Black Panther : 3 leçons à tirer du film historique

T’Challa rentre pour être couronné roi. La voix perçante du sénégalais Baaba Maal accompagne le Prince dans une chanson Peule sublime. Son vaisseau dirigé par la Générale Okoye survole les reliefs herbeux, salué par ses sujets. Le son des Tam-Tam devient tout à coup plus intense, le vaisseau avance, perce un halo, et dans une explosion de percussions, de chœurs et d’instruments à vent, Wakanda apparaît, époustouflant, futuriste, majestueux.

Il y a beaucoup de moments forts dans Black Panther mais celui-ci, transcendant au début, nous a pris par les tripes, a presque fait voler nos cœurs, tellement il était difficile de contenir l’émotion suscitée par le son et l’image. Black Panther, actuellement en course pour être un des films les plus vus de tous les temps, va assurément marquer l’histoire du cinéma. Il a suscité, avec raison, un engouement inédit dans le monde africain. De ce moment qui restera inoubliable, quelles leçons tirer? C’est ce que nous allons essayer de vous dire.   

L’image de l’Afrique

On a vu à l’occasion du film une communion extraordinaire des Africains du monde, à travers l’avalanche de photos et de vidéos publiés. Ce film a réussi à taire les divisions, a donné de la fierté à énormément de Noirs, qui comme jamais ont clamé leur amour pour le continent. Des communautés noires relativement discrètes, à l’exemple des Africains-Mexicains ou des Africains-Portoricains sont – comme les Africains-Américains et les Africains-Brésiliens – sortis habillés de vêtements africains et le visage peint selon les rituels.

Tout ceci montre bien que si tant d’Africains des Amériques rejettent l’Afrique, c’est d’abord en raison de l’image que le continent projette sur le monde. Plus même que le contentieux sur les responsabilités de la traite – provoqué par la falsification de l’histoire par les Européens – c’est d’abord ce qui leur est donné de voir à travers les médias occidentaux qui les détournent.

Les images de guerres ou de famines, ont fait place dans ce film à quelque chose d’extrêmement positif. Black Panther aura montré qu’il n’y a pas de fatalité. Il y a de la place pour ramener les enfants du continent à de meilleurs sentiments, et construire ainsi l’unité panafricaine pour laquelle Marcus Garvey et Kwame Nkrumah se sont battus.

Dans la suite de ce que nous avons expliqué dans un article précédent, l’Afrique doit donc prendre le contrôle de son image dans le monde et projeter constamment une image positive d’elle-même. Cette dynamique enclenchée par le film doit être continuée.

Aux Etats Unis
En Afrique du Sud où des chants et des danses ont eu lieu à la sortie des cinémas
Porto Rico
Les Etats Unis
Les Africains au Japon

L’Afro-futurisme

Un roi bon à la recherche de ce qui est juste, qui règne avec sa mère à ses côtés, assisté par un conseil à égal nombre d’hommes et de femmes, et dont l’armée est dirigée par une femme. Des boucles d’oreille peules, des coiffures Himba, une coiffe royale zulu/ngbetu, des couvertures sotho, le Kenté des Akan, le puissant culte des ancêtres, le bruit des tam-tam, le mortier de nos villages, le Xhosa la langue du royaume, l’enjeu du panafricanisme etc… Black Panther est un film absolument afrocentrique. Il magnifie à l’écran la richesse culturelle et philosophique africaine comme jamais. Les non-Africains qui l’ont vu ont découvert un autre univers, quelque chose d’inédit. C’est une des raisons du succès.

Le rôle des femmes à Wakanda est parfaitement conforme à ce qui a existé dans l’Afrique matriarcale d’avant.
Les Dora Milaje, la garde royale, rappelle beaucoup l’histoire des Amazones du Dahomey.

Le film montre bien que l’Afrique a des traits culturels uniques que le monde moderne commence juste à découvrir. Il montre qu’elle peut exceller en étant elle-même. Il n’y a aucun besoin de chercher à être les copies des autres. C’est dans l’étude des variantes culturelles et de la philosophie religieuse africaines que les auteurs ont puisé leur inspiration et pris les éléments pour réaliser cette œuvre magistrale. 

Black Panther valide en quelque sorte le projet du courant afrocentrique auquel Lisapo ya Kama appartient, qui a pour but de construire une Afrique africaine dans tous les domaines de la pensée et de la culture, et technologiquement avancée. Les deux, contrairement à ce que pensent trop de Noirs, sont parfaitement conciliables. Cette conception du futur est appelée Afro-futurisme.  

La technologie à Wakanda, rencontre l’Afrique authentique avec même un système d’écriture propre comme il en a existé beaucoup sur le continent.

L’inspiration

Tout le mouvement de renaissance de l’histoire, de la philosophie et des variantes culturelles africaines vise un but en particulier : doter les Africains de la force mentale, du développement de l’esprit, qui précède le développement matériel. Black Panther, à travers l’imaginaire qu’il projette, atteint parfaitement cet objectif aussi. Le film donne le sentiment que tout est possible. Pour nous qui sommes écrasés par le système dominant, c’est énorme déjà.

Il est fort à parier qu’on verra plus de cinéastes, plus de dessinateurs ou de scientifiques noirs, dont les vocations auront été créées par ce film et ses merveilles technologiques. C’est cette inspiration que les Blancs ont tout le temps et qui explique en partie leurs prouesses.

Le public noir, qui découvre ce monde de l’imaginaire positif, sera donc dès à présent pour sa construction mentale, plus demandeur de films comme celui-ci. C’est une industrie que nous devrons financièrement maîtriser. 

C’est donc toutes les raisons sus-citées qui font de Black Panther un film absolument révolutionnaire. Son impact à long terme sera conséquent. Si vous n’avez pas encore vu ce film historique, courez le voir et emmenez les plus jeunes avec vous. Ci-dessous la bande-annonce sur la chanson de Baaba Maal.

Hotep !

Par : Lisapo ya Kama © (Tous droits réservés. Toute reproduction de cet article est interdite sans l’autorisation de Lisapo ya Kama)

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