimana. La décision était prise de débarrasser le pays des étrangers !! On sorti les machettes et l’apocalypse s’abattit sur le pays de Musinga. 

Rwandan I.D mentioning the Ubwoko (ethnicity). It was used to identify the ‘cockroaches’ – baTutsi -. This Tutsi woman was killed.
La carte d’identité rwandaise, faisant mention de l’Ubwoko (ethnie). Elle fut utilisée pour identifier les « cancrelats » (baTutsi). Cette femme Tutsi fut tuée.

Entre 600 000 et 1 million de baTutsi et baHutu modérés furent tués. 75% des baTutsi étant exterminés en 13 semaines. 200 000 à 300 000 Tutsi tués au Burundi voisin ou la division Hutu-Tutsi était aussi en force. Des familles entières tuées par leurs voisins, des femmes Tutsi tuées par leurs maris Hutu, des enfants Tutsi tués par leurs mères Hutu. Le gouvernement Tutsi arrivé par la suite au pouvoir s’est à son tour vengé des baHutu réfugiés à l’est de la RDC en commettant des atrocités innommables. Voila des baNyarwanda qui ne se reconnaissaient plus, qui ont perdu la tête, qui ont tué d’autres baNyarwanda. Voilà comment on se retrouve dans des haines qui n’en finissent plus… 1 MILLION DE MORTS POUR RIEN ! POUR UNE HISTOIRE DE VACHES !!!

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Que cette histoire serve de leçon aux africains. Que personne d’autre que nous-mêmes ne vienne plus écrire notre histoire à notre place.

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

Bibliographie :

  • Intervention de Yolande Mukagasana, rescapée du génocide. auteure de “la mort ne veut pas de moi” et “n’ai pas peur de savoir”. Elle a perdu son mari, ses 3 enfants et ses soeurs lors du génocide.
  • Université Laval
  • La férocité blanche, des non-Blancs aux non-Aryens, genocides occultés de 1492 à nos jours, Rosa Amelia Plumelle-Uribe, page 264.
  • Nations Nègres et Culture, Cheikh anta Diop, page 362.

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